Et si vous n’aviez pas eu d’autre choix !
Avons-nous vraiment toujours le choix ?
Pendant plusieurs mois, j’ai beaucoup répété une phrase :
« Nous sommes la conséquence de nos choix. »
J’ai également beaucoup parlé de responsabilité, de libre arbitre, de cette possibilité que nous aurions à chaque instant de choisir notre direction.
Aujourd’hui, j’ai envie de faire un mea culpa.
Pas parce que je pense que nous n’avons aucune responsabilité dans notre vie.
Mais parce que présentée de cette manière, cette idée peut devenir culpabilisante.
Et surtout parce qu’il manque une partie essentielle du mécanisme.
Une conversation avec Yasmine me l’a rappelé.
« J’ai toujours fait les mauvais choix »
Hier, Yasmine me dit :
« J’ai toujours fait les mauvais choix. »
Et là, quelque chose m’interpelle immédiatement.
Parce que si je passe mon temps à expliquer que nous avons toujours le choix et que nous sommes la conséquence de nos choix, que peut entendre une personne lorsqu’elle regarde une partie douloureuse de son existence ?
« Si ma vie ressemble à ça aujourd’hui, c’est parce que j’ai mal choisi. »
Et derrière cette phrase peut rapidement en arriver une autre :
« C’est donc de ma faute. »
Ce n’est évidemment pas ce que je veux transmettre.
Alors j’ai eu envie de revenir sur cette notion de choix et de la regarder autrement.
Parce qu’une question mérite d’être posée :
Depuis quel endroit intérieur faisons-nous nos choix ?
Nous ne choisissons jamais depuis un terrain neutre
Imaginons une personne qui manque profondément de confiance en elle.
Elle rencontre quelqu’un.
Cette relation ne lui convient pas vraiment. Certaines limites sont franchies. Elle ressent des choses désagréables, mais elle reste.
Quelques années plus tard, elle regarde cette histoire et se dit :
« Pourquoi ai-je choisi cette personne ? »
Puis :
« Comment ai-je pu accepter ça ? »
Avec la personne qu’elle est devenue aujourd’hui, cela lui paraît incompréhensible.
Mais elle oublie quelque chose de fondamental :
la personne qu’elle est aujourd’hui n’est plus celle qui a pris cette décision à l’époque.
À cet instant de sa vie, elle possédait certaines croyances sur elle-même, certaines peurs, certains besoins affectifs, une certaine estime d’elle-même et une certaine perception de ce qu’elle pouvait accepter ou espérer.
Son champ des possibles était différent.
Elle a donc choisi avec les ressources, la conscience et la sécurité intérieure dont elle disposait à ce moment-là.
C’est très différent de dire :
« J’ai fait un mauvais choix. »
Nos croyances réduisent notre champ des possibles
Nous aimons imaginer le libre arbitre comme un immense catalogue dans lequel toutes les possibilités seraient disponibles et où il suffirait de sélectionner la meilleure.
Dans la réalité, ce n’est pas aussi simple.
Nous ne percevons même pas toutes les possibilités.
Notre histoire influence ce que nous considérons comme normal.
Notre éducation influence ce que nous croyons possible.
Notre estime personnelle influence ce que nous pensons mériter.
Nos peurs influencent ce que nous osons entreprendre.
Notre besoin de sécurité influence ce que nous sommes capables de quitter.
Et beaucoup de ces mécanismes fonctionnent sans même que nous en ayons conscience.
C’est pour cette raison que deux personnes placées devant une situation identique peuvent prendre des décisions totalement différentes.
Elles ne regardent pas la situation depuis le même endroit intérieur.
La sécurité intérieure change nos choix
C’est là que la notion de sécurité intérieure prend pour moi toute son importance.
Lorsque nous ne nous sentons pas suffisamment en sécurité intérieurement, nous pouvons rester dans une relation qui nous fait souffrir parce que la solitude nous paraît encore plus menaçante.
Nous pouvons rester dans un travail qui ne nous correspond plus parce que l’incertitude financière nous semble insupportable.
Nous pouvons ne pas poser une limite parce que nous avons peur de perdre l’amour de l’autre.
Nous pouvons accepter beaucoup trop parce que nous avons appris qu’il fallait être gentil pour être aimé.
Nous pouvons renoncer à un projet avant même de l’avoir commencé parce qu’une partie de nous ne se sent pas capable de supporter un éventuel échec.
