J’aimerais ou je veux ?
« J’aimerais » ou « Je veux » : ce que nos mots révèlent de notre rapport à nos désirs
Notre vocabulaire en dit parfois beaucoup plus sur notre état intérieur que nous ne l’imaginons.
Écoutez quelqu’un parler d’un projet qui lui tient réellement à cœur.
Puis écoutez quelqu’un parler d’un rêve auquel il ne croit déjà plus vraiment.
Les mots ne sont pas les mêmes.
La posture n’est pas la même.
L’énergie n’est pas la même.
Et surtout, les actions qui suivent ne sont généralement pas les mêmes.
Il existe notamment une expression que nous utilisons énormément lorsque nous parlons de la vie que nous souhaiterions avoir :
« J’aimerais… »
J’aimerais gagner davantage d’argent.
J’aimerais rencontrer quelqu’un.
J’aimerais voyager.
J’aimerais changer de travail.
J’aimerais avoir davantage de temps pour moi.
J’aimerais créer mon activité.
J’aimerais vivre ailleurs.
À première vue, rien de problématique.
Pourtant, il peut être intéressant de regarder ce qui se cache parfois derrière ces deux mots.
« J’aimerais » peut maintenir le rêve à distance
Imaginez quelqu’un qui vit depuis plusieurs années une situation professionnelle qui ne lui convient plus.
Il a essayé différentes choses.
Il a réfléchi.
Il s’est renseigné.
Il a peut-être lu des livres, regardé des vidéos, demandé conseil autour de lui.
Mais rien n’a véritablement changé.
Petit à petit, une forme de résignation peut s’installer.
Il continue à rêver d’autre chose, mais n’est plus réellement convaincu que cette autre vie soit accessible.
Alors il dit :
« J’aimerais changer de métier. »
Le désir est là.
Mais la décision ne l’est pas nécessairement.
Et cette nuance est essentielle.
Parce que nous pouvons « aimerions » pendant vingt ans sans modifier quoi que ce soit.
Essayez simplement de remplacer « j’aimerais »
Prenez maintenant une chose que vous aimeriez réellement changer dans votre vie.
Et au lieu de dire :
« J’aimerais… »
Dites :
« Je veux… »
Observez ce qui se passe en vous.
« J’aimerais gagner davantage chaque mois. »
devient :
« Je veux augmenter mes revenus. »
« J’aimerais rencontrer quelqu’un avec qui construire une belle relation. »
devient :
« Je veux construire une relation qui me correspond. »
« J’aimerais partir davantage en vacances. »
devient :
« Je veux voyager davantage. »
« J’aimerais avoir plus de temps libre. »
devient :
« Je veux retrouver du temps pour vivre. »
La réalité extérieure n’a évidemment pas changé en trois secondes.
Votre compte bancaire est le même.
Votre emploi du temps est le même.
Votre situation sentimentale est la même.
Et pourtant, intérieurement, quelque chose peut déjà être différent.
Pourquoi ?
Parce que « je veux » nous oblige à regarder notre désir en face.
Dire « je veux » fait apparaître les résistances
C’est là que l’exercice devient particulièrement intéressant.
Dites :
« Je veux changer de travail. »
Et écoutez immédiatement ce qui arrive derrière.
« Oui, mais j’ai un crédit. »
« À mon âge, ce n’est pas raisonnable. »
« Je ne sais rien faire d’autre. »
« Je vais perdre ma sécurité. »
« Que vont penser les autres ? »
« Et si je me trompe ? »
Voilà ce qui m’intéresse.
Pas simplement le changement de vocabulaire.
Ce que ce changement fait remonter.
Parce que derrière un désir peuvent se cacher des peurs, des croyances, des loyautés ou un besoin de sécurité qui nous maintiennent exactement là où nous sommes.
Le problème n’est donc pas le mot « j’aimerais ».
Le problème commence lorsque nous l’utilisons pendant des années pour maintenir à distance quelque chose que nous désirons profondément.
La sécurité intérieure change notre manière de vouloir
Lorsque nous ne nous sentons pas en sécurité intérieurement, vouloir peut devenir dangereux.
Vouloir signifie prendre position.
Choisir.
