Il faut de l’argent pour entreprendre
Faut-il avoir de l’argent pour entreprendre ? Ce que mon histoire m’a appris
« Pour créer une entreprise, il faut avoir de l’argent. »
« Il faut prévoir plusieurs mois de trésorerie. »
« Sans investissement de départ, tu vas droit dans le mur. »
« Il faut investir pour réussir. »
Nous entendons régulièrement ce genre de phrases lorsque nous parlons d’entrepreneuriat.
Et certaines sont parfaitement justifiées.
Ouvrir un restaurant, acheter un fonds de commerce, créer un produit industriel ou constituer un stock nécessite évidemment des moyens financiers qui peuvent être importants.
Mais avant de chercher combien il faut investir, il existe selon moi une question beaucoup plus importante :
qu’est-ce que je veux réellement entreprendre ?
Parce que toutes les entreprises ne se ressemblent pas.
Et surtout, nous ne devenons pas tous entrepreneurs pour les mêmes raisons.
Quel entrepreneur voulez-vous devenir ?
Je distingue deux chemins, même si dans la réalité ils peuvent évidemment se mélanger.
Il y a d’abord l’artiste, l’artisan, le créateur.
Celui qui souhaite exercer son cœur de métier.
Créer.
Transmettre.
Accompagner.
Fabriquer.
Écrire.
Soigner.
Former.
Partager une compétence.
Son entreprise est principalement un moyen de vivre de ce qu’il aime faire.
Et puis il y a le chef d’orchestre.
Celui qui veut développer une structure, constituer une équipe, déléguer, investir, créer des stratégies et faire grandir l’entreprise.
Aucun de ces deux chemins n’est meilleur que l’autre.
Le problème commence lorsque nous empruntons un chemin qui ne correspond pas réellement à ce que nous voulons.
Je le sais parce que je l’ai vécu.
Lorsque l’ambition cache un besoin de reconnaissance
Pendant une partie de ma vie professionnelle, j’ai suivi le deuxième chemin.
Toujours davantage.
Développer.
Construire.
Réussir.
Prouver.
Jusqu’à aller beaucoup trop loin.
J’ai fini par comprendre qu’une partie de cette ambition ne venait pas uniquement du plaisir d’entreprendre.
Elle répondait aussi chez moi à un besoin beaucoup plus profond de reconnaissance.
Je voulais notamment prouver à mon père que je n’étais pas un « bon à rien ».
Et lorsque nous entreprenons depuis cet endroit, aucune réussite n’est réellement suffisante.
Parce que le chiffre d’affaires ne répond jamais définitivement à la question :
« Est-ce que j’ai suffisamment de valeur ? »
Il faut alors un résultat supplémentaire.
Une entreprise plus importante.
Davantage d’argent.
Davantage de reconnaissance.
Nous pensons poursuivre la réussite alors que nous essayons parfois simplement de sécuriser notre valeur personnelle par nos résultats.
Et cela peut nous conduire très loin de nous-mêmes.
L’argent est-il réellement le premier problème ?
Revenons à quelqu’un qui souhaite créer son activité.
Avant de dire :
« Je n’ai pas l’argent pour me lancer »,
il faut regarder précisément ce dont le projet a besoin.
Un local ?
Du matériel ?
Un véhicule ?
Un stock ?
Des assurances ?
Des logiciels particuliers ?
Des autorisations ?
Une trésorerie de départ ?
Dans certains projets, les besoins seront importants.
Dans d’autres, ils seront extrêmement faibles.
C’est notamment le cas de nombreuses activités de service.
Un coach, un consultant, un formateur ou certains professionnels de l’accompagnement peuvent aujourd’hui démarrer avec une infrastructure relativement légère.
Un ordinateur.
Un téléphone.
Une connexion Internet.
Un cadre juridique adapté.
Les outils réellement nécessaires à leur activité.
Nous pouvons travailler depuis chez nous et accompagner des personnes à distance.
La technologie a considérablement réduit certains coûts d’entrée.
