Comment réagir face à une situation ?
Et si vous n’aviez plus besoin que tout aille dans votre sens pour aller bien ?
Il y a quelques années, j’aurais écrit cet article d’une manière très simple :
Face à une situation, il faut toujours regarder le positif plutôt que le négatif.
Il pleut ?
Au lieu de râler parce que le pique-nique est annulé, regardons le bon côté des choses.
Cette pluie nourrit les sols, les végétaux et contribue à alimenter les ressources en eau.
Et puisque nous parlons d’eau, profitons-en pour avoir de la gratitude pour celle qui arrive directement dans notre maison.
Nous ouvrons un robinet et elle coule.
De l’eau potable disponible presque instantanément.
Nous trouvons cela tellement normal que nous n’y pensons même plus.
En revanche, qu’une coupure survienne pendant quelques heures et nous prenons immédiatement conscience du confort auquel nous étions habitués.
Chercher le positif dans une situation reste une pratique intéressante.
Mais aujourd’hui, j’irais plus loin.
Parce qu’à force de vouloir transformer systématiquement le négatif en positif, nous pouvons continuer à entretenir exactement le même mécanisme intérieur :
j’ai besoin de qualifier ce qui m’arrive pour savoir si je peux aller bien.
Beau temps, mauvais temps
Prenons quelque chose d’aussi banal que la météo.
Il fait soleil.
« Super, il fait beau ! »
Il pleut.
« Quel temps pourri ! »
Il fait 25 degrés.
« Quelle magnifique journée ! »
Il fait 10 degrés avec du vent.
« Quelle journée horrible ! »
Évidemment, nous avons des préférences.
Personnellement, certaines conditions météorologiques me donnent davantage envie de sortir que d’autres.
Le problème n’est pas là.
Le problème commence lorsque notre état intérieur devient entièrement dépendant de la conformité du monde extérieur à nos préférences.
Parce que nous pouvons alors passer notre existence à négocier avec une réalité qui, elle, ne nous demande pas notre avis.
Accepter ne signifie pas forcément apprécier
C’est une nuance fondamentale.
Accepter qu’il pleuve ne signifie pas être obligé d’aimer la pluie.
Accepter une situation ne signifie pas non plus considérer qu’elle est agréable, juste ou souhaitable.
L’acceptation commence simplement par reconnaître ce qui est déjà là.
Il pleut.
Voilà.
Je peux préférer le soleil.
Je peux être déçu parce que j’avais prévu une journée dehors.
Mais pendant que je me bats mentalement contre cette pluie, elle continue de tomber.
Ma colère ne l’arrête pas.
Ma frustration non plus.
Je peux donc consacrer mon énergie à lutter intérieurement contre quelque chose que je ne contrôle pas.
Ou constater la situation et décider de ce que j’en fais.
C’est précisément ici que la sécurité intérieure intervient.
Nous passons beaucoup de temps à vouloir que la réalité soit différente
La météo est un exemple léger.
Mais observez le même mécanisme ailleurs.
« Il ne devrait pas me parler comme ça. »
« Mon enfant devrait se comporter autrement. »
« Mon conjoint devrait comprendre. »
« Mon client aurait dû répondre. »
« Les gens devraient être plus respectueux. »
« Cette situation ne devrait pas m’arriver. »
Parfois, nous avons parfaitement raison sur le fond.
Une personne aurait effectivement pu agir autrement.
Mais elle a agi ainsi.
Et tant que notre énergie est consacrée à refuser mentalement ce qui s’est déjà produit, nous restons accrochés à quelque chose que nous ne pouvons plus modifier.
Accepter la réalité ne signifie pas l’approuver.
Cela signifie arrêter de discuter avec le fait qu’elle existe.
La sécurité intérieure réduit notre besoin de contrôler l’extérieur
Plus nous avons besoin que l’environnement corresponde exactement à nos attentes pour aller bien, plus notre équilibre devient fragile.
Il suffit alors de peu de choses.
Un retard.
Un bouchon.
Une mauvaise nouvelle.
Une remarque.
Une annulation.
Une journée de pluie.
Un imprévu.
Et notre état intérieur bascule.
Ce n’est pas parce que nous sommes faibles.
Notre cerveau aime anticiper.
Prévoir.
Organiser.
Contrôler.
Cela lui donne une sensation de sécurité.
Mais la vie ne respecte pas toujours nos plans.
Développer sa sécurité intérieure consiste donc aussi à devenir progressivement capable de rester stable lorsque le scénario prévu ne se réalise pas.
Nous pouvons avoir des préférences sans en devenir dépendants
Je peux préférer le soleil à la pluie.
Je peux préférer qu’un train soit à l’heure.
Je peux préférer qu’un client honore son rendez-vous.
Je peux préférer que quelqu’un soit agréable avec moi.
Je peux préférer que mon projet fonctionne.
Je peux même faire tout ce qui dépend de moi pour favoriser certains résultats.
Mais entre :
« Je préférerais que cela se passe ainsi »
et :
« Il faut absolument que cela se passe ainsi pour que j’aille bien »,
il existe un monde.
Dans le premier cas, j’ai une préférence.
