Avons-nous besoin de thérapie ?
Faut-il forcément aller voir un thérapeute quand quelque chose ne va pas ?
Dès lors que quelque chose ne va pas dans notre quotidien, nous avons aujourd’hui énormément de possibilités pour nous faire accompagner.
Psychologue.
Thérapeute.
Coach.
Praticien dans telle ou telle méthode.
Et je vais commencer par quelque chose d’important : si vous êtes accompagné, que cet accompagnement vous fait du bien et vous permet réellement d’avancer, cet article n’est absolument pas une invitation à arrêter.
Il existe des situations dans lesquelles l’aide d’un professionnel est précieuse, et parfois indispensable.
Mon interrogation est ailleurs.
Depuis quel endroit intérieur allons-nous chercher cette aide ?
Parce qu’il existe une différence entre se faire accompagner pour traverser quelque chose et remettre systématiquement à quelqu’un d’autre le pouvoir de nous réparer.
Et cette différence me ramène une nouvelle fois à la sécurité intérieure.
Dès que quelque chose devient inconfortable, nous voulons le faire disparaître
C’est profondément humain.
Nous n’aimons pas souffrir.
Nous n’aimons pas avoir peur.
Nous n’aimons pas être en colère.
Nous n’aimons pas ressentir l’incertitude.
Alors dès qu’une émotion devient suffisamment inconfortable, notre premier réflexe peut être :
« Comment je fais pour enlever ça ? »
Nous cherchons alors une solution.
Une méthode.
Une explication.
Un professionnel.
Et parfois, c’est exactement ce dont nous avons besoin.
Mais parfois aussi, avant de vouloir supprimer ce que nous ressentons, nous pourrions commencer par nous demander ce que nous essayons tellement fort de ne pas ressentir.
Et si certaines de nos protections étaient devenues le problème ?
Prenons un exemple.
Un enfant grandit avec un père très autoritaire.
Pour se protéger et maintenir le lien avec son père, il apprend peut-être à se taire.
À ne pas contrarier.
À anticiper les réactions.
À éviter le conflit.
À faire plaisir.
Cette stratégie peut avoir été extrêmement intelligente à huit ans.
Seulement, l’enfant devient adulte.
Il entre dans le monde professionnel.
Et lorsqu’un supérieur hausse légèrement le ton, quelque chose se déclenche.
Il se tait.
Il n’ose pas poser ses limites.
Il accepte.
Il accumule.
Puis il rentre chez lui frustré en se demandant pourquoi il tombe toujours sur des personnes autoritaires.
À l’époque où j’ai écrit mon ancien article, j’aurais expliqué cela par les énergies, l’attraction et l’effet miroir.
Aujourd’hui, je peux le regarder beaucoup plus simplement :
une ancienne protection continue peut-être à fonctionner alors que le danger d’autrefois n’existe plus.
Et tant que cette protection décide à notre place, certaines situations peuvent effectivement se répéter.
Comprendre le passé n’oblige pas à y habiter
C’est ici que ma position est probablement devenue plus nuancée.
Je continue à penser que nous pouvons passer énormément de temps à fouiller notre passé sans nécessairement transformer notre présent.
Comprendre pourquoi je fonctionne ainsi peut être utile.
Mais comprendre ne suffit pas toujours.
Je peux connaître parfaitement mon enfance.
Connaître mes blessures.
Avoir identifié mes croyances.
Pouvoir expliquer pendant trois heures pourquoi mon père ou ma mère a influencé mon comportement.
Et continuer exactement à faire la même chose lundi matin.
À l’inverse, je ne crois plus non plus qu’il suffise nécessairement de dire :
« J’accepte, c’est réglé. »
Certaines choses sont plus profondes.
Certaines expériences demandent du temps.
Certaines situations nécessitent justement un accompagnement compétent.
L’important, pour moi, est que le passé nous aide à éclairer le présent au lieu de devenir un endroit dans lequel nous passons notre vie.
L’acceptation n’est pas la résignation
C’est probablement l’un des mots de mon ancien article que je souhaite conserver : accepter.
Mais je ne lui donne plus exactement le même sens.
