Est-ce ça la vie ?
Quand la vie nous arrête : que reste-t-il lorsque nous ne pouvons plus fuir ?
Il existe une différence immense entre savoir quelque chose et le vivre réellement.
Nous pouvons avoir lu des dizaines de livres.
Écouté des centaines de vidéos.
Compris intellectuellement qu’il faudrait davantage prendre soin de nous, respecter nos limites, changer certaines habitudes, quitter certaines situations ou apprendre à nous affirmer.
Nous savons.
Mais nous ne faisons pas nécessairement.
Pourquoi ?
Parce que comprendre ne suffit pas toujours à changer.
Nos comportements répondent aussi à des mécanismes beaucoup plus profonds qui ont souvent une fonction essentielle : nous protéger.
Et tant que cette protection nous semble nécessaire, nous pouvons continuer pendant des années à reproduire exactement les mêmes comportements, même lorsque nous savons qu’ils nous font souffrir.
Nous sommes très doués pour éviter ce que nous ne voulons pas regarder
Lorsque quelque chose est inconfortable à l’intérieur, nous pouvons trouver mille façons de nous occuper à l’extérieur.
Le travail.
Les activités.
Les sorties.
Les réseaux sociaux.
Les informations.
Les autres.
Les projets.
La consommation.
Il ne s’agit pas de dire que travailler, sortir ou voir ses amis constitue une fuite.
Évidemment.
La question est beaucoup plus subtile :
Que se passe-t-il lorsque nous n’avons plus accès à tout cela ?
Nous en avons eu une illustration spectaculaire lors des confinements de 2020.
Du jour au lendemain, des millions de personnes se sont retrouvées privées d’une grande partie de leurs habitudes.
Certaines l’ont relativement bien vécu.
Pour d’autres, cette période a été extrêmement difficile.
Elle a parfois révélé des tensions conjugales déjà présentes, une solitude jusque-là compensée par une vie sociale intense, un rapport compliqué au travail, de l’anxiété ou simplement une difficulté profonde à rester seul avec soi-même.
Le confinement n’avait pas nécessairement créé ces difficultés.
Dans certains cas, il avait simplement retiré ce qui permettait de ne pas les regarder.
Quand l’extérieur s’arrête, l’intérieur devient plus visible
Nous cherchons souvent à transformer notre environnement.
Changer de travail.
Changer de conjoint.
Changer de ville.
Gagner davantage d’argent.
Trouver de nouvelles activités.
Rencontrer de nouvelles personnes.
Et parfois, ces changements sont nécessaires.
Mais il existe une question que nous oublions facilement :
Qu’est-ce que j’emporte avec moi lorsque je change d’environnement ?
Moi.
Avec mon histoire.
Mes croyances.
Mes peurs.
Mes automatismes.
Mes besoins de reconnaissance.
Mes difficultés à poser mes limites.
Ma peur d’être seul.
Ma peur de déplaire.
Ma peur de manquer.
Et c’est ainsi que nous pouvons changer plusieurs fois de décor tout en reproduisant finalement le même scénario.
Parce que le mécanisme de protection, lui, n’a pas changé.
La souffrance peut devenir un signal
Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de glorifier la souffrance.
Personne n’a besoin de souffrir pour mériter de changer.
Et toutes les souffrances ne contiennent pas nécessairement un mystérieux « message de la vie ».
En revanche, lorsque nous souffrons durablement d’une situation et que nous continuons malgré tout à la reproduire, cette souffrance peut devenir une information précieuse.
Elle peut nous inviter à nous demander :
Pourquoi est-ce que je reste ?
Pourquoi est-ce que je continue à accepter cela ?
Pourquoi est-ce que je n’ose pas dire non ?
Pourquoi est-ce que je fais encore quelque chose que je ne veux plus faire ?
Pourquoi est-ce que le regard des autres compte davantage que mon propre ressenti ?
Pourquoi est-ce que je préfère une situation connue qui me fait souffrir à une situation inconnue qui pourrait me convenir davantage ?
Et c’est ici que nous rencontrons la sécurité intérieure.
Le connu peut sembler plus sécurisant que le bon
Notre cerveau ne recherche pas systématiquement ce qui nous rendra heureux.