Dans le second, j’ai placé une partie de ma stabilité intérieure entre les mains de quelque chose que je ne contrôle pas totalement.
Faut-il toujours chercher le positif ?
Je ne le pense plus.
Imaginez que vous traversiez quelque chose de réellement difficile.
Vous perdez un projet important.
Une relation se termine.
Vous vivez une profonde déception.
Quelqu’un vous trahit.
Chercher immédiatement :
« Bon, quel est le positif là-dedans ? »
peut parfois nous empêcher de vivre simplement ce qui est là.
Nous avons le droit d’être déçus.
Tristes.
En colère.
Fatigués.
Nous n’avons pas besoin de transformer immédiatement chaque expérience en leçon extraordinaire.
La sécurité intérieure n’est pas la pensée positive permanente.
C’est pouvoir ressentir quelque chose de désagréable sans considérer immédiatement que quelque chose ne va pas chez nous.
La gratitude n’est pas là pour nier ce qui nous dérange
J’aime toujours énormément la gratitude.
Mais là encore, ma manière de la regarder a évolué.
Si je suis contrarié parce qu’il pleut, je peux évidemment me rappeler la chance que j’ai d’avoir de l’eau potable chez moi.
Cela peut remettre les choses en perspective.
Mais je n’ai pas besoin d’utiliser cette gratitude pour me forcer à devenir heureux.
Je peux simplement prendre conscience de quelque chose que je ne voyais plus.
Ouvrir un robinet.
Boire.
Prendre une douche.
Faire cuire des aliments.
Laver mes vêtements.
Combien de fois avons-nous réellement conscience de ce confort ?
La gratitude peut ainsi élargir notre regard sans nier notre expérience.
Contempler avant de juger
C’est probablement là que mon ancien texte conserve pour moi toute sa force.
Apprendre à regarder.
Simplement regarder.
La pluie tombe.
Le vent souffle.
Les arbres bougent.
Le ciel change.
Notre mental arrive très rapidement derrière pour ajouter :
Beau.
Moche.
Agréable.
Désagréable.
Bien.
Mal.
Et si, pendant quelques secondes, nous retirions simplement le commentaire ?
Il reste une expérience.
Ce principe peut devenir une véritable pratique quotidienne.
Lorsque quelque chose se produit, observer d’abord.
Puis remarquer ce que notre mental raconte à propos de ce qui vient de se produire.
Ce sont deux choses différentes.
« Nous sommes UN »
Dans mon ancien texte, j’exprimais cela avec une lecture spirituelle :
« Nous sommes le soleil, nous sommes le vent, nous sommes le nuage, nous sommes la pluie. »
Cette représentation de l’unité continue de me parler.
D’autres personnes ne partageront pas cette vision, et ce n’est pas nécessaire pour expérimenter ce dont je parle ici.
Nous pouvons simplement constater que nous faisons partie d’un environnement infiniment plus vaste que nous.
Nous ne contrôlons ni le vent, ni la pluie, ni les saisons, ni les autres êtres humains.
Nous évoluons au milieu de tout cela.
Et peut-être que notre paix dépend moins de notre capacité à contrôler cet environnement que de notre capacité à nous sentir suffisamment en sécurité lorsqu’il échappe à notre contrôle.
Lâcher les résistances
Lorsque quelque chose ne correspond pas à ce que nous voulions, observons ce qui se passe en nous.
Quelle émotion apparaît ?
Quelle pensée ?
Quelle tension dans le corps ?
Quelle histoire notre mental commence-t-il à raconter ?
Puis posons-nous une question très simple :
Est-ce que je peux agir sur cette situation ?
Si oui, agissons.
S’il pleut et que je ne veux pas être mouillé, je prends un parapluie.
Si quelqu’un dépasse une limite, je peux la poser.
Si une organisation ne me convient plus, je peux chercher à la modifier.
Mais si je ne peux rien changer dans l’instant, continuer à lutter intérieurement ne modifiera pas davantage la réalité.
C’est là que l’acceptation devient une force.
La paix ne vient pas d’une vie où tout est parfait
Nous pourrions passer notre existence à essayer d’organiser un monde dans lequel rien ne nous dérange.
Les bonnes personnes.
Le bon travail.
Le bon compte en banque.
Le bon climat.
Le bon voisinage.
Le bon corps.
La bonne relation.
Et peut-être qu’un jour, pendant quelques heures, tout serait exactement comme nous le voulons.
Puis quelque chose changerait.
Parce que la vie bouge.
La sécurité intérieure propose une autre direction.
Construire évidemment une vie qui nous ressemble, modifier ce qui peut l’être, poser nos limites et prendre nos responsabilités.
Mais apprendre également à ne plus remettre systématiquement notre paix à plus tard sous prétexte que quelque chose, quelque part, n’est pas exactement comme nous voudrions qu’il soit.
Il pleut ?
Il pleut.
Vous auriez préféré du soleil ?
Vous avez le droit.
Et maintenant, qu’avez-vous envie de faire de cette journée ?
Peut-être que la liberté commence précisément ici : lorsque nous cessons d’exiger que le monde extérieur soit parfait pour nous autoriser à être bien à l’intérieur.
Nous sommes #TousFormidable.












