Agir ou rêvasser ?
Et si vous passiez moins de temps à faire et davantage de temps à être ?
Êtes-vous 80 % actif et 20 % contemplatif ?
C’est-à-dire beaucoup de temps à travailler, produire, gérer, organiser, anticiper, conduire, faire les courses, entretenir la maison, préparer les repas, répondre aux sollicitations, vous occuper des autres…
Et finalement très peu de temps à ne rien avoir à accomplir ?
Je ne parle pas ici de regarder une série en ayant le téléphone à la main.
Je parle de véritablement s’arrêter.
Marcher dans la nature.
S’asseoir quelque part sans objectif.
Regarder.
Écouter.
Ressentir.
Laisser passer quelques minutes sans chercher à les remplir.
Être seul face à soi-même.
Pendant longtemps, j’ai moi aussi énormément fonctionné dans le faire. Et je comprends aujourd’hui que derrière cette activité permanente peut se cacher quelque chose de beaucoup plus profond : notre besoin de sécurité.
Faire nous donne l’impression de contrôler
Quand quelque chose ne va pas dans notre existence, notre premier réflexe est souvent de faire davantage.
Il faut trouver une solution.
Il faut travailler plus.
Il faut gagner davantage.
Il faut régler le problème.
Il faut prévoir ce qui pourrait arriver.
Il faut comprendre.
Il faut chercher.
Il faut agir.
Et bien sûr que l’action est nécessaire. Je ne suis pas en train de vous proposer de passer votre existence allongé dans l’herbe en attendant que votre frigo se remplisse tout seul.
Mais il y a une différence considérable entre agir parce que l’action est juste et nécessaire et s’agiter parce que l’inaction nous insécurise.
C’est précisément cette différence que je trouve intéressante à observer.
Parce que lorsque nous ne nous sentons pas suffisamment en sécurité intérieurement, faire quelque chose nous rassure.
Même lorsque cette action ne change finalement pas grand-chose au problème.
Au moins, nous avons l’impression de garder le contrôle.
Et si nous inversions momentanément le rapport ?
80 % contemplatif et 20 % actif.
Je ne présente évidemment pas ces chiffres comme une formule mathématique permettant d’accéder au bonheur.
Je les utilise volontairement pour provoquer une réflexion.
Que se passerait-il si, au lieu de remplir systématiquement chaque espace disponible par une nouvelle action, nous laissions beaucoup plus de place à l’être ?
Nous sommes justement des êtres humains, pas des « faires humains ».
Cette petite formule que j’utilisais déjà il y a plusieurs années continue de beaucoup me parler.
Parce que notre société valorise énormément le faire.
Quand quelqu’un nous demande ce que nous avons fait de notre journée, répondre « rien » paraît presque honteux.
Alors que ce « rien » peut contenir énormément.
J’ai marché.
J’ai respiré.
J’ai regardé les arbres.
J’ai écouté mon corps.
J’ai passé du temps avec quelqu’un que j’aime.
Je me suis demandé ce dont j’avais réellement envie.
J’ai laissé retomber le bruit dans ma tête.
Je n’ai rien produit de mesurable, et pourtant j’ai peut-être fait quelque chose d’essentiel : je suis revenu à moi.
Le problème n’est pas l’action
Je ne crois plus qu’il faille opposer radicalement l’action et la contemplation.
Nous avons besoin des deux.
Nous avons besoin d’agir pour vivre dans la matière, créer, travailler, rencontrer, expérimenter et réaliser des projets.
Mais nous avons également besoin d’espaces dans lesquels nous n’avons rien à réussir.
Et c’est peut-être là que notre rapport à la sécurité intérieure change profondément.
Parce que rester quelques heures sans produire peut devenir extrêmement inconfortable lorsque notre valeur personnelle dépend de ce que nous accomplissons.
Ne rien faire peut réveiller la peur de perdre du temps.
La peur de manquer d’argent.
La peur de prendre du retard.
La peur que les autres avancent pendant que nous nous arrêtons.
La peur de ne plus être utile.
Et parfois même la peur de nous retrouver seuls avec nous-mêmes.
Alors nous repartons dans l’action.
Pas nécessairement parce qu’elle est utile.
Parce qu’elle nous sécurise.
Notre corps peut aussi nous rappeler nos limites
Il m’est arrivé de croire que je pouvais demander énormément à mon corps et continuer malgré les signaux de fatigue.
Aujourd’hui, je préfère les considérer comme des informations.
Une fatigue persistante, une tension, un sommeil dégradé ou une douleur méritent d’être écoutés et, lorsque c’est nécessaire, évalués par un professionnel de santé.
Mais indépendamment de toute interprétation médicale, nous pouvons également nous poser une question très simple :
Quel rythme suis-je en train d’imposer à ma vie ?
Parce que nous savons tous reconnaître certaines périodes où nous tirons trop sur la corde.
Nous le savons.
Nous le ressentons.
Et pourtant nous continuons parfois parce que notre tête nous répète :
« Je n’ai pas le choix. »
C’est justement à cet endroit que j’aime questionner la sécurité intérieure.
S’arrêter demande parfois davantage de sécurité que d’agir
On pourrait croire que ne rien faire est facile.
Je pense que c’est parfois exactement l’inverse.
Essayez de vous retrouver seul dans la nature pendant plusieurs heures, sans téléphone, sans musique, sans livre, sans travail à accomplir et sans personne avec qui parler.
Il ne reste plus grand-chose derrière quoi se cacher.
Il reste vous.
Votre respiration.
Vos sensations.
Vos pensées.
Le silence.
Et c’est là que nous pouvons commencer à observer ce qui se passe réellement en nous.
Est-ce que je suis capable de rester là sans culpabiliser ?
Est-ce que je me sens toujours utile lorsque je ne produis rien ?
Est-ce que je me sens suffisamment en sécurité lorsque je ne contrôle pas ce qui va arriver dans deux heures, demain ou dans six mois ?
Pour moi, la contemplation n’est donc pas simplement une manière agréable de passer du temps.
Elle peut devenir un révélateur.
Elle montre la relation que nous entretenons avec nous-mêmes lorsque nous retirons momentanément le faire.
Et peut-être que l’équilibre n’est finalement ni 80/20, ni 20/80.
Peut-être qu’il consiste à retrouver suffisamment de sécurité intérieure pour pouvoir agir quand il est temps d’agir et s’arrêter quand il est temps de s’arrêter, sans que la peur décide systématiquement à notre place.
Nous sommes #TousFormidable.












