Moi, Je !

« Moi, je… » : quand la comparaison révèle notre insécurité intérieure

« Moi, je n’aurais jamais fait ça. »

« Moi, je respecte les autres. »

« Moi, je conduis correctement. »

« Moi, je ne pourrais jamais vivre comme ça. »

« Moi, à sa place… »

Ça vous parle ?

Nous prononçons tous ce genre de phrases.

Et dans mon ancien texte, j’étais particulièrement radical : dès lors que nous prononcions « moi, je », nous étions selon moi dans l’ego.

Aujourd’hui, je ne le présenterais évidemment plus comme une règle.

Dire « je » est même essentiel.

« Je ne suis pas d’accord. »

« Je ne veux pas. »

« J’ai besoin de temps. »

« Je souhaite faire autrement. »

« Cette situation ne me convient pas. »

Voilà des phrases qui peuvent au contraire témoigner d’une véritable sécurité intérieure.

Le problème n’est donc pas le « je ».

La question intéressante est :

depuis quel endroit intérieur est-ce que je dis “je” ?

Parce qu’il existe un « je » qui affirme notre identité et nos limites, et un « moi, je » qui cherche constamment à se positionner par rapport aux autres.

Et celui-là peut effectivement nous apprendre beaucoup sur nous.

Nous construisons une partie de notre identité par comparaison

Regardons une situation extrêmement banale.

Un automobiliste nous fait une queue de poisson.

Nous réagissons :

« Quel abruti ! Moi, je fais attention aux autres quand je conduis. »

Que venons-nous de faire ?

Nous n’avons pas simplement constaté un comportement dangereux.

Nous avons créé deux personnages.

Lui : le mauvais conducteur.

Moi : le bon conducteur.

Et pendant quelques secondes, cette comparaison vient renforcer notre identité.

Nous retrouvons ce mécanisme partout.

« Regarde ces politiques qui se chamaillent. Moi, je saurais me tenir. »

« Regarde comment elle élève ses enfants. Moi, jamais je ne ferais ça. »

« Il ne pense qu’à l’argent. Moi, j’ai de vraies valeurs. »

« Elle a vraiment besoin de se montrer. Moi, je suis quelqu’un de simple. »

Nous parlons de l’autre.

Mais curieusement, nous finissons souvent par parler de nous.

Pourquoi avons-nous besoin de nous comparer ?

Parce que la comparaison peut nous rassurer.

Lorsque notre sécurité intérieure n’est pas suffisamment solide, nous cherchons parfois à savoir qui nous sommes en regardant qui sont les autres.

Je suis intelligent parce que je trouve son raisonnement stupide.

Je suis raisonnable parce qu’il prend des risques.

Je suis généreux parce qu’elle est égoïste.

Je suis spirituel parce qu’il ne l’est pas.

Je suis conscient parce qu’elle est encore « dans son ego ».

Nous construisons notre valeur relativement à quelqu’un d’autre.

Et le problème apparaît immédiatement :

si j’ai besoin que quelqu’un soit en dessous pour me sentir au-dessus, ma valeur reste dépendante de l’extérieur.

Ce n’est donc pas réellement de la confiance.

C’est une forme de sécurité conditionnelle.

Le jugement n’est pas toujours le problème

Il faut également nuancer quelque chose.

Nous avons besoin de notre capacité de jugement au sens de discernement.

Nous devons pouvoir considérer qu’un comportement est dangereux.

Qu’une parole est irrespectueuse.

Qu’une situation ne nous convient pas.

Qu’une personne a franchi une limite.

Dire :

« Cette personne vient de me parler d’une manière que je refuse »

n’est pas nécessairement un problème d’ego.

La différence se trouve dans ce que nous ajoutons ensuite.

« Son comportement ne me convient pas. »

Ou :

« C’est vraiment un pauvre type, de toute façon les gens comme lui sont tous pareils. »

Dans le premier cas, j’évalue un comportement.

Dans le second, je transforme une personne entière en étiquette.

Et surtout, je peux utiliser cette étiquette pour renforcer ma propre identité.

Notre ego aime les étiquettes parce qu’elles simplifient le monde

Gentil.

Méchant.

Éveillé.

Endormi.

Intelligent.

Stupide.

Riche.

Pauvre.

Spirituel.

Matérialiste.

Bienveillant.

Toxique.

Nous rangeons.

C’est pratique.

Une fois l’étiquette posée, nous n’avons plus vraiment besoin de rencontrer la personne.

Nous savons déjà qui elle est.

Le problème, c’est que nous faisons exactement la même chose avec nous-mêmes.

« Moi, je suis comme ça. »

« Je suis timide. »

« Je suis quelqu’un qui manque de confiance. »

« Je ne suis pas commercial. »

« Je suis nul avec l’argent. »

« Je suis quelqu’un de très indépendant. »

Certaines de ces affirmations semblent décrire notre identité.

