L’histoire de S.
Changer de travail, rencontrer l’amour, déménager : sommes-nous suffisamment en sécurité pour accueillir ce que nous désirons ?
J’aurais aimé que S. puisse raconter elle-même son histoire en vidéo.
Mais exposer sa vie privée n’est pas toujours évident, et je respecte totalement ce choix. Je vais donc conserver son anonymat tout en partageant une partie de son parcours, parce qu’il illustre quelque chose que je retrouve régulièrement dans mes accompagnements :
nous pouvons désirer profondément une nouvelle vie et, en même temps, ne pas nous sentir suffisamment en sécurité pour l’accueillir.
J’ai accompagné S. pour la première fois en juin 2021.
À ce moment-là, deux sujets occupaient beaucoup de place dans sa vie : une envie de reconversion professionnelle et un célibat qui devenait pesant.
Nous avons passé une journée ensemble.
Une seule.
Et nous avons travaillé sur ce qu’elle voulait réellement.
Que voulons-nous lorsque nous arrêtons de penser à ce qui est raisonnable ?
À cette époque, j’utilisais beaucoup le vocabulaire de la loi d’attraction.
Nous avions donc, comme je le disais alors, « créé ses désirs dans les énergies ».
Aujourd’hui, je décrirais cette journée autrement.
Nous avions surtout créé un espace dans lequel S. pouvait clarifier ce qu’elle désirait sans immédiatement laisser son mental lui expliquer pourquoi ce serait compliqué, improbable ou impossible.
Et cette différence est fondamentale.
Lorsque nous nous sentons insécures, nous pouvons construire nos projets en fonction de ce que nous pensons pouvoir obtenir plutôt qu’à partir de ce que nous voulons réellement.
Nous réduisons le rêve avant même d’avoir essayé.
Quelques jours après notre accompagnement, S. a reçu une convocation professionnelle pour la fin juillet, à une période qui lui semblait particulièrement improbable en raison des congés d’été.
L’entretien s’est bien passé.
Elle a obtenu le travail qu’elle souhaitait.
Puis la rencontre
Avant de prendre ses nouvelles fonctions, S. a décidé de partir quelques jours en Grèce.
L’idée était simple : décompresser, profiter et célébrer cette nouvelle étape professionnelle.
Et pendant ce voyage, elle a rencontré un homme.
Un homme qui correspondait étonnamment à beaucoup de choses qu’elle avait exprimées quelques semaines auparavant, jusque dans sa carrure et son accent.
Moins de deux mois s’étaient écoulés depuis notre première journée ensemble.
À l’époque, j’y voyais une manifestation particulièrement rapide de la loi d’attraction.
Aujourd’hui, je laisse chacun libre d’interpréter cette succession d’événements.
Coïncidence ?
Synchronicité ?
Loi d’attraction ?
La question qui m’intéresse davantage est celle-ci : que se passe-t-il lorsque nous devenons enfin suffisamment clairs sur ce que nous voulons pour pouvoir le reconnaître lorsqu’il apparaît ?
Obtenir ce que nous voulons peut aussi réveiller nos peurs
Quelque temps plus tard, j’ai retrouvé S. pour une nouvelle journée.
Cette fois, quelque chose avait changé.
Le doute était apparu.
Elle commençait à remettre sa relation en question.
C’est un mécanisme que je trouve aujourd’hui particulièrement intéressant lorsqu’on parle de sécurité intérieure.
Nous imaginons souvent que notre peur disparaîtra lorsque nous aurons enfin obtenu ce que nous désirons.
Le bon travail.
La bonne relation.
La bonne maison.
La bonne situation financière.
Mais parfois, c’est exactement l’inverse qui se produit.
Lorsque quelque chose devient important pour nous, nous découvrons également que nous pouvons le perdre.
Et nos protections se réveillent.
Le mental analyse.
Interprète.
Anticipe.
Cherche les signes que quelque chose pourrait mal tourner.
Ce qui te protège aujourd’hui est peut-être ce qui te bloque demain.
Quand les textos fabriquent une histoire qui n’existe peut-être pas
Dans le cas de S., nous avons identifié un élément qui alimentait fortement ses doutes : une grande partie de la communication passait par messages écrits.
J’ai toujours été méfiant vis-à-vis des conversations importantes par texto.
Un message ne transmet ni le regard, ni l’intonation, ni la présence de l’autre.
Une phrase peut alors être interprétée de dix manières différentes.
Nous envoyons un message.
L’autre tarde à répondre.
Et le mental commence son travail.
« Pourquoi ne répond-il pas ? »
« Est-ce que quelque chose a changé ? »
« J’ai peut-être dit quelque chose qu’il ne fallait pas. »
Nous ne sommes plus dans la relation.
