J’ai plein de choses à faire
« Je n’ai pas le temps de m’occuper de moi » : et si le vrai problème était ailleurs ?
« Je ne peux pas m’occuper de moi maintenant, j’ai trop de choses à faire. »
Le travail.
Les enfants.
La maison.
Les rendez-vous.
Les courses.
Les obligations.
Les messages auxquels il faut répondre.
Les problèmes à régler.
Et lorsque tout cela sera enfin terminé, nous prendrons du temps pour nous.
Le problème, c’est que tout cela n’est jamais terminé.
Une tâche en remplace une autre.
Une urgence chasse la précédente.
Et nous pouvons passer des années à attendre que notre vie nous laisse enfin suffisamment de place pour commencer à vivre autrement.
Il y avait une formule dans mon ancien texte que j’aime toujours beaucoup :
Nous sommes devenus des « faire humains » alors que nous sommes des êtres humains.
Aujourd’hui, je relie directement cette course permanente à la sécurité intérieure.
Parce que derrière notre besoin de faire se cache parfois quelque chose que nous ne voyons pas : rester occupé peut aussi être une manière de se sentir en sécurité.
Faire nous donne l’impression de contrôler
Lorsque nous faisons, nous savons généralement ce que nous devons faire.
Une tâche.
Un objectif.
Un résultat.
Une case à cocher.
Notre attention est occupée.
Et surtout, nous n’avons pas besoin de nous demander ce qui se passe réellement en nous.
C’est beaucoup plus inconfortable lorsque nous nous arrêtons.
Parce que le silence peut faire apparaître des questions que notre agenda permettait de repousser.
Est-ce que mon travail me convient encore ?
Est-ce que je suis heureux dans mon couple ?
Pourquoi suis-je constamment fatigué ?
Qu’est-ce que j’ai réellement envie de vivre ?
Pourquoi est-ce que je cours autant ?
Est-ce que cette vie me ressemble ?
Alors nous trouvons quelque chose à faire.
Et notre système de protection peut souffler :
« Pas maintenant. Tu as autre chose à gérer. »
Ce qui te protège aujourd’hui est peut-être ce qui te bloque demain.
Nous avons appris à mesurer notre valeur par ce que nous faisons
Dans notre société, être occupé est souvent valorisé.
« Je suis débordé. »
« Je n’ai pas une minute à moi. »
« Je travaille énormément. »
Ces phrases peuvent presque devenir des signes de réussite.
À l’inverse, dire :
« Cet après-midi, je n’ai rien prévu » peut provoquer un étrange sentiment de culpabilité.
Comme si ne rien produire signifiait perdre son temps.
Certaines personnes ont tellement associé leur valeur à leur utilité qu’elles ne savent plus très bien qui elles sont lorsqu’elles ne font rien pour quelqu’un.
Je travaille.
J’aide.
J’organise.
Je règle.
Je porte.
Je rends service.
Mais lorsque je m’arrête :
qui suis-je lorsque je n’ai plus rien à prouver ni personne à satisfaire ?
Prendre soin de soi n’est pas une tâche supplémentaire
Il existe un piège amusant dans le développement personnel.
Nous découvrons qu’il faudrait davantage nous occuper de nous.
Alors nous ajoutons cela à notre liste.
Méditation : 30 minutes.
Sport : une heure.
Lecture : 20 minutes.
Développement personnel : 45 minutes.
Marche : 10 000 pas.
Respiration.
Journal de gratitude.
Routine du matin.
Et voilà que prendre soin de soi devient une nouvelle performance.
Nous étions stressés par notre travail.
Nous sommes désormais stressés parce que nous n’avons pas réussi à méditer.
Ce n’est probablement pas le but.
S’occuper de soi ne signifie pas nécessairement consacrer six heures par jour à un travail intérieur.
C’est parfois beaucoup plus simple.
Manger tranquillement.
Marcher vingt minutes.
Refuser une invitation dont nous n’avons aucune envie.
Éteindre notre téléphone.
Dormir.
S’asseoir dehors.
Faire quelque chose uniquement parce que cela nous plaît.
Ou ne rien faire pendant un moment sans considérer que nous sommes en train de gaspiller notre vie.
Attention à ne pas transformer la maladie en message obligatoire
Dans mon ancien texte, j’écrivais que lorsque la maladie nous immobilisait, nous devions comprendre le « message de la vie » nous demandant de nous arrêter.
Je souhaite être beaucoup plus prudent aujourd’hui.
Une maladie n’est pas nécessairement un message spirituel.
Elle peut avoir des causes biologiques, environnementales ou médicales qui nécessitent une prise en charge appropriée.
La joie ne remplace pas un médecin lorsque nous en avons besoin.
