Pourquoi choisir ses mots est important.
La puissance des mots : ce que nous disons compte, mais ce que nous ressentons aussi
Nous allons parler aujourd’hui de la puissance des mots.
« Que ma parole soit impeccable. »
C’est le premier des quatre accords toltèques popularisés par Don Miguel Ruiz, et c’est probablement l’un des principes de développement personnel les plus connus.
L’idée est simple : prendre conscience de notre parole, de ce qu’elle transmet et de l’impact qu’elle peut avoir sur les autres comme sur nous-mêmes.
J’ai pourtant longtemps voulu aller plus loin en affirmant que les mots n’avaient finalement que très peu d’importance, puisque seule l’émotion qui se trouvait derrière eux comptait réellement.
Aujourd’hui, je nuancerais cette position.
Les mots comptent. L’émotion compte. L’intention compte. Le contexte compte. Et surtout, la cohérence entre tout cela compte.
C’est précisément là que nous retrouvons la notion de sécurité intérieure.
Le même « je t’aime » peut raconter deux histoires différentes
Prenons deux personnes qui prononcent exactement les mêmes mots :
« Je t’aime. »
Première situation.
Je suis bien dans ma vie.
Je suis heureux d’être avec mon partenaire, mais je n’ai pas besoin de lui pour me sentir complet.
Je peux l’aimer sans chercher continuellement à être rassuré.
Je peux lui dire « je t’aime » simplement parce que c’est ce que je ressens.
Deuxième situation.
Je suis profondément insécure dans cette relation.
J’ai peur que mon partenaire parte.
J’ai besoin qu’il me rassure continuellement.
Je surveille ses réactions.
Je redoute son silence.
Et lorsque je lui dis :
« Je t’aime »,
il peut y avoir derrière ces mots une autre demande :
« Dis-moi que tu m’aimes aussi parce que j’ai besoin de savoir que tu ne vas pas m’abandonner. »
Les mots sont identiques.
L’état intérieur ne l’est absolument pas.
Voilà pourquoi travailler uniquement sur notre vocabulaire ne suffit pas.
Ce qui se cache derrière nos mots
Nous pouvons apprendre toutes les techniques de communication du monde et continuer à être profondément insécures.
Nous pouvons apprendre à dire :
« Je comprends ton point de vue »
tout en pensant :
« Qu’est-ce qu’il m’énerve ! »
Nous pouvons dire :
« Aucun problème »
alors que tout notre corps crie l’inverse.
Nous pouvons dire :
« Ça me fait plaisir »
alors que nous venons d’accepter quelque chose uniquement parce que nous n’avons pas osé dire non.
Et nous pouvons répéter :
« Je t’aime »
alors que nous cherchons principalement à empêcher l’autre de partir.
C’est là que la sécurité intérieure devient fondamentale.
Parce qu’elle nous invite à ne pas seulement travailler la formulation, mais à regarder l’endroit depuis lequel nous parlons.
Notre corps parle également
Notre communication ne passe évidemment pas uniquement par les mots.
Le ton de notre voix compte.
Notre visage.
Notre posture.
Notre rythme.
Nos silences.
Notre regard.
La distance que nous mettons avec l’autre.
Il circule énormément d’informations en dehors du contenu strictement verbal.
J’affirmais autrefois que les mots représentaient 20 % de la communication et le corps 80 %. Ces pourcentages sont souvent répétés dans le développement personnel, notamment à partir d’une interprétation abusive des travaux d’Albert Mehrabian.
Il n’existe pas une règle universelle disant que 80 % de toute communication humaine serait corporelle.
En revanche, une chose est évidente :
nous percevons souvent les incohérences entre ce qu’une personne dit et la manière dont elle le dit.
« Je ne suis pas énervé ! »
prononcé les mâchoires serrées et en criant ne transmet évidemment pas le même message qu’une phrase identique prononcée calmement.
« Putain ! » peut exprimer la colère comme la joie
C’est un exemple que j’aime bien parce qu’il montre immédiatement l’importance du contexte.
Imaginez :
« Putain ! »
Vous ne savez absolument pas ce que cette personne ressent.
Elle vient peut-être de se cogner le pied contre une table.
Elle vient peut-être de recevoir une facture énorme.
Ou elle vient de découvrir qu’elle a gagné un voyage.
Le mot seul ne suffit pas.
L’intonation, le visage, le contexte et l’émotion nous permettent de comprendre.
C’est pour cela que je continue à penser qu’il est intéressant de regarder au-delà des mots.
Mais au-delà ne signifie pas que les mots deviennent sans importance.
Les mots peuvent réellement blesser
C’est un point sur lequel je souhaite corriger mon ancien texte.
J’écrivais que lorsqu’une personne était véritablement connectée à son cœur, ses mots ne pouvaient plus blesser.
Ce n’est pas aussi simple.
Je peux être parfaitement sincère et dire quelque chose de profondément blessant.