Mais elles peuvent aussi devenir des prisons.

Parce que si « je suis comme ça », pourquoi expérimenter autre chose ?

Même la spiritualité peut devenir une identité à défendre

C’est un piège que j’ai moi-même beaucoup observé.

Nous commençons un chemin de développement personnel ou spirituel pour nous libérer de certaines identifications.

Puis nous en construisons de nouvelles.

« Moi, je suis éveillé. »

« Moi, je ne regarde plus la télévision. »

« Moi, je ne suis plus dans le jugement. »

« Moi, j’ai compris comment fonctionne la vie. »

Et nous pouvons finir par regarder de haut ceux qui n’auraient pas encore compris.

Nous avons simplement changé de costume.

L’ancien personnage avait besoin d’être reconnu par son statut professionnel, son argent ou ses possessions.

Le nouveau personnage veut être reconnu pour son niveau de conscience.

Mais derrière, la question reste parfois la même :

« Est-ce que je me sens suffisamment solide intérieurement pour ne pas avoir besoin de prouver qui je suis ? »

La peur du manque peut également renforcer ce « moi »

Dans mon ancien texte, j’associais aussi ce mécanisme au monde de la consommation.

Regarder systématiquement les promotions.

Choisir un travail uniquement pour le salaire.

Accumuler.

Contrôler.

Prendre davantage pour avoir peur de manquer un peu moins.

Là encore, je ne ferais pas de raccourci.

Comparer les prix n’est évidemment pas un signe d’insécurité psychologique.

Choisir un emploi en fonction de son salaire peut être parfaitement raisonnable.

Mais nous pouvons nous demander :

est-ce que mes choix sont guidés uniquement par la peur de perdre ou aussi par ce qui compte réellement pour moi ?

Je peux vouloir gagner correctement ma vie et aimer profondément mon métier.

Je peux chercher un bon prix sans vivre dans la peur du manque.

La question n’est jamais uniquement ce que je fais.

Elle concerne aussi l’endroit intérieur depuis lequel je le fais.

Attention à ne pas transformer cette idée en croyances dangereuses

Dans mon ancien texte, j’allais jusqu’à considérer que penser qu’un aliment ou un vaccin pouvait être nocif revenait à créer une séparation avec soi-même et donc à nourrir l’ego.

Je ne soutiens plus cette idée.

Un produit peut présenter objectivement des bénéfices ou des risques indépendamment de nos croyances.

Un médicament, un vaccin ou un aliment doit être évalué à partir de données fiables et, lorsque cela concerne notre santé, avec des professionnels compétents.

La sécurité intérieure ne consiste pas à nier les risques extérieurs.

Elle permet au contraire de les regarder sans que la peur nous empêche de réfléchir.

Dire « je » peut être un formidable acte de sécurité intérieure

Il existe donc un autre « je ».

Un « je » qui ne se compare pas.

« Je ressens cela. »

« Je souhaite cela. »

« Je ne veux plus cela. »

« Je ne sais pas. »

« Je me suis trompé. »

« J’ai peur. »

« Je vais essayer. »

« Je pose cette limite. »

Ce « je » ne cherche pas à démontrer que l’autre est inférieur.

Il ne demande pas non plus à l’autre de confirmer sa valeur.

Il prend simplement sa place.

Et paradoxalement, plus nous sommes capables de dire ce « je », moins nous avons besoin du « moi, je ».

Moins nous avons besoin de nous comparer, plus nous devenons libres

La sécurité intérieure permet progressivement quelque chose de très simple.

L’autre peut être différent sans que sa différence menace notre identité.

Il peut réussir sans que cela diminue notre réussite.

Il peut penser autrement sans remettre en cause nos convictions.

Il peut choisir une vie que nous ne choisirions jamais sans que nous ayons besoin de la ridiculiser.

Nous pouvons même reconnaître :

« Je ne comprends pas son choix, mais je n’ai pas besoin de le comprendre pour continuer à vivre le mien. »

Voilà une liberté immense.

Nous ne sommes plus obligés de passer notre temps à mesurer le monde pour savoir où nous nous situons.

Alors la prochaine fois que vous vous entendrez penser :

« Moi, je… »

ne cherchez pas à supprimer cette phrase.

Observez simplement ce qui vient après.

Est-ce que vous êtes en train d’exprimer une limite, un besoin, une envie ou une responsabilité ?

Ou avez-vous besoin de diminuer, corriger ou juger quelqu’un d’autre pour renforcer momentanément votre propre position ?

Dans le premier cas, votre « je » peut être une affirmation de vous-même.

Dans le second, il cache peut-être une question beaucoup plus profonde :

« Qui serais-je si je n’avais plus besoin de me comparer aux autres pour savoir quelle valeur j’ai ? »

C’est peut-être à cet endroit que commence véritablement la sécurité intérieure.

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Stéphane Bride-Bonnot coach loi d'attraction