En revanche, lorsqu’une fatigue persistante, une surcharge ou certains signaux corporels apparaissent, nous pouvons aussi nous demander si notre rythme de vie est soutenable.
Non pas :
« Quelle faute ai-je commise pour tomber malade ? »
Mais éventuellement :
« Est-ce que la manière dont je vis actuellement respecte réellement mes besoins ? »
Ce sont deux postures très différentes.
Faut-il vraiment être à 10 sur 10 partout ?
Je posais autrefois une série de questions radicales.
Êtes-vous à 10 sur 10 dans votre couple ?
Dans votre travail ?
Dans vos finances ?
Dans votre logement ?
Dans votre santé ?
Dans vos relations ?
Je considérais que si ce n’était pas le cas, quelque chose devait impérativement être transformé.
Aujourd’hui, je ne cherche plus cette perfection.
Une vie humaine comporte des périodes extraordinaires et d’autres plus difficiles.
Un couple peut être profondément heureux et traverser un conflit.
Un travail peut nous correspondre sans être parfait chaque jour.
Nous pouvons aimer notre vie et connaître une difficulté financière.
La sécurité intérieure ne consiste justement pas à construire une existence dans laquelle plus rien de désagréable n’arrive.
Elle consiste à ne plus avoir besoin que tout soit parfait à l’extérieur pour rester stable à l’intérieur.
« Je n’ai pas le temps » signifie parfois « je ne me l’autorise pas »
Voilà une distinction importante.
Certaines personnes manquent réellement de temps.
Un parent seul avec plusieurs enfants n’a pas les mêmes possibilités qu’une personne sans responsabilités familiales.
Une personne qui cumule deux emplois ne dispose pas nécessairement de six heures quotidiennes pour partir marcher dans la nature.
Il serait injuste de réduire toutes ces situations à un manque de volonté.
Mais parfois, nous avons du temps et nous ne nous autorisons pas à le prendre.
Une heure apparaît.
Immédiatement, nous la remplissons.
Parce que s’occuper de soi déclenche de la culpabilité.
« Je devrais plutôt avancer sur… »
« Il faudrait que je profite de ce moment pour… »
Voilà un indicateur intéressant.
Pourquoi ai-je besoin de mériter mon repos ?
Pourquoi dois-je avoir terminé quelque chose avant de m’autoriser à vivre ?
Notre entourage n’est pas simplement notre reflet
J’affirmais également que si des personnes hypocrites ou malhonnêtes entraient dans notre vie, elles étaient nécessairement le reflet de ce que nous étions nous-mêmes.
Je ne le dirais plus ainsi.
Nous pouvons rencontrer quelqu’un qui ment sans être nous-mêmes menteurs.
Nous pouvons subir un comportement irrespectueux sans l’avoir « attiré » par nos vibrations.
En revanche, notre sécurité intérieure influence énormément ce que nous faisons lorsque nous rencontrons ces comportements.
Est-ce que je pose une limite ?
Est-ce que je reste parce que j’ai peur d’être seul ?
Est-ce que j’excuse tout parce que j’ai besoin d’être aimé ?
Est-ce que je me respecte suffisamment pour partir lorsque certaines limites sont dépassées ?
L’extérieur n’est pas nécessairement notre miroir.
Mais notre manière d’y répondre nous apprend beaucoup sur notre intérieur.
Être avant de faire
Je garde finalement cette phrase de mon ancien texte :
Nous ne sommes pas des « faire humains », nous sommes des êtres humains.
Nous avons évidemment besoin de faire.
Créer.
Travailler.
Construire.
Aider.
Entreprendre.
Mais le faire devrait peut-être être au service de notre vie, et non notre vie au service du faire.
La question n’est donc pas nécessairement :
« Comment trouver six heures par jour pour m’occuper de moi ? »
Elle pourrait être :
« Quelle place est-ce que je m’accorde dans la vie que je suis occupé à construire ? »
Parce que si la réponse est toujours :
« Plus tard »,
il y a peut-être quelque chose à regarder.
Pas forcément tout quitter.
Pas forcément partir trois mois en retraite.
Mais commencer à créer de petits espaces dans lesquels nous n’avons rien à produire, rien à prouver et personne à satisfaire.
Et observer ce qui se passe lorsque nous nous arrêtons.
Si le silence devient immédiatement inconfortable, si la culpabilité apparaît, si notre tête nous fournit soudainement cinquante choses urgentes à faire, alors nous venons peut-être de rencontrer une protection.
Et plutôt que de la combattre, nous pouvons simplement lui demander :
« Qu’est-ce qui deviendrait si dangereux si, pendant un moment, je cessais de faire et que je m’autorisais simplement à être ? »
La réponse peut nous apprendre beaucoup sur notre sécurité intérieure.
Nous sommes #TousFormidable.












