Ambition : la quête de reconnaissance
Ambition et besoin de reconnaissance : quand réussir ne suffit jamais
L’ambition peut être une formidable énergie.
Cette envie de créer quelque chose de grand, d’atteindre un objectif, de développer une entreprise, de relever un défi ou simplement d’aller découvrir jusqu’où nous sommes capables d’aller.
J’ai connu cette énergie.
Et je la connais encore.
Le problème n’est donc pas d’avoir de l’ambition.
Le problème commence peut-être lorsque nous ne savons plus très bien pourquoi nous voulons réussir.
Est-ce que je construis quelque chose parce que cela me passionne profondément ?
Ou est-ce que j’ai besoin de réussir pour obtenir enfin la reconnaissance qui me permettra de me sentir suffisamment important, légitime ou aimé ?
La frontière peut être extrêmement fine.
Et je sais aujourd’hui jusqu’où cette confusion peut conduire.
Derrière l’ambition peut se cacher un besoin de reconnaissance
Nous avons tous besoin, à des degrés différents, d’être reconnus.
Un enfant a besoin d’être regardé, encouragé, valorisé.
À l’âge adulte, ce besoin ne disparaît pas totalement.
Nous apprécions qu’un travail soit reconnu.
Nous aimons recevoir un compliment.
Nous pouvons être heureux qu’une publication soit appréciée, qu’un projet rencontre son public ou que quelqu’un nous remercie pour ce que nous lui avons apporté.
Il n’y a rien de problématique là-dedans.
La difficulté apparaît lorsque notre valeur personnelle commence à dépendre de cette reconnaissance.
Il faut alors toujours davantage.
Davantage de réussite.
Davantage d’argent.
Davantage de responsabilités.
Davantage de clients.
Davantage de visibilité.
Davantage de compliments.
Et chaque nouvelle réussite procure une satisfaction qui ne dure finalement pas très longtemps.
Quand l’extérieur devient notre mesure de valeur
Imaginons que je construise ma sécurité sur le regard des autres.
Lorsque je suis applaudi, je me sens bien.
Lorsque je réussis, je me sens important.
Lorsque mon travail est reconnu, je me sens légitime.
Mais que se passe-t-il lorsqu’il n’y a plus d’applaudissements ?
Que se passe-t-il lorsque quelqu’un critique mon travail ?
Lorsque mon chiffre d’affaires diminue ?
Lorsque personne ne réagit à ce que je publie ?
Lorsque quelqu’un réussit davantage que moi ?
Toute ma stabilité peut soudainement vaciller.
C’est là que l’ambition peut devenir épuisante.
Je ne cherche plus seulement à créer.
Je cherche constamment à obtenir à l’extérieur quelque chose qui me manque à l’intérieur.
Et aucune quantité de reconnaissance ne peut définitivement remplir ce besoin.
La stratégie de l’ego n’a pas de ligne d’arrivée
C’est une partie de mon histoire.
Pendant longtemps, j’ai avancé.
J’ai travaillé.
J’ai voulu réussir.
J’ai cherché à faire davantage.
Et le problème d’une stratégie fondée sur la reconnaissance, c’est qu’il n’existe jamais véritablement de moment où nous pouvons dire :
« Voilà, maintenant c’est bon. Je suis suffisamment reconnu. »
Il y a toujours une étape supplémentaire.
Un objectif supérieur.
Une nouvelle preuve à apporter.
Quelqu’un à impressionner.
Quelqu’un à dépasser.
Quelque chose à démontrer.
C’est une course qui peut devenir infinie.
Et lorsqu’on est à l’intérieur, on ne s’en rend pas nécessairement compte.
On appelle cela de l’ambition.
Du courage.
De la persévérance.
Du travail.
De la réussite.
Jusqu’au jour où le système ne tient plus.
Dans mon histoire, cette course m’a conduit très loin dans l’épuisement et jusqu’à un point de rupture majeur.
J’ai alors dû commencer à regarder autrement ce que j’avais appelé jusque-là « réussir ma vie ».
L’ambition n’est pas responsable
Ce serait pourtant une erreur de conclure qu’il faut supprimer toute ambition.
Je peux encore vouloir créer.
Je peux avoir de grands projets.
Je peux vouloir gagner de l’argent.
Je peux vouloir toucher beaucoup de personnes avec mon travail.
Je peux vouloir vivre des expériences extraordinaires.
La différence se trouve dans l’endroit intérieur depuis lequel je poursuis ces objectifs.