Et choisir signifie parfois renoncer.
Dire :
« Je veux vivre autrement »
peut nous obliger à reconnaître que notre vie actuelle ne nous convient plus.
Dire :
« Je veux davantage de temps libre »
peut nous conduire à questionner notre rapport au travail et à l’argent.
Dire :
« Je veux une relation dans laquelle je me sens respecté »
peut nous amener à regarder autrement notre relation actuelle.
Dire :
« Je veux exercer un métier qui a du sens pour moi »
peut faire apparaître la peur de perdre notre statut, notre salaire ou l’approbation de notre entourage.
Voilà pourquoi il est parfois beaucoup plus confortable de rester dans le « j’aimerais ».
Le rêve existe, mais il ne nous engage pas encore.
« Je veux » ne signifie pas « j’exige »
Il y a également une nuance importante.
Dire « je veux » ne signifie pas exiger que la vie obéisse à toutes nos demandes.
Nous ne contrôlons pas tout.
Nous pouvons vouloir rencontrer quelqu’un, mais nous ne pouvons pas obliger une personne particulière à nous aimer.
Nous pouvons vouloir développer notre activité, mais nous ne pouvons pas garantir le comportement de nos futurs clients.
Nous pouvons vouloir partir en vacances à la mer, mais des événements extérieurs peuvent modifier nos plans.
En revanche, nous pouvons prendre pleinement la responsabilité de la direction dans laquelle nous avançons.
Et c’est là que le « je veux » devient puissant.
Non pas comme une formule magique.
Comme une prise de position intérieure.
Après « je veux », il manque encore quelque chose
Je peux répéter cinquante fois :
« Je veux gagner davantage. »
Si je ne change rien, rien ne garantit que ma situation évoluera.
Je peux afficher mon rêve sur mon réfrigérateur, le visualiser matin et soir et l’écrire dans un carnet.
À un moment donné, il faudra rencontrer la matière.
C’est-à-dire agir.
La question suivante devient donc :
« Qu’est-ce que je fais aujourd’hui qui va dans cette direction ? »
Je veux davantage de temps libre.
Très bien.
Qu’est-ce que je peux supprimer, déléguer ou organiser différemment ?
Je veux changer professionnellement.
Quelle est la première expérience que je peux faire sans nécessairement bouleverser toute ma vie demain matin ?
Je veux davantage d’argent.
Quelle valeur puis-je créer ? Quelles compétences puis-je développer ? Quelle action concrète puis-je entreprendre ?
Je veux une relation différente.
Qu’est-ce que je dois d’abord apprendre à exprimer, à refuser ou à respecter chez moi ?
C’est ici que le désir commence à devenir une direction.
Écoutez votre propre vocabulaire
Pendant quelques jours, faites simplement attention à votre manière de parler.
Combien de fois dites-vous :
« J’aimerais… »
« Il faudrait… »
« Un jour… »
« Peut-être… »
« Quand j’aurai le temps… »
« Quand j’aurai l’argent… »
« Quand les enfants seront grands… »
« Quand la situation sera meilleure… »
Il ne s’agit pas de bannir des mots de notre vocabulaire.
Il s’agit de repérer les endroits où notre langage traduit une hésitation que nous n’avons jamais vraiment regardée.
Puis choisissez un seul de vos « j’aimerais ».
Pas dix.
Un.
Transformez-le en :
« Je veux… »
Et observez ce qui remonte.
Si vous ressentez immédiatement de l’enthousiasme, écoutez-le.
Si une peur apparaît, écoutez-la aussi.
Si votre mental vous donne quinze raisons pour lesquelles ce n’est pas possible, regardez-les une par une.
Parce que derrière certaines de nos hésitations se cache parfois une question beaucoup plus profonde :
Est-ce que je me sens suffisamment en sécurité intérieurement pour assumer ce que je veux vraiment ?
Dire « je veux » ne réalisera pas votre rêve à votre place.
Mais cela peut être le moment où vous cessez de considérer votre désir comme une vague possibilité pour commencer à lui donner une véritable place dans votre vie.
Alors, aujourd’hui, complétez simplement cette phrase :
Je veux…












