La loi de gestation
La loi de gestation : pourquoi vouloir aller trop vite peut nous empêcher de construire
Il existe une idée que j’aime beaucoup dans ce que certains enseignements de développement personnel appellent la loi de gestation.
Son principe est simple : entre le moment où quelque chose commence et celui où nous pouvons en observer pleinement le résultat, il existe généralement un temps de maturation.
Si vous semez une graine, vous ne récoltez pas le lendemain.
Lorsqu’un enfant est conçu, plusieurs mois seront nécessaires avant sa naissance.
Et lorsque nous lançons un projet, prenons une décision ou commençons à transformer notre vie, nous aimerions parfois oublier cette étape intermédiaire.
Nous avons décidé.
Nous sommes motivés.
Nous avons posé une intention.
Alors pourquoi rien ne se passe encore ?
C’est précisément dans cette période d’incertitude que notre sécurité intérieure est mise à l’épreuve.
Nous savons semer, mais avons-nous appris à attendre ?
Imaginez que vous plantiez une graine dans votre jardin.
Vous préparez la terre.
Vous semez.
Vous arrosez.
Puis vous attendez.
Vous n’allez pas déterrer la graine chaque matin pour vérifier si elle a commencé à pousser.
Vous savez qu’un processus est en cours, même si vous ne pouvez pas encore le voir.
Dans notre vie, nous sommes souvent beaucoup moins patients.
Nous lançons un projet professionnel et, quinze jours plus tard, nous nous demandons pourquoi il ne fonctionne pas encore.
Nous rencontrons quelqu’un et voulons rapidement savoir où cette relation va nous conduire.
Nous commençons une nouvelle activité et nous évaluons presque immédiatement si nous sommes suffisamment bons.
Nous prenons une décision et, quelques jours plus tard, le doute arrive :
« Est-ce que j’ai fait le bon choix ? »
Nous voudrions voir la pousse pour être rassurés sur la graine.
La période de gestation est une période d’incertitude
Voilà pourquoi cette notion me paraît aujourd’hui beaucoup plus intéressante lorsqu’on la regarde à travers la sécurité intérieure.
Entre l’intention et le résultat existe une zone particulièrement inconfortable :
nous ne savons pas encore.
Et lorsque nous ne nous sentons pas suffisamment sécures, cette absence de résultat peut rapidement être interprétée comme un danger.
« Ça ne marche pas. »
« Je me suis trompé. »
« Je vais perdre mon argent. »
« Personne ne va venir. »
« Je ne suis peut-être pas capable. »
« J’aurais dû rester là où j’étais. »
Notre système de protection cherche alors à nous ramener vers ce qu’il connaît.
Ce qui te protège aujourd’hui est peut-être ce qui te bloque demain.
Parce que revenir en arrière peut effectivement supprimer l’incertitude.
Mais cela peut aussi tuer quelque chose avant même de lui avoir laissé le temps d’exister.
Toutes les idées ne se matérialisent pas simplement parce que nous les pensons
Dans mon texte d’origine, j’allais plus loin.
J’affirmais que toute idée envoyée dans l’Univers finissait par se matérialiser, à condition de ne pas lui opposer une pensée contraire.
C’était ma lecture de la loi d’attraction.
Aujourd’hui, je préfère distinguer ma spiritualité de ce que je peux affirmer comme un mécanisme universel.
Penser très fort à une voiture ne suffit pas à la faire apparaître.
Imaginer le partenaire idéal ne garantit pas sa rencontre.
Croire profondément à un projet ne garantit pas sa réussite.
La réalité comporte également des circonstances, des rencontres, des contraintes, du hasard et de nombreux éléments qui ne dépendent pas entièrement de nous.
En revanche, nos pensées contradictoires peuvent réellement influencer nos comportements.
Et c’est là que les fameux « conflits internes » deviennent passionnants.
« Je veux… mais… »
Écoutez la manière dont nous parlons de nos projets.
« J’aimerais créer mon entreprise, mais je ne suis pas sûr d’avoir les compétences. »
« J’aimerais rencontrer quelqu’un, mais les bonnes personnes sont déjà prises. »
« J’aimerais voyager davantage, mais je n’ai jamais le temps. »
« J’aimerais changer de métier, mais à mon âge, ce serait compliqué. »
La première partie de la phrase indique une direction.