Est-ce que je crée parce que cela me met en joie ?
Ou parce que j’ai besoin de prouver quelque chose ?
Est-ce que je veux gagner davantage parce que cet argent sert une vie qui me ressemble ?
Ou parce que mon niveau de revenu détermine ma valeur ?
Est-ce que je veux être visible pour transmettre quelque chose ?
Ou parce que disparaître du regard des autres me donne l’impression de ne plus exister ?
Les mêmes objectifs peuvent naître d’endroits intérieurs complètement différents.
La sécurité intérieure change notre rapport à la réussite
C’est là que la sécurité intérieure devient essentielle.
Plus je développe un point d’appui en moi, moins j’ai besoin que chaque résultat extérieur me confirme que je suis à ma place.
Je peux réussir sans me croire supérieur.
Je peux échouer sans me considérer comme un échec.
Je peux recevoir un compliment et l’apprécier sans en devenir dépendant.
Je peux recevoir une critique sans que toute mon identité s’effondre.
Je peux également décider d’arrêter quelque chose qui fonctionne si cette chose ne correspond plus à la vie que je souhaite.
C’est probablement l’un des changements les plus importants.
Lorsque notre sécurité vient principalement de l’extérieur, arrêter peut ressembler à un échec.
Lorsque nous sommes davantage en sécurité intérieurement, arrêter peut simplement devenir un choix.
Apprendre à stopper régulièrement le « faire »
Il existe un moyen très simple de vérifier ce qui nous anime :
s’arrêter.
Pas nécessairement pendant trois semaines.
Parfois quelques heures suffisent.
Couper les sollicitations.
Ne plus produire.
Ne plus publier.
Ne plus chercher à optimiser.
Ne plus essayer de prouver.
Et observer ce qui se passe.
Est-ce confortable ?
Ou est-ce qu’une inquiétude apparaît immédiatement ?
« Je perds mon temps. »
« Je devrais travailler. »
« Les autres vont avancer pendant que je ne fais rien. »
« Je vais devenir invisible. »
« Il faut que je sois productif. »
Ces pensées sont extrêmement intéressantes.
Elles peuvent révéler à quel point nous avons associé notre valeur à ce que nous faisons.
Nous sommes des êtres humains, pas des « faires » humains
Cette phrase m’accompagne depuis longtemps.
Nous sommes des êtres humains.
Pourtant, une grande partie de notre société nous apprend à exister à travers le faire.
Que fais-tu dans la vie ?
Combien gagnes-tu ?
Qu’as-tu construit ?
Quelle est ta fonction ?
Quels sont tes résultats ?
Nous finissons parfois par ne plus savoir qui nous sommes lorsque nous ne produisons rien.
Aujourd’hui, je cherche davantage à vivre dans « l’être ».
Cela ne signifie pas rester allongé toute la journée en attendant que la vie se construise toute seule.
Cela signifie que mes actions doivent autant que possible être au service de ma vie, et non ma vie au service d’une accumulation infinie d’actions.
Et paradoxalement, j’ai découvert qu’il était possible d’avoir davantage de liberté, y compris financière, avec moins de stress et moins de tâches qui ne me passionnaient pas réellement.
Réussir sans avoir besoin de se perdre
Peut-être que la véritable réussite se trouve finalement là.
Pouvoir avoir de l’ambition sans devenir esclave de son ambition.
Créer sans avoir constamment besoin d’être applaudi.
Gagner de l’argent sans mesurer sa valeur à son compte bancaire.
Être reconnu sans dépendre de cette reconnaissance.
Travailler sans oublier de vivre.
Et savoir s’arrêter sans avoir l’impression de ne plus exister.
La sécurité intérieure ne nous demande pas d’abandonner nos rêves.
Elle nous permet au contraire de poursuivre ceux qui nous appartiennent vraiment, plutôt que ceux que nous utilisons pour obtenir une validation extérieure.
Alors si vous avez aujourd’hui un grand objectif, une ambition ou quelque chose que vous voulez absolument réussir, ne vous demandez pas uniquement comment l’atteindre.
Posez-vous aussi cette question :
« Si personne ne m’applaudissait, si personne ne m’admirait et si je n’avais rien à prouver à personne, est-ce que j’aurais toujours autant envie de poursuivre cet objectif ? »
La réponse peut en dire beaucoup sur l’endroit intérieur depuis lequel vous êtes en train de construire votre vie.












