Comment bien pratiquer la méditation ?
Méditer, ce n’est pas arrêter de penser : apprendre à être présent avec ce qui est
La méditation est devenue extrêmement populaire.
Applications.
Podcasts.
Stages.
Méditations guidées.
Retraites silencieuses.
Techniques de respiration.
Nous disposons aujourd’hui d’une quantité impressionnante de ressources pour apprendre à méditer.
Et pourtant, il existe une confusion que j’ai moi-même entretenue pendant longtemps :
méditer ne consiste pas à réussir à ne plus penser.
Parce que si vous commencez une méditation avec cet objectif, vous risquez rapidement de conclure que vous êtes très mauvais.
Vous fermez les yeux.
Vous respirez.
Et trois secondes plus tard :
« Il faut que je pense à répondre à ce mail. »
Vous revenez à votre respiration.
Puis :
« Qu’est-ce qu’on mange ce soir ? »
Vous revenez.
« Pourquoi est-ce qu’il m’a parlé comme ça hier ? »
Vous revenez.
« Mince, je suis encore en train de penser. »
Et vous finissez par vous énerver contre votre propre cerveau alors que vous étiez précisément venu chercher un peu de calme.
Le mental n’a pas besoin d’être éteint
Dans mon ancien texte, j’écrivais que méditer consistait à « couper le mental pour laisser aller le cœur ».
Je ne le formulerais plus ainsi.
Notre cerveau produit des pensées.
C’est ce qu’il fait.
L’objectif n’est donc pas nécessairement de réussir à les supprimer.
Il peut être beaucoup plus simple :
observer qu’une pensée est apparue sans être obligé de partir avec elle.
Une pensée arrive.
Je la remarque.
Puis je reviens à ma respiration.
Une autre apparaît.
Je la remarque.
Puis je reviens aux sensations de mon corps.
C’est déjà méditer.
Accueillir plutôt que combattre
Sur ce point, je conserve pleinement l’intuition de mon ancien texte.
Plus nous essayons de repousser une pensée, plus nous pouvons lui donner de l’importance.
« Il ne faut surtout pas que je pense à ça. »
Et évidemment, nous y pensons.
Nous pouvons essayer autre chose.
« Tiens, cette pensée est là. »
Pas besoin de l’analyser.
Pas besoin de savoir pourquoi elle est arrivée.
Pas besoin de la résoudre immédiatement.
Elle est simplement présente.
Puis elle repartira peut-être.
Cette capacité à laisser exister quelque chose sans devoir immédiatement intervenir dessus est directement liée, pour moi, à la sécurité intérieure.
La sécurité intérieure commence aussi par supporter ce qui se passe en nous
Nous cherchons souvent à modifier immédiatement notre état intérieur.
Nous sommes tristes : nous voulons aller mieux.
Nous sommes anxieux : nous voulons nous calmer.
Nous sommes en colère : nous voulons faire disparaître la colère.
Nous avons une pensée désagréable : nous voulons penser positivement.
Mais pourquoi cette urgence ?
Parce que certaines sensations intérieures peuvent nous paraître menaçantes.
La méditation peut progressivement nous apprendre autre chose :
« Je peux ressentir cela quelques instants sans être obligé de fuir. »
Je peux observer une peur.
Une tension.
Une contrariété.
Une pensée.
Une émotion.
Et rester là.
Commencer simplement par respirer
Vous n’avez pas besoin d’un rituel compliqué.
Installez-vous confortablement.
Assis sur une chaise, un canapé, un coussin ou même dehors dans la nature.
Vous pouvez fermer les yeux si cela vous convient.
Puis observez simplement votre respiration.
Pas besoin de respirer « correctement ».
Sentez l’air entrer.
Sentez l’air sortir.
Observez les mouvements de votre ventre ou de votre poitrine.
Et lorsque votre attention part ailleurs — parce qu’elle partira ailleurs — revenez tranquillement.
Ce retour est important.
Parce que méditer n’est pas réussir à ne jamais quitter le présent.
C’est apprendre à y revenir.
La gratitude peut être une porte d’entrée
J’aime toujours beaucoup commencer certaines pratiques par la gratitude.
Pas parce qu’elle serait indispensable pour « bien vibrer ».
Mais parce qu’elle permet de déplacer momentanément notre attention vers quelque chose que nous apprécions réellement.
Cela peut être extrêmement simple.
La chaleur de la pièce.
La possibilité de disposer de quelques minutes.
Une personne que nous aimons.
Le confort de notre corps à cet instant.
Un paysage.
Le repas que nous venons de prendre.
Un moment agréable vécu récemment.
Nous pouvons laisser cette sensation prendre un peu de place.
Sans chercher à fabriquer artificiellement une émotion extraordinaire.
Vous n’avez pas l’obligation d’être reconnaissant pour tout
C’est une nuance essentielle.
Dans mon ancien texte, j’écrivais en substance :
« Tout ce que vous vivez, vous l’avez choisi, alors acceptez et remerciez la vie. »
Je ne dirais plus cela aujourd’hui.
Nous vivons parfois des événements que nous n’avons absolument pas choisis.
Une perte.
Une maladie.
Une agression.
Une séparation imposée.
Un accident.
Une injustice.
Dire à quelqu’un qu’il devrait être reconnaissant pour ce qui lui arrive peut devenir extrêmement violent.
La gratitude n’a de valeur que lorsqu’elle est sincère.
Elle ne devrait jamais devenir une obligation spirituelle.
Accepter ne signifie pas aimer ce qui nous arrive
Nous confondons parfois acceptation et approbation.