La seconde révèle souvent une protection.
Et cette protection n’est pas forcément notre ennemie.
Elle essaie peut-être simplement de nous éviter un risque.
Perdre de l’argent.
Être rejeté.
Échouer.
Être jugé.
Se retrouver sans repères.
Le problème apparaît lorsque cette protection obtient systématiquement le dernier mot.
Le conflit interne cache souvent un problème de sécurité
Nous pouvons vouloir quelque chose consciemment tout en considérant inconsciemment que l’obtenir serait dangereux.
Je veux développer mon entreprise.
Mais davantage de réussite signifie davantage de visibilité.
Et la visibilité m’expose au jugement.
Je veux une relation amoureuse.
Mais aimer quelqu’un signifie également devenir vulnérable.
Je veux davantage de liberté.
Mais la liberté implique de quitter certaines sécurités auxquelles je suis habitué.
Nous appelons parfois cela de l’auto-sabotage.
Je trouve aujourd’hui plus pertinent de nous demander :
« Qu’est-ce que cette partie de moi essaie de protéger ? »
Parce que lutter contre elle crée encore davantage de conflit.
La sécurité intérieure consiste progressivement à pouvoir lui répondre :
« Oui, je comprends le risque. Et je peux avancer quand même. »
Lâcher prise ne signifie pas ne plus rien faire
Il y a également un piège dans la métaphore de la graine.
Lorsque nous plantons un radis, nous ne faisons pas absolument rien pendant trois semaines.
Il faut parfois arroser.
Désherber.
Observer.
Protéger la jeune pousse.
Et nous ne contrôlons pourtant pas chaque étape biologique de sa croissance.
Pour nos projets, c’est exactement la même chose.
Lâcher prise ne signifie pas :
« J’ai envoyé mon intention à l’Univers, maintenant j’attends. »
Cela signifie plutôt :
je fais ce qui dépend de moi sans essayer de contrôler ce qui ne dépend pas de moi.
Je prépare mon projet.
Je travaille.
J’apprends.
Je rencontre des personnes.
Je teste.
J’ajuste.
Mais je ne peux pas obliger le résultat à apparaître au moment exact où mon besoin de sécurité l’exige.
La foi peut devenir confiance
Dans mon ancien texte, j’écrivais que l’alignement nécessitait la foi.
Ce mot reste important dans ma vision spirituelle.
Mais nous pouvons aussi l’exprimer d’une manière accessible à chacun :
la confiance.
Pas la certitude que tout se déroulera exactement comme prévu.
La confiance que nous saurons nous adapter à ce qui arrivera.
Cette différence est immense.
« Je sais que mon projet va réussir » cherche encore une forme de certitude.
« Je ne sais pas exactement ce que ce projet va devenir, mais je me fais suffisamment confiance pour l’expérimenter » repose davantage sur la sécurité intérieure.
Et peut-être que le véritable lâcher-prise se trouve là.
Respecter le temps de ce que nous construisons
Certaines choses arrivent très vite.
D’autres demandent plusieurs mois ou plusieurs années.
Et parfois, malgré tous nos efforts, une graine ne pousse pas.
Cela ne signifie pas nécessairement que nous avons mal pensé, mal vibré ou manqué de foi.
Peut-être que le projet doit évoluer.
Peut-être que le contexte n’est pas favorable.
Peut-être qu’une autre direction apparaîtra.
La sécurité intérieure permet aussi cela : changer de direction sans considérer automatiquement que nous avons échoué.
Nous pouvons semer avec intention.
Prendre soin de ce que nous avons semé.
Observer.
Ajuster.
Puis laisser une partie du processus nous échapper.
Alors lorsque vous avez un projet qui vous tient profondément à cœur, demandez-vous peut-être :
Est-ce réellement important pour moi ?
Quelle première graine puis-je planter aujourd’hui ?
De quoi cette graine a-t-elle besoin pour grandir ?
Et lorsque le résultat tarde à apparaître :
est-ce réellement le signe que je dois abandonner, ou est-ce mon besoin d’être rassuré qui supporte difficilement le temps de gestation ?
Tout ne pousse pas en un jour.
Et apprendre à rester sécure pendant que quelque chose grandit sans encore être visible fait peut-être partie intégrante de la création.
Nous sommes #TousFormidable.