Accepter ne signifie pas trouver normal ce qui s’est passé.
Accepter ne signifie pas pardonner obligatoirement.
Accepter ne signifie pas retourner voir quelqu’un qui nous a fait du mal.
Accepter ne signifie pas rester dans une situation qui nous détruit.
Accepter signifie d’abord reconnaître la réalité :
« Oui, cela s’est produit. »
« Oui, je ressens cela. »
« Oui, cette situation me fait peur. »
« Oui, lorsque cette personne agit ainsi, quelque chose se déclenche en moi. »
Parce que tant que je dépense toute mon énergie à me raconter que je ne devrais pas ressentir ce que je ressens, je rajoute un combat au problème initial.
La sécurité intérieure commence peut-être par pouvoir rester avec ce qui se passe en nous
C’est là que mon travail actuel prend tout son sens.
Être sécure intérieurement ne signifie pas ne plus avoir de problème.
Cela ne signifie pas non plus être capable de tout résoudre seul.
Au contraire.
Une personne suffisamment sécure peut parfaitement dire :
« Là, j’ai besoin d’aide. »
Elle peut consulter.
Demander conseil.
Se faire accompagner.
Parler à quelqu’un.
Mais elle peut également traverser un inconfort sans considérer immédiatement qu’elle est cassée et que quelqu’un doit la réparer.
Elle commence par observer.
Qu’est-ce qui se passe en moi ?
Qu’est-ce que cette situation vient toucher ?
Quelle est ma réaction automatique ?
Est-ce que je fuis ?
Est-ce que j’attaque ?
Est-ce que je me soumets ?
Est-ce que je cherche immédiatement quelqu’un pour me rassurer ?
Et surtout :
est-ce que la réaction que j’ai aujourd’hui correspond réellement à la situation présente, ou est-ce une ancienne protection qui vient de reprendre le volant ?
Le véritable changement se vérifie dans la vie
Pour moi, c’est devenu essentiel.
Peu importe le nombre de livres lus.
Peu importe le nombre de stages réalisés.
Peu importe le nombre d’années de thérapie ou de développement personnel.
La question est :
qu’est-ce qui change concrètement dans ma vie ?
Est-ce que j’arrive davantage à dire non ?
Est-ce que je fais des choix qui me ressemblent davantage ?
Est-ce que je supporte mieux l’incertitude ?
Est-ce que je peux entendre une critique sans m’effondrer ?
Est-ce que je peux être en désaccord sans attaquer ?
Est-ce que j’arrive à quitter ce qui ne me convient plus ?
Est-ce que je peux demander de l’aide sans devenir dépendant de celui qui m’aide ?
Est-ce que mes relations deviennent plus saines ?
Est-ce que je me sens progressivement plus stable lorsque l’extérieur ne se déroule pas comme prévu ?
Voilà ce qui m’intéresse aujourd’hui.
Un accompagnement devrait peut-être nous rendre de plus en plus autonomes
C’est finalement le critère que je regarderais.
Je ne veux pas opposer le thérapeute et la sécurité intérieure.
Un bon accompagnement peut justement contribuer à la développer.
Mais si, année après année, je me sens incapable de prendre une décision sans consulter quelqu’un, incapable de traverser une émotion sans appeler quelqu’un, incapable de faire confiance à mes propres ressentis sans demander leur validation, alors je pense qu’une question mérite d’être posée.
Suis-je en train de devenir plus autonome ?
Ou ai-je simplement déplacé ma sécurité à l’extérieur de moi ?
Parce que le but, à mes yeux, n’est pas de devenir un être humain qui n’a plus besoin des autres.
Nous avons besoin les uns des autres.
Le but est de pouvoir rencontrer l’autre, demander son aide, recevoir son regard et bénéficier de ses compétences sans lui remettre les clés de notre existence.
Et peut-être que la véritable transformation commence précisément là :
lorsque l’aide extérieure ne remplace plus notre sécurité intérieure, mais nous aide progressivement à la retrouver.
Stéphane Bride-Bonnot
Nous sommes #TousFormidable.












