Il faut que, je dois…
« Il faut que » : ces trois mots qui peuvent révéler notre insécurité intérieure
« Il faut que j’arrête de fumer. »
« Il faut que je fasse du sport. »
« Il faut que je perde du poids. »
« Il faut que je travaille davantage. »
« Il faut que je sois plus patient. »
« Il faut que je change. »
Nous prononçons tellement souvent ces trois petits mots que nous n’y prêtons même plus attention.
Il faut que.
Pourtant, derrière cette expression apparemment anodine peut se cacher quelque chose de beaucoup plus profond : la sensation que la personne que nous sommes aujourd’hui ne correspond pas à celle que nous devrions être.
Et lorsque notre vie se remplit de « il faut que », il peut être intéressant de regarder ce que cela raconte de notre sécurité intérieure.
Qui a décidé qu’« il fallait » ?
Chaque fois que vous vous entendez prononcer « il faut que », arrêtez-vous quelques secondes et posez-vous cette question :
Qui a décidé cela ?
Est-ce réellement vous ?
Votre conjoint ?
Vos parents ?
Votre environnement professionnel ?
La société ?
Les réseaux sociaux ?
Une personne que vous admirez ?
Parce que nous pouvons passer une grande partie de notre existence à respecter des règles que nous n’avons jamais consciemment choisies.
Il faut réussir professionnellement.
Il faut être propriétaire.
Il faut avoir des enfants.
Il faut gagner davantage.
Il faut être mince.
Il faut être fort.
Il faut être disponible pour les autres.
Il faut avoir réussi avant tel âge.
À force d’intégrer ces injonctions, nous pouvons finir par ne plus savoir ce que nous voulons réellement.
Le « il faut que » peut cacher la peur du jugement
Pourquoi voulons-nous parfois tellement changer ?
Parce que quelque chose ne nous convient réellement plus ?
Ou parce que nous avons peur du regard des autres ?
La différence est essentielle.
Imaginez que vous vous disiez :
« Il faut que je sois plus sociable. »
Pourquoi ?
Peut-être souffrez-vous réellement de votre isolement et avez-vous envie de créer davantage de relations.
Mais peut-être êtes-vous simplement quelqu’un qui aime passer du temps seul et votre entourage vous répète depuis toujours que vous devriez sortir davantage.
Dans le premier cas, le changement vient d’un désir personnel.
Dans le second, vous essayez peut-être de modifier qui vous êtes pour correspondre à une norme extérieure.
Et lorsque notre sécurité intérieure dépend du regard des autres, les « il faut que » se multiplient.
Nous cherchons continuellement à devenir suffisamment ceci ou suffisamment cela pour être acceptés.
Se sentir en sécurité permet de ne plus devoir correspondre
Plus notre sécurité intérieure se développe, plus une question devient possible :
« Et moi, qu’est-ce que je veux ? »
Cela paraît extrêmement simple.
Pourtant, certaines personnes ont passé tellement d’années à répondre aux attentes des autres qu’elles ne savent plus répondre à cette question.
Elles savent ce que leurs parents souhaitent.
Ce que leur conjoint attend.
Ce que leur patron demande.
Ce que la société valorise.
Mais ce qu’elles veulent, elles ?
Silence.
Retrouver sa sécurité intérieure consiste aussi à s’autoriser à découvrir ses propres réponses.
Et parfois, ces réponses ne correspondent pas aux attentes de notre entourage.
C’est précisément là que nous avons besoin de sécurité intérieure : pour supporter le fait que quelqu’un puisse ne pas être d’accord avec nous sans remettre immédiatement en question notre valeur ou notre décision.
Faut-il vraiment bannir « il faut que » ?
J’écrivais autrefois qu’il fallait bannir cette expression de notre vocabulaire.
Ce serait assez amusant de transformer « il faut que » en un nouveau… « il faut que » !
Je préfère aujourd’hui utiliser cette expression comme un signal d’observation.