Je peux être convaincu de parler « avec mon cœur » et manquer complètement de délicatesse.
Je peux même utiliser l’authenticité comme justification :
« Moi, je dis ce que je pense ! »
« Je suis comme ça ! »
« Au moins, je suis sincère ! »
Mais être authentique ne nous dispense pas d’être responsable de notre manière de communiquer.
La sincérité sans considération pour l’autre peut devenir de la brutalité.
La sécurité intérieure permet de parler sans masque
À l’inverse, vouloir constamment trouver « les bons mots » peut également devenir une prison.
Nous réfléchissons :
« Comment vais-je lui dire ça sans qu’il se vexe ? »
Puis :
« Et s’il pense que je suis égoïste ? »
Puis :
« Peut-être que je devrais attendre. »
Puis nous ne disons rien.
Pendant trois mois.
Et la frustration monte.
Nous voulions tellement protéger l’autre que nous avons fini par nous abandonner nous-mêmes.
La sécurité intérieure permet progressivement de sortir de ce fonctionnement.
Je peux dire ce que je pense.
Je peux exprimer ce que je ressens.
Je peux poser une limite.
Je peux dire non.
Je peux annoncer une décision qui ne plaît pas.
Mais je peux le faire sans chercher volontairement à blesser l’autre.
Être authentique ne signifie pas parler sans filtre
« Tourner sept fois sa langue dans sa bouche » n’est donc peut-être pas une si mauvaise idée.
Pas pour fabriquer un personnage.
Pas pour maquiller ce que nous ressentons.
Mais pour nous demander :
« Quelle est mon intention en disant cela ? »
Est-ce que je veux informer ?
Exprimer un besoin ?
Poser une limite ?
Partager une émotion ?
Ou est-ce que je veux faire mal ?
Me venger ?
Humilier ?
Obtenir une réaction ?
Faire culpabiliser ?
Avoir raison ?
La phrase qui sortira ensuite pourra être très différente.
Derrière certains mots se cache une demande de sécurité
Prenons une dispute de couple.
« Tu ne t’intéresses jamais à moi ! »
Ce que la personne cherche peut-être réellement à exprimer est :
« J’ai besoin de sentir que j’ai de l’importance pour toi. »
« Tu es toujours sur ton téléphone ! »
Peut parfois cacher :
« J’aimerais passer davantage de temps avec toi. »
« Fais ce que tu veux, je m’en fous ! »
Peut vouloir dire :
« J’ai peur que mon besoin ne compte pas pour toi. »
Nous attaquons parfois lorsque nous ne savons pas exprimer notre vulnérabilité.
Et plus notre sécurité intérieure est fragile, plus nous pouvons avoir besoin de protéger cette vulnérabilité derrière la colère, le sarcasme ou le reproche.
Avant de changer vos mots, écoutez votre émotion
Voilà probablement ce que je conserverais de mon ancien article.
Avant de chercher la phrase parfaite, regardez ce qui se passe en vous.
Qu’est-ce que je ressens ?
Pourquoi ai-je envie de dire cela ?
Qu’est-ce que j’attends de l’autre ?
Est-ce que j’ai peur de sa réaction ?
Est-ce que j’essaye d’obtenir son approbation ?
Est-ce que je veux simplement lui faire comprendre quelque chose ?
Ou suis-je en train de lui faire porter une émotion que je n’arrive pas à gérer moi-même ?
Cette petite observation peut transformer complètement une conversation.
Une parole impeccable commence peut-être à l’intérieur
Finalement, je reviens au premier accord toltèque avec une lecture légèrement différente.
Que ma parole soit impeccable.
Pas parfaite.
Pas calculée.
Pas aseptisée.
Impeccable au sens où elle devient autant que possible cohérente avec ce que je ressens, ce que je pense et ce que je souhaite réellement transmettre.
Je peux être direct sans être violent.
Sincère sans humilier.
Ferme sans agresser.
Bienveillant sans me soumettre.
Je peux aimer quelqu’un sans dépendre de sa réponse.
Je peux poser une limite sans avoir besoin de transformer l’autre en coupable.
Et je peux même dire « putain ! » lorsque je découvre une magnifique surprise si c’est ainsi que je m’exprime naturellement.
La sécurité intérieure ne consiste pas à contrôler chacun de nos mots.
Elle consiste à devenir suffisamment conscient de nous-mêmes pour que notre parole ne soit plus continuellement pilotée par la peur d’être rejeté, abandonné ou jugé.
Alors oui, les mots ont une puissance.
Mais peut-être que leur véritable puissance apparaît lorsqu’ils deviennent le prolongement d’une personne suffisamment en sécurité pour oser dire ce qu’elle pense, exprimer ce qu’elle ressent et respecter celui qui se trouve en face d’elle.
C’est là que la parole devient authentique.
Et c’est probablement là qu’elle devient réellement impeccable.
Nous sommes #TousFormidable.