Vu de l’extérieur, quelqu’un pourrait dire :
« Mais tu avais le choix ! »
Techniquement, peut-être.
Intérieurement, ce choix n’était pas forcément accessible.
Et cette distinction change énormément de choses.
Sortir de la culpabilité sans abandonner sa responsabilité
Il ne s’agit pas pour autant de basculer dans l’autre extrême et de considérer que nous ne pouvons rien changer parce que tout serait déterminé par notre passé.
Ce serait simplement remplacer une prison par une autre.
La question n’est pas :
« Qui est responsable de tout ce qui m’est arrivé ? »
La question qui m’intéresse davantage aujourd’hui est :
« Qu’est-ce qui, en moi, influence encore mes choix sans que je m’en rende compte ? »
Parce que c’est là que nous retrouvons notre pouvoir d’action.
Nous ne pouvons pas retourner dix ans en arrière pour prendre une autre décision.
Nous pouvons en revanche comprendre pourquoi cette décision nous semblait possible, nécessaire ou évidente à l’époque.
Et surtout, nous pouvons faire évoluer l’endroit intérieur depuis lequel nous prendrons la prochaine.
C’est précisément là que commence le travail sur soi.
Mettre de la lumière sur ce qui fonctionne en automatique
Lorsque je parle de mémoires inconscientes, je parle de tout ce que notre histoire a laissé en nous et qui continue parfois d’influencer notre présent.
Des croyances.
Des automatismes.
Des peurs.
Des stratégies de protection.
Des façons d’entrer en relation.
Des choses que nous avons tellement répétées qu’elles nous paraissent naturelles.
Et tant que nous ne les voyons pas, nous pouvons reproduire les mêmes schémas en ayant pourtant l’impression de choisir librement.
C’est aussi pour cela que certaines personnes disent :
« Je rencontre toujours le même type de partenaire. »
« Je retombe toujours dans les mêmes situations professionnelles. »
« Je sais que cette situation ne me convient pas, mais je n’arrive pas à partir. »
« Je comprends intellectuellement mon problème, mais je recommence quand même. »
Ce n’est pas nécessairement un manque de volonté.
Il existe parfois simplement un mécanisme intérieur qui n’a pas encore été mis en lumière.
Yasmine n’avait peut-être pas fait les mauvais choix
Alors non, je n’ai pas envie que Yasmine regarde son histoire en se disant :
« J’ai toujours fait les mauvais choix. »
J’aimerais qu’elle puisse la regarder autrement.
À chaque étape de sa vie, elle a avancé avec la personne qu’elle était à cet instant.
Elle a essayé de répondre à ses besoins avec les ressources dont elle disposait.
Certaines décisions ont produit de la souffrance.
Certaines expériences lui ont peut-être coûté cher.
Mais cela ne signifie pas qu’elle doit maintenant ajouter de la culpabilité à cette souffrance.
Aujourd’hui, elle peut comprendre.
Elle peut observer.
Elle peut mettre de la conscience sur ce qui fonctionnait jusque-là automatiquement.
Et à mesure que son rapport à elle-même change, ses possibilités changent également.
Le véritable choix commence peut-être ici
Je continuerai donc à parler de responsabilité.
Mais différemment.
Parce que la responsabilité ne consiste pas, pour moi, à regarder derrière soi en disant :
« Tout est de ma faute puisque j’avais le choix. »
Elle consiste plutôt à regarder ce qui est là aujourd’hui et à se demander :
« Maintenant que je vois ce mécanisme, qu’est-ce que je veux en faire ? »
C’est là que quelque chose devient possible.
Plus je me connais, plus mon champ des possibles s’élargit.
Plus je construis ma sécurité intérieure, moins mes décisions sont gouvernées uniquement par mes peurs.
Plus je reconnais mes automatismes, plus je peux choisir consciemment de continuer à les suivre… ou d’essayer autre chose.
Finalement, notre liberté ne consiste peut-être pas à avoir toujours eu tous les choix.
Elle consiste à devenir progressivement capable d’en voir davantage.
Alors si aujourd’hui vous regardez votre passé en vous disant :
« J’ai fait tellement de mauvais choix… »
Essayez peut-être une autre question :
Depuis quel endroit intérieur ai-je fait ces choix à l’époque ?
Et surtout :
Depuis quel endroit intérieur ai-je envie de faire les prochains ?
C’est là que commence, pour moi, une autre forme de liberté.
Nous sommes #TousFormidable.












