Nous avons plein de facettes
Et si notre besoin de reconnaissance cachait un manque de sécurité intérieure ?
Il m’a fallu du temps pour comprendre quelque chose que, paradoxalement, je pensais avoir compris depuis longtemps.
Nous sommes tous comme une immense boule multifacette.
Depuis 2016, intellectuellement, je le savais.
Mais savoir quelque chose et l’avoir réellement intégré sont deux choses complètement différentes.
Parce que le mental peut comprendre très vite. Il peut apprendre les concepts, trouver les bons mots, construire des explications particulièrement convaincantes…
Et continuer exactement les mêmes stratégies.
C’est ce que je faisais.
Quand le petit Stéphane voulait prouver qu’il n’était pas un « bon à rien »
Pendant longtemps, une partie de mon fonctionnement reposait sur une vieille histoire.
Petit, j’avais entendu de mon père que j’étais un « bon à rien ».
Et le petit Stéphane avait enregistré quelque chose.
Il fallait prouver le contraire.
Alors j’ai fait.
Beaucoup.
Il fallait réussir.
Obtenir des résultats.
Être reconnu.
Montrer que j’étais capable.
Et lorsque je me suis mis à accompagner des personnes, cette mécanique ne s’est évidemment pas arrêtée à la porte de mon activité professionnelle.
Au contraire, elle y a trouvé un magnifique terrain de jeu.
Si mes clients obtenaient des résultats, cela venait indirectement me rassurer sur ma propre valeur.
Le problème n’était donc pas uniquement d’aider l’autre. J’avais également besoin que sa réussite vienne sécuriser quelque chose en moi.
Et ça change complètement la relation.
Quand aider l’autre devient une manière de se rassurer soi-même
C’est ainsi que nous pouvons basculer dans ce que le triangle de Karpman appelle la posture du sauveur.
Nous voulons tellement aider que nous finissons par vouloir prendre en charge une partie du chemin de l’autre.
Je l’ai fait.
J’ai même pu dire à certaines personnes qu’elles ne devaient pas « se nourrir à plusieurs râteliers ».
Pourquoi ?
Parce qu’à cet endroit de mon évolution, j’étais convaincu de détenir la bonne méthode.
Ma méthode fonctionnait.
J’avais des résultats.
Donc il fallait me suivre.
Aujourd’hui, cette manière de fonctionner m’interpelle beaucoup plus.
Parce qu’un accompagnant peut éclairer un chemin, questionner, transmettre son expérience ou aider quelqu’un à voir ce qu’il ne voit plus.
Mais il ne devrait pas avoir besoin de devenir indispensable.
Sinon, une question mérite d’être posée :
Est-ce que je suis encore au service de l’autre, ou est-ce que j’utilise inconsciemment l’autre pour nourrir mon propre besoin de reconnaissance ?
Le besoin de reconnaissance est souvent une recherche de sécurité
C’est ici que tout se rejoint.
Les likes sur Facebook.
Les commentaires.
Les témoignages clients.
Le chiffre d’affaires.
Le nombre de personnes accompagnées.
Les compliments.
La visibilité.
Tout cela peut évidemment être agréable et même utile professionnellement.
Le problème commence lorsque j’en ai besoin pour savoir qui je suis.
Parce qu’à ce moment-là, ma sécurité dépend de quelque chose que je ne maîtrise pas.
Pas suffisamment de likes ?
Je doute.
Pas de nouveau client ?
Je m’inquiète.
Quelqu’un d’autre communique mieux que moi ?
Je compare.
Un client n’obtient pas le résultat espéré ?
Je peux remettre ma valeur en question.
Une publication ne fonctionne pas ?
Je cherche immédiatement ce que j’ai raté.
Ma stabilité intérieure devient dépendante des réponses de mon environnement.
Et je comprends aujourd’hui que beaucoup de mes stratégies dans le « faire » avaient aussi cette fonction.
Faire davantage pour me sentir davantage en sécurité.
Le problème, c’est que l’extérieur ne rassasie jamais durablement
Nous pouvons obtenir cent témoignages clients.
Le mental demandera le cent-unième.
Nous pouvons avoir une publication qui rencontre énormément de succès.
Quelques jours plus tard, il faudra recommencer.
Nous pouvons atteindre un objectif financier.
Rapidement, un autre niveau deviendra nécessaire pour maintenir le même sentiment de sécurité.
C’est une course sans ligne d’arrivée.
Parce que nous essayons de remplir depuis l’extérieur un réservoir qui ne peut pas être durablement rempli de cette manière.
C’est là que la sécurité intérieure bouleverse le fonctionnement.
Je n’ai pas besoin d’arrêter d’aimer les commentaires, les témoignages ou les résultats.
