A-t-on réellement le choix ?
Avons-nous réellement toujours le choix ?
On nous répète souvent que nous avons toujours le choix.
Que nous sommes la conséquence de nos choix.
Que si notre vie ne nous convient pas, il suffit finalement de faire d’autres choix.
Mais est-ce réellement aussi simple ?
Parce qu’il y a une chose que j’ai beaucoup mieux comprise au fil des années : entre avoir théoriquement le choix et se sentir intérieurement suffisamment sécure pour exercer ce choix, il peut y avoir un monde.
Nous ne choisissons pas tout ce qui se passe en nous
Une pensée arrive.
Une émotion monte.
Une personne prononce une phrase qui nous touche.
Un événement inattendu survient.
Une peur se réveille.
Notre fameux hamster se met alors à courir dans sa roue et, en quelques secondes, notre tête peut fabriquer un scénario complet.
Nous n’avons pas nécessairement décidé consciemment de tout cela.
Notre cerveau fonctionne en permanence à partir de ce qu’il connaît, de ce qu’il a appris, de notre histoire, de nos expériences et de nos mécanismes de protection.
C’est précisément pour cette raison que je trouve aujourd’hui un peu rapide de dire à quelqu’un :
« Tu as toujours le choix. »
Parce que lorsque notre système intérieur perçoit un danger, notre liberté de choix peut considérablement se réduire.
Nous ne choisissons plus vraiment.
Nous réagissons.
C’est ici que la sécurité intérieure devient essentielle
Prenons quelque chose de très simple.
Quelqu’un vous fait une remarque désagréable.
Vous pourriez théoriquement avoir cinquante façons de répondre.
Vous pourriez rire.
Ne rien dire.
Demander à la personne ce qu’elle veut dire.
Lui répondre calmement.
Quitter la conversation.
Vous mettre en colère.
L’insulter.
Rentrer chez vous et ruminer pendant trois jours.
Toutes ces possibilités existent.
Mais au moment précis où vous recevez cette remarque, si quelque chose en vous se sent attaqué, humilié ou menacé, combien de ces possibilités êtes-vous réellement capable de percevoir ?
C’est là toute la différence.
Plus je suis en insécurité intérieure, plus mon champ des possibles se rétrécit.
Je vais naturellement chercher à me protéger.
Par la fuite.
Par l’attaque.
Par la justification.
Par le contrôle.
Par le besoin d’avoir raison.
Ou simplement en me refermant.
Et je peux ensuite appeler cela un « choix », alors qu’il s’agissait surtout d’une réaction automatique.
La conscience crée un espace
C’est là que je continue de trouver la conscience passionnante.
Parce qu’elle nous permet progressivement d’observer ce qui est en train de se produire en nous.
Je ressens de la peur.
Je ressens de la colère.
Je suis en train d’imaginer le pire.
J’ai envie d’envoyer ce message immédiatement.
J’ai envie de tout envoyer promener.
J’ai envie de dire oui uniquement parce que j’ai peur de déplaire.
J’ai envie de contrôler parce que je ne sais pas ce qui va se passer.
À partir du moment où je peux observer ce mécanisme, quelque chose devient possible.
Je ne suis plus seulement dans la réaction.
Un espace apparaît entre ce que je ressens et ce que je vais décider d’en faire.
Et c’est peut-être précisément dans cet espace que commence notre véritable liberté.
Penser positif ne suffit pas
Pendant longtemps, j’ai présenté les choses de manière beaucoup plus simple.
Si je pense négativement, je génère une émotion négative et j’attire une réalité négative.
Si je pense positivement, je génère une émotion positive et j’attire une réalité positive.
Aujourd’hui, cette explication me paraît trop courte.
Parce qu’une pensée positive posée par-dessus une peur ne fait pas nécessairement disparaître cette peur.
Je peux me répéter cent fois :
« Tout va bien se passer. »
Si au fond de moi je suis terrorisé, mon comportement risque malgré tout d’être influencé par cette peur.
Je vais peut-être procrastiner.
Surcontrôler.
Demander l’avis de dix personnes.
Ne pas oser.
Ou au contraire foncer dans l’action uniquement pour faire disparaître l’inconfort.
Ce n’est donc pas simplement une question de remplacer une pensée négative par une pensée positive.
La question qui m’intéresse davantage aujourd’hui est :
Depuis quel endroit intérieur vais-je faire mon choix ?
Un choix peut être une protection déguisée
Nous pouvons décider de rester dans un travail.
Est-ce réellement notre choix ?
Peut-être.
Mais peut-être restons-nous uniquement parce que l’inconnu nous terrorise.
Nous pouvons décider de quitter une relation.
C’est peut-être profondément juste.
Mais nous pouvons également partir uniquement parce que nous sommes incapables de traverser une émotion inconfortable.
Nous pouvons lancer un projet parce qu’il nous enthousiasme réellement.
Ou parce que nous avons désespérément besoin de prouver notre valeur.
Extérieurement, l’action peut être exactement la même.
Intérieurement, elle ne part pas du tout du même endroit.
Et les conséquences risquent elles aussi d’être différentes.
Être libre, ce n’est peut-être pas pouvoir tout choisir
Nous ne choisissons évidemment pas tout ce qui nous arrive.
Nous ne choisissons pas toutes nos pensées.
Nous ne choisissons pas l’ensemble de nos émotions.
Nous ne maîtrisons ni les autres, ni les événements, ni toutes les circonstances de notre existence.
En revanche, nous pouvons développer progressivement notre capacité à ne plus laisser chaque peur décider automatiquement à notre place.
Pour moi, c’est là que la sécurité intérieure prend tout son sens.
Plus je développe cette stabilité en moi, moins j’ai besoin que l’extérieur soit parfaitement conforme à mes attentes pour me sentir suffisamment sécure.
Et plus je me sens sécure, plus mon champ des possibles s’agrandit.
Je peux attendre.
Dire non.
Dire oui.
Partir.
Rester.
Essayer.
Me tromper.
Recommencer.
Changer d’avis.
Ne pas savoir.
Autrement dit, je retrouve du choix.
Alors peut-être que la vraie question n’est pas :
« Est-ce que j’ai toujours le choix ? »
Mais plutôt :
« Est-ce que je suis suffisamment sécure intérieurement, ici et maintenant, pour voir les choix qui s’offrent réellement à moi ? »
Stéphane Bride-Bonnot
Nous sommes #TousFormidable.












