Que ce soit une relation de couple, ou tout autre relation…
Faut-il rester avec quelqu’un lorsque la relation nous empêche d’avancer ?
Il existe une croyance particulièrement forte autour de nos relations.
Lorsqu’une personne entre dans notre vie, et particulièrement lorsqu’il s’agit d’une relation amoureuse, nous imaginons facilement qu’elle devrait y rester.
Nous construisons.
Nous nous attachons.
Nous faisons des projets.
Nous partageons une histoire.
Et progressivement peut apparaître cette idée :
« Maintenant que nous sommes ensemble, il faut que ça dure. »
Alors nous essayons.
Nous faisons des concessions.
Nous nous adaptons.
Nous attendons.
Parfois, nous nous oublions.
Et lorsque la relation ne nous correspond plus, une autre question arrive :
« Ai-je le droit de partir ? »
C’est ici que la sécurité intérieure joue un rôle considérable.
Parce que rester avec quelqu’un et avoir peur de le quitter sont deux choses complètement différentes.
Une rencontre n’est pas forcément une promesse d’éternité
Dans mon ancien texte, j’écrivais qu’une rencontre était un « contrat d’âme » pouvant durer quelques instants, quelques mois ou plusieurs années.
Cette notion appartient à une lecture spirituelle des relations.
Nous pouvons y croire ou non.
Mais derrière cette idée, je conserve quelque chose d’important :
la durée d’une relation ne détermine pas sa valeur.
Certaines personnes traversent notre existence pendant quelques semaines et laissent une empreinte immense.
D’autres restent trente ans.
Une relation peut avoir été magnifique et néanmoins se terminer.
Elle peut avoir profondément participé à notre évolution sans devoir continuer éternellement pour être considérée comme réussie.
Nous avons parfois tellement associé la réussite d’un couple à sa durée que nous préférons rester malheureux ensemble plutôt que reconnaître qu’une histoire est peut-être arrivée au bout de ce qu’elle pouvait nous offrir.
Mais l’absence de joie n’est pas automatiquement une raison de partir
Là encore, je serais aujourd’hui beaucoup plus nuancé que dans mon ancien texte.
J’écrivais que dès lors que la joie disparaissait et que les frustrations apparaissaient, il était temps de lâcher la relation pour continuer notre évolution.
Une relation humaine ne fonctionne pas ainsi.
Un couple traverse des périodes.
De la fatigue.
Des désaccords.
Des difficultés professionnelles.
Des problèmes familiaux.
Des moments où l’un des deux va moins bien.
Des périodes où la sexualité change.
Des frustrations.
La sécurité intérieure ne consiste pas à quitter une relation dès qu’elle devient inconfortable.
Ce serait même parfois exactement l’inverse.
Fuir dès que quelque chose devient difficile peut également être une protection.
La véritable question est donc plus subtile :
« Est-ce que cette relation traverse une difficulté que nous pouvons travailler ensemble, ou suis-je en train de me sacrifier durablement pour maintenir quelque chose qui ne me correspond plus ? »
Aimer quelqu’un ne signifie pas se sacrifier pour lui
Voilà une idée de mon ancien texte que je conserve pleinement.
Nous pouvons aimer profondément quelqu’un sans être responsable de son bonheur.
Nous pouvons soutenir.
Écouter.
Encourager.
Être présent.
Faire des compromis.
Mais il existe une frontière entre accompagner quelqu’un et prendre sa vie en charge.
Lorsque nous franchissons cette frontière, nous pouvons entrer dans ce que le triangle de Karpman appelle la posture du sauveur.
« Sans moi, il ne s’en sortira pas. »
« Je ne peux pas partir maintenant, elle va trop mal. »
« Je dois l’aider à changer. »
« Je dois lui montrer qu’il peut faire autrement. »
Et progressivement, nous ne vivons plus notre propre vie.
Nous essayons de vivre celle de l’autre.
Pourquoi est-il parfois si difficile de partir ?
Nous pouvons savoir depuis longtemps qu’une relation ne nous correspond plus et pourtant rester.
Pourquoi ?
Parce qu’entre savoir et agir se trouvent parfois énormément de peurs.
La peur d’être seul.
La peur de regretter.
La peur de faire souffrir.
La peur de ne jamais retrouver quelqu’un.
La peur financière.
La peur du regard de la famille.
La peur de bouleverser les enfants.
La peur d’avoir « échoué ».
Dans mon ancien texte, je qualifiais la peur d’illusion de l’ego.
Aujourd’hui, je ne cherche plus à faire disparaître la peur en affirmant qu’elle n’existe pas.
La peur existe lorsque nous la ressentons.
Elle possède même souvent une fonction : nous protéger face à une situation que notre système considère comme dangereuse.
L’enjeu est différent.
Est-ce que j’écoute ma peur comme une information ?
Ou est-ce que je lui donne systématiquement le pouvoir de décider ?
La sécurité intérieure permet de rester… ou de partir
C’est une nuance fondamentale.
La sécurité intérieure n’a pas pour objectif de nous rendre indépendants au point de n’avoir besoin de personne.