Je dois simplement arrêter de leur confier la responsabilité de déterminer ma valeur.
Je n’ai plus rien à prouver à mon père
Cette phrase est importante pour moi.
Je n’ai rien à prouver à mon père.
Je n’ai pas à passer ma vie à démontrer que je ne suis pas le « bon à rien » que j’ai pu entendre lorsque j’étais enfant.
Parce que si je construis toute ma vie en opposition à cette étiquette, je continue finalement à lui donner du pouvoir.
Même en réussissant.
Même en faisant exactement l’inverse.
Je reste attaché à elle.
La véritable libération consiste à pouvoir dire :
Je ne suis pas cette étiquette. Je n’ai plus besoin de construire ma vie contre elle.
Je peux simplement chercher à être moi.
Et c’est précisément là que je retrouve de la sécurité.
Nous sommes cette boule multifacette
J’aime beaucoup cette image.
Imaginez une boule composée de dizaines, de centaines de facettes.
Nous sommes cette boule.
Une personne va venir toucher notre rapport à la reconnaissance.
Une autre notre peur du rejet.
Une autre notre besoin de contrôle.
Une autre notre capacité à faire confiance.
Une autre encore notre rapport à l’argent, à l’amour, à la liberté, à l’autorité, à la solitude ou à notre propre valeur.
C’est pourquoi une seule personne ne peut probablement pas tout nous apporter.
Et c’est valable également dans l’accompagnement.
Je n’ai pas besoin d’être celui qui possède toutes les réponses pour quelqu’un.
Je peux simplement rencontrer cette personne à un moment particulier de sa vie et l’aider à éclairer une facette.
Le reste de son chemin lui appartient.
Je trouve aujourd’hui cette posture beaucoup plus saine.
Et beaucoup plus légère.
Les autres peuvent devenir des révélateurs
Cette boule multifacette explique également pourquoi je trouve le contact humain tellement intéressant.
Certaines facettes de nous-mêmes apparaissent difficilement lorsque nous restons toujours seuls ou exclusivement avec les mêmes personnes.
Puis quelqu’un de nouveau arrive.
Et soudain, quelque chose se passe.
Cette personne nous agace.
Nous impressionne.
Nous attire.
Nous intimide.
Nous inspire.
Nous met mal à l’aise.
Pourquoi ?
C’est précisément ce qui devient intéressant à observer.
Non pas pour considérer automatiquement que « l’autre est notre miroir » ou que tout comportement extérieur serait de notre responsabilité.
Mais parce que ce que la rencontre déclenche en nous peut nous apprendre énormément sur nous-mêmes.
La sécurité intérieure permet de rencontrer sans s’accrocher
Plus je développe cette sécurité en moi, moins j’ai besoin que l’autre reste.
Moins j’ai besoin qu’il m’approuve.
Moins j’ai besoin qu’un client me confirme que je suis compétent.
Moins j’ai besoin qu’une relation me confirme que je suis aimable.
Je peux recevoir ce que la rencontre m’apporte sans vouloir la posséder.
Je peux également reconnaître ce que moi, je peux apporter, sans prétendre devenir la réponse à tous les besoins de l’autre.
C’est particulièrement important pour les accompagnants.
Nous ne sommes pas là pour fabriquer des personnes dépendantes de nous.
Nous pouvons transmettre quelque chose, éclairer une facette, provoquer une prise de conscience… puis laisser l’autre continuer son chemin.
Rencontrer des personnes différentes pour découvrir d’autres facettes de soi
Voilà pourquoi je continue de croire profondément à la richesse de la rencontre.
Si nous fréquentons toujours les mêmes personnes, dans les mêmes endroits, avec les mêmes conversations et les mêmes croyances, nous voyons continuellement les mêmes facettes de notre boule.
Aller vers des personnes différentes nous expose à autre chose.
À d’autres visions.
À d’autres réactions.
À d’autres manières de vivre.
Et donc à d’autres parties de nous-mêmes.
Non pas pour devenir comme les autres.
Mais au contraire pour découvrir toujours davantage qui nous sommes.
Finalement, peut-être que grandir ne consiste pas à devenir une version parfaite de soi.
Il s’agit plutôt de ne plus avoir besoin de cacher certaines facettes, d’en survaloriser d’autres ou de passer notre existence à prouver notre valeur.
Plus ma sécurité vient de l’intérieur, moins j’ai besoin d’utiliser l’extérieur pour savoir qui je suis.
Et lorsque je n’ai plus besoin de prouver que je suis quelqu’un, je peux enfin consacrer beaucoup plus d’énergie à simplement être moi.
Nous sommes #TousFormidable.