Accepter signifie d’abord reconnaître :
« Voilà ce qui est présent maintenant. »
Je peux accepter que je suis triste sans être heureux de l’être.
Je peux accepter qu’une situation ne me convient plus et décider de la changer.
Je peux accepter qu’un événement s’est produit sans considérer qu’il devait nécessairement arriver.
L’acceptation retire simplement une partie de la lutte contre ce qui existe déjà.
Et cette énergie peut ensuite être utilisée pour décider de ce que nous voulons faire.
Oublier la montre… ou utiliser un minuteur
J’écrivais également : « oubliez la montre, peu importe le temps ».
C’est agréable lorsqu’on en a la possibilité.
Mais soyons pratiques.
Vous pouvez parfaitement méditer cinq minutes avant de commencer votre journée.
Dix minutes pendant une pause.
Trois minutes dans votre voiture avant un rendez-vous.
La méditation n’a pas besoin d’être longue pour devenir une habitude.
Au début, quelques minutes peuvent même être beaucoup plus accessibles que de vouloir rester immobile pendant une heure.
L’objectif n’est pas la performance.
Puis la méditation peut sortir de la méditation
C’est probablement la partie de mon ancien texte que je conserve avec le plus de plaisir.
Parce qu’un jour, nous pouvons comprendre que la présence ne se pratique pas uniquement les yeux fermés sur un coussin.
Nous pouvons manger en conscience.
Marcher en conscience.
Prendre une douche en conscience.
Boire un café en conscience.
Faire la vaisselle en conscience.
Écouter quelqu’un en conscience.
Nous pouvons simplement essayer d’être réellement là pendant que nous faisons ce que nous faisons.
Essayez de manger réellement
Prenez une bouchée.
Et au lieu de préparer immédiatement la suivante, observez.
La texture.
La température.
Le goût.
Le mouvement des dents.
La salivation.
La transformation de l’aliment.
Puis avalez.
Nous mangeons parfois un repas entier en regardant un écran sans avoir réellement été présents à ce que nous mangions.
La pleine conscience réintroduit de l’expérience dans des gestes devenus automatiques.
Et nous découvrons parfois que les choses les plus simples possèdent beaucoup plus de richesse que nous ne le pensions.
Le présent n’est pas toujours agréable
Il faut également le dire.
« Vivre dans l’instant présent » est devenu une formule tellement utilisée qu’elle pourrait laisser croire que le présent est nécessairement merveilleux.
Pas toujours.
Parfois, le présent fait mal.
Parfois, nous sommes fatigués.
Parfois, nous avons peur.
Parfois, quelque chose nous manque.
La présence ne consiste pas à transformer artificiellement chaque seconde en moment magique.
Elle consiste à être suffisamment en sécurité avec nous-mêmes pour reconnaître aussi :
« Là, maintenant, c’est difficile. »
Sans devoir immédiatement raconter que tout va merveilleusement bien.
Méditer entraîne notre capacité à ne pas réagir immédiatement
Et c’est probablement l’un des bénéfices les plus intéressants dans la vie quotidienne.
Une pensée apparaît.
Nous n’avons pas besoin d’y croire immédiatement.
Une émotion monte.
Nous n’avons pas besoin d’agir immédiatement.
Quelqu’un nous contrarie.
Nous pouvons attendre quelques secondes avant de répondre.
Une peur arrive.
Nous pouvons l’écouter avant de lui confier la décision.
Petit à petit, un espace peut apparaître entre ce qui se produit et notre réaction.
Et dans cet espace se trouve une possibilité :
choisir.
La méditation ne « télécharge » pas une vie de rêve
J’utilisais autrefois cette image.
Plus nous resterions dans un état de gratitude et de haute vibration, plus nous téléchargerions une belle réalité.
Aujourd’hui, je préfère attribuer à la méditation quelque chose de moins spectaculaire, mais peut-être de beaucoup plus précieux.
Elle peut nous aider à mieux observer.
À ralentir.
À reconnaître nos automatismes.
À nous laisser moins facilement embarquer par certaines pensées.
À retrouver notre corps.
À prendre certaines décisions depuis un endroit intérieur plus stable.
Et ces changements peuvent évidemment transformer progressivement notre manière de vivre.
La pratique compte davantage que la perfection
Vous allez penser pendant votre méditation.
Vous allez parfois vous ennuyer.
Vous allez regarder combien de temps il reste.
Vous allez avoir envie de bouger.
Vous aurez des séances très agréables et d’autres pendant lesquelles votre cerveau semblera partir dans toutes les directions.
Ce n’est pas grave.
Vous n’avez rien raté.
Revenez.
Encore.
Puis encore.
C’est précisément l’entraînement.
Et si méditer consistait finalement à ne plus vouloir être ailleurs ?
Pas pour toujours.
Pas dans toutes les circonstances.
Mais pendant quelques secondes.
Je suis ici.
Je respire.
Voilà ce que je ressens.
Voilà ce que mon corps me raconte.
Voilà la pensée qui traverse mon esprit.
Je n’ai rien à obtenir immédiatement.
Rien à manifester.
Rien à télécharger.
Rien à prouver.
Simplement être là.
Et peut-être que la sécurité intérieure commence aussi dans ces moments extrêmement simples où nous découvrons que nous pouvons rester quelques instants avec nous-mêmes sans avoir besoin de nous distraire, de nous corriger ou de nous échapper.
La vie n’a pas besoin d’être magique à chaque seconde pour être profondément vécue.
Parfois, il suffit simplement d’être présent pour s’apercevoir que nous étions passé à côté de beaucoup de choses.
Nous sommes #TousFormidable.












