Les risques de la protection spirituelle
Faut-il vraiment se protéger lorsque l’on s’ouvre à la spiritualité ?
Lorsqu’une personne commence à s’intéresser à la spiritualité, à l’énergie ou au développement de sa conscience, elle rencontre rapidement cette idée : il faudrait apprendre à se protéger.
Se protéger des mauvaises énergies.
Se protéger des personnes négatives.
Se protéger des entités.
Se protéger des lieux.
Se protéger de tout ce qui pourrait venir perturber notre propre énergie.
Pendant longtemps, cette notion de protection a occupé une place importante dans de nombreuses pratiques spirituelles. Pourtant, une question mérite d’être posée : depuis quel endroit intérieur cherchons-nous à nous protéger ?
Car derrière la protection peut parfois se cacher quelque chose de beaucoup plus profond : la peur.
Et derrière cette peur, un manque de sécurité intérieure.
Se protéger signifie-t-il que nous nous considérons vulnérables ?
Il existe évidemment des situations dans lesquelles se protéger est nécessaire. Poser des limites, quitter un environnement toxique ou prendre soin de son intégrité physique et psychologique n’a rien d’incompatible avec un chemin spirituel.
Mais la protection énergétique appartient à un autre registre.
Lorsque nous ressentons constamment le besoin de mettre en place des rituels, des barrières ou des protections contre ce qui pourrait nous atteindre, quel message envoyons-nous à notre propre système intérieur ?
Peut-être celui-ci :
« Quelque chose à l’extérieur de moi est suffisamment puissant pour me mettre en danger. »
C’est là que la sécurité intérieure apporte une autre lecture.
Plus je me considère vulnérable, plus je vais chercher des moyens de contrôler mon environnement. Et plus je cherche à contrôler mon environnement, plus je peux renforcer inconsciemment l’idée qu’il existe effectivement un danger dont je dois me protéger.
La protection devient alors rassurante à court terme, mais elle peut aussi entretenir la peur qui l’a rendue nécessaire.
Ce qui me protège aujourd’hui est peut-être ce qui me bloque demain.
De la protection au rayonnement
Dans ma manière d’aborder la spiritualité, j’ai progressivement préféré une autre approche : plutôt que de chercher constamment à empêcher quelque chose d’entrer, je préfère travailler sur ce que je laisse rayonner.
Dans une lecture spirituelle, nous pourrions parler de lumière, d’amour, de vibration ou d’élévation de conscience.
Dans une lecture davantage orientée vers la sécurité intérieure, nous pourrions simplement parler d’un être humain qui apprend à être suffisamment ancré en lui-même pour ne plus interpréter systématiquement ce qui l’entoure comme une menace.
La différence est importante.
Dans le premier cas, mon attention est dirigée vers le danger :
« Qu’est-ce qui pourrait m’attaquer ? »
Dans le second, elle revient vers moi :
« Qu’est-ce qui se passe en moi lorsque je me sens menacé ? »
Ce déplacement change profondément notre rapport à la spiritualité.
Nos pensées influencent notre expérience
J’écrivais autrefois : « Ce sont nos pensées qui font notre réalité. »
Aujourd’hui, je nuancerais cette affirmation.
Nos pensées ne contrôlent évidemment pas tout ce qui nous arrive. Penser positivement ne suffit pas à empêcher les difficultés, les maladies ou les événements douloureux.
En revanche, nos pensées participent fortement à la manière dont nous interprétons et vivons ce qui nous arrive.
Si je suis convaincu qu’un lieu est dangereux énergétiquement, je vais probablement devenir beaucoup plus attentif à chacune de mes sensations.
Une fatigue inhabituelle, une tension, un frisson ou une sensation désagréable pourront alors être interprétés à travers cette croyance.
Cela ne signifie pas que l’expérience ressentie est fausse.
La personne ressent réellement quelque chose.
Mais l’interprétation que nous donnons à cette sensation mérite parfois d’être interrogée.
Dans certaines traditions spirituelles, ces phénomènes seront interprétés comme la présence d’entités, d’égrégores ou d’énergies dites « basses ». D’autres approches leur donneront des explications différentes.
L’essentiel, pour moi, est de ne pas laisser l’interprétation augmenter encore davantage notre sentiment d’insécurité.
La peur peut devenir une prison spirituelle
Il y a quelque chose qui m’interpelle lorsque la spiritualité, censée nous conduire vers davantage de conscience et de liberté, finit par nous apprendre à avoir peur de tout.
Peur des personnes que nous rencontrons.
Peur des lieux que nous fréquentons.
Peur des énergies.
Peur de récupérer quelque chose qui ne nous appartient pas.
Peur de ne pas avoir réalisé correctement notre rituel de protection.
À quel moment une pratique destinée à nous libérer devient-elle une nouvelle manière de vivre dans l’hypervigilance ?
C’est précisément ici que j’invite à revenir à la sécurité intérieure.
Une personne intérieurement sécure n’est pas quelqu’un qui pense que rien ne peut lui arriver. Ce serait une illusion.
C’est quelqu’un qui développe suffisamment de confiance en ses propres ressources pour ne pas organiser toute son existence autour de ce qui pourrait éventuellement lui arriver.
Et si la véritable protection était la confiance ?
À la base de mon approche spirituelle demeure une conviction qui m’accompagne depuis longtemps : nous sommes amour et nous sommes lumière.
Je ne cherche pas à démontrer cette phrase scientifiquement. Elle appartient à ma vision de l’existence et à mon expérience.
Mais elle m’amène à une posture très concrète.
Plutôt que de consacrer mon énergie à combattre l’ombre, je préfère nourrir ce que je veux voir grandir en moi.
La présence.
La confiance.
L’amour.
La conscience.
L’ancrage.
Et surtout cette capacité à sentir que, même lorsque quelque chose d’inconfortable apparaît, je dispose de ressources pour y faire face.
C’est peut-être cela, finalement, passer de la protection à la sécurité intérieure.
Ne plus essayer de construire des murs toujours plus hauts autour de soi, mais développer une stabilité suffisamment profonde pour ne plus avoir besoin de considérer constamment le monde extérieur comme une menace.
Parce que la confiance ne consiste pas à croire qu’aucune ombre n’existe.
Elle consiste à ne plus oublier sa propre lumière lorsqu’une ombre apparaît.