Il cherche aussi ce qu’il connaît et ce qu’il considère comme suffisamment prévisible.
Voilà pourquoi nous pouvons rester dans une situation professionnelle qui ne nous convient plus.
Dans une relation insatisfaisante.
Dans un fonctionnement familial épuisant.
Dans une manière de vivre qui ne correspond plus à nos valeurs.
Nous pouvons parfaitement savoir que quelque chose doit changer et continuer pourtant à ne rien changer.
Parce qu’une partie de nous considère encore que l’inconnu est plus dangereux que l’inconfort actuel.
C’est un mécanisme de protection.
Et c’est là tout le paradoxe :
ce qui te protège aujourd’hui est peut-être ce qui te bloque.
Reprendre sa responsabilité sans porter toute la culpabilité
Prendre sa responsabilité ne signifie pas se déclarer responsable de tout ce qui nous arrive.
Nous ne contrôlons ni les comportements des autres, ni les maladies, ni les accidents, ni les crises économiques, ni l’ensemble des circonstances extérieures.
En revanche, nous pouvons progressivement reprendre la responsabilité de ce que nous faisons avec ce qui nous arrive.
Cette nuance change tout.
Je ne contrôle pas ce que l’autre pense de moi.
Mais je peux travailler sur ma peur de son jugement.
Je ne contrôle pas l’incertitude économique.
Mais je peux observer les décisions que ma peur du manque me pousse à prendre.
Je ne contrôle pas les comportements de mon entourage.
Mais je peux apprendre à poser mes limites.
Je ne contrôle pas le passé.
Mais je peux comprendre comment il influence encore mes décisions présentes.
Voilà une responsabilité qui redonne du pouvoir sans nous enfermer dans la culpabilité.
Revenir à ses valeurs
Lorsque nous retirons progressivement les automatismes de protection, une autre question apparaît :
Qu’est-ce qui est réellement important pour moi ?
Pas pour mes parents.
Pas pour mon conjoint.
Pas pour mes collègues.
Pas pour Facebook.
Pas pour la société.
Pour moi.
Quelles sont mes valeurs fondamentales ?
Qu’est-ce que je veux respecter davantage ?
Qu’est-ce que je ne veux plus accepter ?
Quelle place ai-je envie de donner au travail, à mes relations, à mon corps, à mon temps, à ma famille, à ma liberté ?
Connaître ses valeurs ne résout pas tout.
Mais elles deviennent une boussole.
Et progressivement, nous pouvons apprendre à prendre nos décisions en fonction de cette boussole plutôt qu’en fonction de nos peurs.
La sécurité intérieure ne consiste pas à supprimer l’incertitude
Nous attendons parfois que toutes les conditions extérieures soient réunies pour nous sentir enfin en sécurité.
Que le compte bancaire soit suffisamment rempli.
Que notre couple soit parfaitement stable.
Que notre travail soit garanti.
Que notre santé soit parfaite.
Que personne ne nous critique.
Que nous sachions exactement ce qui arrivera demain.
Cette sécurité-là n’existera jamais complètement.
La vie restera incertaine.
C’est précisément pour cette raison que nous avons besoin de développer autre chose.
La sécurité intérieure est la capacité à rester suffisamment stable face à l’incertitude extérieure pour ne plus laisser ses mécanismes de protection décider à sa place.
Nous pouvons alors ressentir une peur sans automatiquement lui obéir.
Voir une incertitude sans immédiatement reculer.
Entendre une critique sans remettre toute notre valeur en question.
Dire non sans nous sentir coupables pendant trois jours.
Changer sans avoir la garantie absolue que tout fonctionnera.
Et peut-être que le véritable « nettoyage de printemps » commence ici.
Non pas en essayant de nettoyer le monde extérieur.
Mais en regardant avec curiosité tout ce qui, à l’intérieur de nous, continue à décider par peur.
Car parfois, ce n’est pas notre vie qui nous emprisonne.
C’est le mécanisme que nous avons construit autrefois pour nous y sentir en sécurité.
Nous sommes #TousFormidable.