Elle nous permet d’être en relation sans nous perdre dans la relation.
Je peux rester avec quelqu’un parce que je le choisis.
Pas parce que j’ai peur d’être seul.
Je peux travailler sur une difficulté parce que cette relation compte profondément pour moi.
Pas parce que je suis convaincu que je dois sauver l’autre.
Et je peux partir lorsqu’une relation ne me correspond plus.
Pas nécessairement dans la colère.
Pas nécessairement en considérant l’autre comme responsable de mon malheur.
Mais simplement parce que rester me demanderait de renoncer durablement à quelque chose d’essentiel pour moi.
Personne ne devrait avoir le pouvoir de nous empêcher d’évoluer
J’écrivais :
« En aucun cas, un seul être humain ne peut avoir de pouvoir pour nous retenir dans notre évolution. »
Je conserve cette idée à condition de la préciser.
Les autres ont évidemment une influence sur nous.
Nous sommes des êtres relationnels.
Une séparation peut nous bouleverser.
Une critique peut nous atteindre.
Le comportement d’un proche peut avoir des conséquences très concrètes sur notre existence.
Mais nous pouvons progressivement apprendre à ne pas donner à une autre personne l’autorité de décider qui nous devons devenir.
C’est particulièrement visible lorsque nous commençons à changer.
Nous posons davantage de limites.
Nous développons un projet.
Nous prenons davantage de temps pour nous.
Nous exprimons enfin certaines envies.
Et parfois, notre changement dérange.
L’autre connaissait une ancienne version de nous.
Cette nouvelle version modifie l’équilibre de la relation.
C’est ici que nous pouvons être tentés de redevenir celui ou celle que nous étions pour ne pas perdre le lien.
Voilà une vraie question de sécurité intérieure :
« Suis-je capable de rester moi-même même lorsque cela crée de l’incertitude dans mes relations ? »
Nous n’avons pas besoin de choisir entre amour de soi et amour de l’autre
Une relation saine ne devrait pas demander à deux personnes de devenir une seule personne.
Il reste deux individus.
Deux histoires.
Deux sensibilités.
Deux espaces personnels.
Deux évolutions.
Deux libertés.
Et au milieu, quelque chose se construit ensemble.
Aimer l’autre ne devrait donc pas exiger de nous abandonner.
Mais s’aimer ne signifie pas non plus refuser toute adaptation à l’autre.
Un couple demande des ajustements.
Des discussions.
Des compromis.
Parfois des renoncements choisis.
La différence fondamentale se trouve peut-être ici :
le compromis préserve chacun, le sacrifice répété finit par effacer quelqu’un.
Ce que l’automobiliste qui nous énerve peut nous apprendre
Dans mon ancien texte, j’utilisais une image volontairement forte.
Un automobiliste nous fait une queue de poisson.
Immédiatement, nous pouvons ressentir de la colère.
Nous avons envie de klaxonner, de l’insulter, parfois de lui rendre la pareille.
Quelques secondes plus tard, imaginons que cette même voiture ait un accident devant nous.
Tout change.
Nous ne voyons plus « l’abruti qui vient de me couper la route ».
Nous voyons un être humain en danger.
Et beaucoup d’entre nous s’arrêteront immédiatement pour essayer de l’aider.
La situation révèle quelque chose de fascinant.
Une émotion peut complètement modifier la représentation que nous avons de quelqu’un.
Cela ne signifie pas que notre colère était fausse.
Cela montre simplement qu’elle ne résumait pas toute la réalité.
Nous sommes capables de retrouver l’humanité derrière le conflit.
Et c’est également précieux dans nos relations.
Aimer n’oblige ni à rester ni à partir
Nous pouvons aimer quelqu’un et décider que nous ne pouvons plus construire notre vie avec lui.
Nous pouvons être en colère contre quelqu’un et choisir malgré tout de travailler sur la relation.
Nous pouvons avoir peur de partir et partir quand même.
Nous pouvons avoir peur de rester et décider de reconstruire.
Il n’existe pas de règle universelle.
Voilà pourquoi personne ne devrait décider à votre place qu’il faut quitter votre conjoint sous prétexte que « vos vibrations ne sont plus alignées ».
Pas plus qu’on ne devrait vous imposer de rester au nom de la famille, de la morale ou de l’histoire commune.
La question se trouve ailleurs :
Depuis quel endroit intérieur prenez-vous votre décision ?
Depuis la peur d’être abandonné ?
La culpabilité ?
Le besoin de sauver ?
La peur de l’inconnu ?
Une réaction de colère ?
Ou depuis un endroit suffisamment sécure pour regarder honnêtement ce que vous voulez encore construire avec cette personne ?
La sécurité intérieure ne garantit pas que nos relations dureront.
Elle permet quelque chose de beaucoup plus précieux :
ne plus avoir besoin de nous abandonner nous-mêmes pour empêcher l’autre de partir.
Et peut-être est-ce justement à cet endroit que nous pouvons commencer à aimer véritablement.
L’autre.
Mais aussi nous-mêmes.
Nous sommes #TousFormidable.