Nous n’avons pas besoin de tout acheter pour commencer
Il existe également un piège entrepreneurial que je vois régulièrement :
confondre créer son activité et acheter tout l’écosystème de l’entrepreneur.
Un abonnement pour ceci.
Un logiciel pour cela.
Une plateforme.
Un outil marketing.
Une formation.
Un nouveau site.
Une application de montage.
Une version professionnelle d’un outil graphique.
Un système d’automatisation.
Certains de ces investissements peuvent devenir très utiles lorsque l’activité se développe.
Mais sont-ils indispensables pour obtenir le premier client ?
Pas toujours.
Nous pouvons facilement dépenser plusieurs centaines d’euros par mois pour avoir l’impression de construire une entreprise alors que nous n’avons pas encore validé l’essentiel :
est-ce que quelqu’un veut réellement acheter ce que je propose ?
Commencer simplement permet aussi d’apprendre.
Puis d’investir lorsque le besoin devient réel.
En 2016, je ne partais pas de zéro
Mon histoire m’a obligé à regarder cette question d’une manière très particulière.
En 2016, à la suite de mes difficultés entrepreneuriales et d’une décision de justice, je me suis retrouvé avec une situation financière extrêmement dégradée, que j’évaluais alors à environ –350 000 euros, ainsi qu’une interdiction de gérer pendant cinq ans.
Je ne pouvais donc pas simplement recréer une entreprise comme si rien ne s’était passé.
Pourtant, je voulais continuer à travailler de manière indépendante.
J’ai utilisé le portage salarial comme solution compatible avec ma situation de l’époque, en attendant de pouvoir de nouveau exercer sous une autre structure.
Je n’ai pas démarré avec zéro euro.
Dans mon esprit, je démarrais à moins 350 000.
Et j’ai avancé.
Difficilement parfois.
Avec énormément de remises en question.
Mais cette période a profondément changé ma vision de l’entrepreneuriat.
« Si je l’ai fait, tout le monde peut le faire » ?
J’ai longtemps dit :
« Si je l’ai fait, chacun peut le faire. »
Aujourd’hui, je préfère nuancer.
Nous n’avons pas tous la même histoire.
Les mêmes responsabilités.
Les mêmes compétences.
Le même environnement.
Les mêmes ressources.
Et surtout, nous ne développons pas tous le même projet.
Mon expérience ne démontre donc pas que n’importe qui peut créer n’importe quelle entreprise sans argent.
Elle démontre quelque chose de différent :
une situation financière très difficile n’interdit pas nécessairement toute possibilité d’entreprendre.
Il faut regarder les possibilités réelles plutôt que de transformer immédiatement une croyance générale en impossibilité personnelle.
Nos croyances déterminent les possibilités que nous regardons
Imaginons deux personnes avec exactement 1 000 euros disponibles.
La première pense :
« Avec seulement 1 000 euros, je ne peux rien faire. »
La deuxième se demande :
« Qu’est-ce que je peux tester avec 1 000 euros sans me mettre en danger ? »
Elles possèdent la même somme.
Mais elles ne regardent déjà plus le même monde.
C’est là que les croyances deviennent importantes.
Non pas parce qu’une croyance positive ferait magiquement apparaître l’argent nécessaire.
Mais parce que nos croyances influencent les solutions que nous sommes capables d’envisager.
L’environnement peut renforcer nos peurs
Lorsque nous commençons un projet, nous sommes également exposés aux peurs des autres.
« Tu es sûr ? »
« Ce n’est pas le moment. »
« Tu devrais attendre. »
« Et si ça ne marche pas ? »
Ces personnes ne cherchent pas nécessairement à nous empêcher de réussir.
Elles peuvent simplement projeter leur propre rapport au risque.
Mais lorsque notre sécurité intérieure est fragile, chaque remarque peut devenir une raison d’abandonner.
À l’inverse, la sécurité intérieure ne consiste pas à ignorer tous les conseils.