Lorsque vous la prononcez, écoutez-vous.
« Il faut que je change de travail. »
Transformez la phrase :
« Est-ce que je veux changer de travail ? »
« Il faut que j’appelle cette personne. »
Devient :
« Est-ce que je choisis de l’appeler ? Pourquoi ? »
« Il faut que je fasse du sport. »
Devient :
« Est-ce que j’ai envie de prendre davantage soin de mon corps ? Quelle activité me conviendrait ? »
Le changement de vocabulaire peut sembler minuscule.
Mais intérieurement, nous passons de l’obligation au choix.
Attention : certaines obligations sont bien réelles
Évidemment, nous ne pouvons pas transformer toute notre existence en une succession d’activités que nous adorons.
Certaines responsabilités existent.
Nous devons parfois faire quelque chose que nous n’avons pas particulièrement envie de faire.
Payer une facture.
Respecter un engagement.
Effectuer certaines tâches professionnelles.
S’occuper d’une responsabilité familiale.
La sécurité intérieure ne consiste pas à refuser toute contrainte.
Elle permet plutôt de retrouver notre part de choix, même à l’intérieur d’une contrainte.
Au lieu de :
« Il faut que je fasse ça »,
je peux parfois dire :
« Je choisis de le faire parce que… »
Je choisis de payer cette facture parce que j’ai utilisé ce service.
Je choisis d’honorer cet engagement parce que ma parole est importante pour moi.
Tout à coup, je ne suis plus uniquement victime d’une obligation extérieure.
Je retrouve le sens de mon action.
De « je dois changer » à « je choisis d’évoluer »
C’est particulièrement important dans le développement personnel.
Si vous commencez chaque journée en vous disant :
« Il faut que je sois moins comme ceci. »
« Il faut que je devienne davantage comme cela. »
« Il faut que je travaille encore sur moi. »
Vous risquez de renforcer continuellement le même message :
« Tel que je suis aujourd’hui, je ne suis pas suffisant. »
Or, nous pouvons vouloir évoluer sans nous rejeter.
Je peux décider d’arrêter de fumer non pas parce que je suis une mauvaise personne qui doit se corriger, mais parce que je souhaite prendre soin de ma santé.
Je peux apprendre à mieux communiquer non pas parce que je suis défectueux, mais parce que mes relations comptent pour moi.
Je peux changer une habitude parce qu’elle ne correspond plus à la vie que j’ai envie de construire.
La différence est énorme.
Dans un cas, je change depuis l’insécurité.
Dans l’autre, je change depuis un choix conscient.
Faites l’expérience pendant quelques jours
Ne cherchez pas à supprimer immédiatement tous vos « il faut que ».
Observez-les.
Chaque fois que l’un d’eux apparaît, demandez-vous :
Est-ce une obligation réelle ?
Est-ce une attente que j’ai intégrée ?
Est-ce que je veux réellement cela ?
Qu’est-ce que je choisirais si je n’avais pas peur du jugement ?
Vous découvrirez peut-être que certaines obligations sont nécessaires.
Vous découvrirez aussi que certaines ne vous appartiennent absolument pas.
Et chaque fois que vous rendez une injonction à celui ou celle à qui elle appartient, vous récupérez un petit morceau de votre liberté.
La sécurité intérieure, c’est aussi cela.
Ne plus passer sa vie à essayer de devenir la personne que les autres pensent que nous devrions être.
Pouvoir écouter.
Choisir.
Dire oui.
Dire non.
Changer lorsque nous le décidons.
Et rester nous-mêmes lorsque nous n’avons aucune raison de changer.
Alors, la prochaine fois que vous vous entendrez dire :
« Il faut que… »
arrêtez-vous juste après ces trois mots.
Et demandez-vous :
« Est-ce qu’il faut vraiment… ou est-ce que je choisis ? »
La réponse pourrait vous apprendre beaucoup sur vous-même.
Parce que vous êtes #TousFormidable.












