La vie est plus forte que tout
Quand tout s’arrête : retrouver sa sécurité intérieure au contact de la nature
Article initialement écrit en mars 2020, au début du confinement.
En mars 2020, quelque chose d’impensable s’est produit : une grande partie du monde s’est arrêtée.
Du jour au lendemain, nos habitudes ont été bouleversées. Nos déplacements ont été limités, nos relations sociales interrompues et beaucoup d’entre nous se sont retrouvés enfermés dans un environnement qu’ils n’avaient jamais réellement pris le temps d’observer.
À cette époque, j’avais écrit : « La vie est plus forte que tout. »
Plusieurs années plus tard, cette phrase résonne encore en moi, mais je la comprends différemment. Ce que cette période m’a notamment permis d’observer, c’est à quel point notre environnement peut participer à notre sécurité intérieure.
Et combien la nature peut nous aider à la retrouver.
Quand la privation révèle ce dont nous avons besoin
Avant le confinement, sortir marcher semblait banal.
Voir un arbre, traverser un parc, respirer dehors, entendre les oiseaux ou simplement sentir le vent sur son visage faisaient partie de ces choses auxquelles nous ne prêtions parfois plus attention.
Puis nous en avons été privés.
Et c’est souvent lorsque quelque chose disparaît que nous découvrons la place que cela occupait réellement dans notre équilibre.
J’écrivais alors que nous étions des fragments de Gaïa et que nous avions besoin de la nature pour être heureux. Que l’on adhère ou non à cette vision spirituelle, il reste une expérience très concrète : notre corps et notre mental ne réagissent pas de la même manière selon l’environnement dans lequel nous évoluons.
Le bruit permanent, l’agitation, les écrans, les sollicitations et le rythme imposé peuvent entretenir une forme de tension intérieure. À l’inverse, la nature peut créer un espace dans lequel nous ralentissons suffisamment pour recommencer à ressentir.
Et c’est précisément là que la sécurité intérieure devient intéressante.
La sécurité intérieure ne consiste pas à tout contrôler
Nous pouvons organiser notre existence pour essayer de nous rassurer.
Avoir un logement, de l’argent de côté, un emploi, une relation, des habitudes parfaitement installées. Tout cela peut évidemment contribuer à notre sécurité matérielle.
Mais mars 2020 nous a brutalement rappelé une chose : l’extérieur peut changer très vite.
Lorsque notre sentiment de sécurité dépend exclusivement de circonstances que nous ne maîtrisons pas, le moindre bouleversement peut devenir extrêmement déstabilisant.
La sécurité intérieure, telle que je la comprends aujourd’hui, est autre chose.
C’est cette capacité à rester suffisamment stable lorsque l’incertitude apparaît pour ne pas laisser uniquement nos mécanismes de protection décider à notre place.
Cela ne signifie pas ne plus avoir peur.
Cela signifie pouvoir entendre la peur sans lui remettre systématiquement les clés de notre vie.
Pourquoi la nature peut-elle nous aider à revenir à nous ?
Dans les accompagnements que je réalisais à cette époque, j’observais très souvent quelque chose de particulier : des expériences intérieures fortes apparaissaient au contact de la nature, et notamment auprès des arbres.
Je l’interprétais alors principalement en termes d’énergie, de vibrations et de connexion spirituelle.
Aujourd’hui, j’y ajoute une autre lecture.
Lorsque nous sommes dans la nature, beaucoup des sollicitations habituelles disparaissent. Il y a moins de choses à contrôler, moins d’informations à traiter, moins de rôles sociaux à tenir.
Nous pouvons simplement marcher, regarder, écouter et respirer.
Le mental prend moins de place.
Et lorsque le bruit extérieur diminue, nous pouvons parfois entendre ce qui se passe réellement à l’intérieur.
C’est pour cette raison que je considère la nature comme un formidable espace d’exploration de la sécurité intérieure. Non pas parce qu’un arbre va résoudre nos problèmes à notre place, mais parce qu’il peut nous offrir les conditions nécessaires pour recommencer à nous écouter.
Est-ce réellement ton choix… ou celui de ta peur ?
Le confinement nous a également confrontés à notre environnement immédiat.
Notre logement.
Notre couple.
Notre famille.
Notre solitude.
Notre manière de travailler.
Nos choix de vie.
Certaines personnes ont découvert qu’elles étaient heureuses là où elles étaient. D’autres ont ressenti avec beaucoup plus de force tout ce qui ne leur convenait plus.
Il serait évidemment simpliste d’affirmer que nous avons choisi consciemment tout ce qui nous arrive. Nous ne maîtrisons ni toutes les circonstances de notre existence ni tous les événements extérieurs.
En revanche, nous pouvons observer les choix sur lesquels nous avons réellement une marge de manœuvre.
Et surtout nous poser cette question :
Depuis quel endroit intérieur vais-je chercher cette réponse ?
Depuis la peur de perdre ?
Depuis le besoin d’être rassuré ?
Depuis la peur d’être seul ?
Depuis le regard des autres ?
Ou depuis un endroit suffisamment sécure pour entendre ce qui est réellement juste pour moi ?
C’est là que tout change.
Parce que ce qui te protège aujourd’hui est peut-être ce qui te bloque demain.
Construire une vie dans laquelle on se sent davantage en sécurité
Jusqu’en 2016, beaucoup de mes propres décisions étaient guidées par mes peurs et mes mécanismes de protection.
Puis une période extrêmement difficile de ma vie m’a obligé à m’arrêter et à regarder autrement la manière dont je construisais mon existence.
Cette introspection a progressivement changé ma relation au temps, à mon environnement, au travail et à moi-même.
C’est aussi pour cela que l’arrêt brutal de mars 2020 m’avait autant interpellé.
Il posait collectivement une question que la vie m’avait déjà posée individuellement quelques années auparavant :
Si tout s’arrête, qu’est-ce qu’il reste de toi ?
Lorsque les habitudes disparaissent, lorsque les certitudes vacillent et lorsque l’extérieur ne peut plus nous rassurer comme auparavant, nous sommes ramenés à notre monde intérieur.
Et nous pouvons alors découvrir tout ce que nous avions construit pour nous sentir en sécurité… sans forcément l’être réellement.
La nature nous enseigne quelque chose de très simple à ce sujet.
Un arbre ne lutte pas pour ressembler à celui d’à côté. Il s’adapte à son environnement, traverse les saisons, perd ses feuilles, recommence.
La vie continue de circuler.
Nous aussi, nous pouvons apprendre à développer cette stabilité.
Pas en supprimant toutes nos peurs.
Pas en contrôlant davantage notre existence.
Mais en construisant progressivement suffisamment de sécurité à l’intérieur de nous pour traverser l’incertitude sans nous abandonner nous-mêmes.
Car la véritable question n’est peut-être pas de savoir comment faire pour que plus rien ne vienne bouleverser notre vie.
Elle est de savoir :
Qui devenons-nous lorsque la vie ne se déroule plus comme nous l’avions prévu ?