Nous sommes dans l’interprétation de la relation.
Nous avons donc repris les faits, distingué ce qui s’était réellement passé de ce que ses peurs racontaient et clarifié ce qui devait l’être.
Deux heures plus tard, l’essentiel du sujet était éclairci.
Quand une nouvelle vie implique de quitter l’ancienne
Puis, au déjeuner, d’autres éléments sont apparus.
Une possible évolution professionnelle se dessinait pour 2022.
Et avec elle, une hypothèse beaucoup plus bouleversante :
quitter la région nantaise pour aller vivre dans le Pays basque.
Soudain, plusieurs éléments de son histoire ont pris une autre couleur.
Son attirance pour les pins.
Son goût pour le rugby.
La gastronomie basque.
L’accent du Sud-Ouest.
Et maintenant cet homme rencontré quelques mois auparavant.
Une amie lui avait même lancé après cette rencontre :
« La boucle est bouclée. »
Est-ce que tous ces éléments constituaient des « signes de la vie » ?
C’était ma lecture à l’époque.
Aujourd’hui, je dirais surtout qu’ils permettaient à S. de reconnaître une cohérence dans ce qui l’attirait depuis longtemps.
Mais reconnaître une direction ne signifie pas qu’il soit facile de la prendre.
Parce que déménager, changer de région, modifier son environnement professionnel et construire une nouvelle relation impliquent une quantité considérable d’inconnu.
Et l’inconnu vient directement tester notre sécurité intérieure.
Le problème n’est pas toujours de savoir ce que nous voulons
Nous pensons souvent manquer de clarté.
Mais parfois, nous savons très bien ce que nous voulons.
Simplement, ce que nous voulons nous fait peur.
Alors nous recommençons à réfléchir.
Nous demandons des avis.
Nous cherchons des garanties.
Nous voulons être certains.
Nous appelons cela de la prudence alors qu’une partie de nous cherche surtout à retrouver la sécurité de ce qu’elle connaît déjà.
C’est là que j’aime poser une question :
Depuis quel endroit intérieur vais-je chercher cette réponse ?
Depuis mon envie profonde ?
Ou depuis ma peur de perdre mes repères ?
La sécurité intérieure ne nous donne pas la certitude que notre choix sera le bon.
Elle nous permet d’avancer sans exiger cette certitude.
Nous n’avons pas toujours besoin de retourner fouiller tout notre passé
Cette journée avec S. nous a également conduits à aborder certains sujets familiaux et personnels.
À cette époque, j’avais une position très radicale : je refusais presque systématiquement d’aller travailler dans le passé.
Aujourd’hui, je serais plus nuancé.
Notre histoire peut être utile pour comprendre certains mécanismes et, lorsqu’il existe des blessures ou des traumatismes importants, un travail thérapeutique adapté peut être nécessaire.
Mais nous n’avons pas non plus besoin de connaître l’origine exacte de chacune de nos réactions pour commencer à transformer notre présent.
Parfois, ce qui se passe aujourd’hui nous donne déjà énormément d’informations.
Qu’est-ce que je ressens ?
Qu’est-ce qui me fait peur ?
Qu’est-ce que j’essaie de contrôler ?
Qu’est-ce que je veux réellement ?
Quelle décision prendrais-je si je n’avais pas besoin d’être certain du résultat ?
S’abandonner à la vie ne signifie pas devenir passif
J’utilisais beaucoup cette expression :
« S’abandonner à la vie. »
Elle pourrait laisser croire qu’il suffit d’attendre que l’univers organise tout à notre place.
Ce n’est pas ainsi que je la comprends aujourd’hui.
S’abandonner à la vie, c’est peut-être arrêter d’exiger de connaître la totalité du chemin avant de faire le premier pas.
C’est écouter.
Ressentir.
Observer.
Puis agir.
Sans garantie absolue.
Sans savoir précisément où tout cela nous conduira.
Et sans demander à notre mental de supprimer toute incertitude avant de nous autoriser à vivre.
L’histoire de S. me rappelle finalement quelque chose de très simple.
Nous pouvons demander une nouvelle vie.
Un nouveau travail.
Une rencontre.
Un nouveau lieu.
Davantage de liberté.
Mais lorsque cette nouvelle vie commence réellement à frapper à notre porte, nos protections peuvent immédiatement essayer de nous ramener vers l’ancien monde, simplement parce qu’il est connu.
La question n’est donc peut-être pas seulement :
« Qu’est-ce que je veux vraiment ? »
Mais aussi :
« Est-ce que je me sens suffisamment en sécurité pour laisser entrer dans ma vie ce que je dis vouloir ? »
C’est parfois à cet endroit précis que commence le véritable changement.
Nous sommes #TousFormidable.