Elle permet de les écouter sans leur donner automatiquement le pouvoir de décider à notre place.
Une activité de cœur ne dispense pas d’un modèle économique
Je parle souvent d’activité de cœur.
Une activité qui correspond à ce que nous aimons profondément faire.
Je continue à penser que c’est essentiel.
Mais aimer son métier ne suffit pas à créer une entreprise viable.
Une activité professionnelle doit également répondre à une réalité économique.
À qui est-ce que j’apporte quelque chose ?
Quel problème est-ce que je contribue à résoudre ?
Pourquoi quelqu’un paierait-il pour cette prestation ?
Quel prix permet à mon activité d’exister ?
Combien de clients me faut-il ?
Quelles sont mes charges ?
La sécurité intérieure ne remplace pas ces questions.
Elle nous permet plutôt de les regarder sans que notre valeur personnelle dépende de chaque réponse.
Créer depuis le manque ou depuis la sécurité
C’est ici que je retrouve la loi d’attraction dans ma propre lecture.
J’ai longtemps parlé du danger de développer une activité dans l’intention « d’aller chercher de l’argent ou des clients à l’extérieur ».
Je le formulerais aujourd’hui autrement.
Lorsque nous avons désespérément besoin du prochain client pour nous rassurer, cela modifie notre comportement.
Nous pouvons accepter n’importe quelle mission.
Baisser nos prix immédiatement.
Changer notre offre toutes les semaines.
Multiplier les actions marketing.
Envoyer des messages dans tous les sens.
Et interpréter chaque refus comme une remise en cause personnelle.
Nous ne développons plus notre activité.
Nous essayons de calmer notre peur.
C’est cela que j’appelle entreprendre depuis le manque.
Moins faire ne signifie pas ne rien faire
À l’inverse, prendre du temps pour soi, méditer, marcher, rêvasser ou simplement ne rien faire peut permettre de retrouver de la clarté.
Mais cela ne signifie évidemment pas que l’entreprise fonctionnera sans action.
Il faudra rencontrer des personnes.
Présenter son travail.
Tester son offre.
Vendre.
Facturer.
Gérer.
Ajuster.
Simplement, toutes ces actions peuvent partir d’un endroit différent.
Au lieu de :
« Il faut absolument que ce client dise oui sinon je suis en danger »,
nous pouvons progressivement arriver à :
« Voilà ce que je propose. Voilà pourquoi je le propose. Voilà son prix. Voyons si cela correspond à cette personne. »
Et cette différence est immense.
L’argent n’est peut-être pas la première ressource à construire
Lorsque quelqu’un me dit aujourd’hui :
« Je voudrais entreprendre mais je n’ai pas suffisamment d’argent »,
je ne lui répondrais donc ni :
« Vas-y, l’argent n’a aucune importance »,
ni :
« Attends d’avoir suffisamment de capital. »
Je commencerais par regarder le projet.
Puis les besoins réels.
Les ressources déjà disponibles.
Les risques.
Ce qui peut être testé à petite échelle.
Et enfin les croyances qui transforment peut-être certaines difficultés en impossibilités.
Parce qu’avant de chercher toujours davantage de sécurité financière à l’extérieur, nous avons parfois besoin de développer suffisamment de sécurité intérieure pour commencer avec ce qui existe déjà.
Pas pour prendre des risques inconsidérés.
Pas pour croire que l’univers paiera les factures.
Mais pour ne plus attendre que toutes les conditions soient parfaites avant de nous autoriser à essayer.
Mon histoire m’a appris quelque chose de simple :
nous pouvons manquer énormément de ressources et continuer à posséder une capacité de création.
La question n’est donc pas uniquement :
« Combien d’argent me faut-il pour commencer ? »
Elle peut aussi devenir :
« De quoi mon projet a-t-il réellement besoin aujourd’hui, et qu’est-ce que ma peur me fait croire indispensable avant même de m’autoriser à faire le premier pas ? »
Stéphane Bride-Bonnot












