Que se passe-t-il lorsque nous réagissons ?
Fuir, attaquer ou rester présent : ce que nos réactions disent de notre sécurité intérieure
Il suffit parfois d’une phrase.
Une remarque de notre conjoint.
Un message auquel nous attribuons immédiatement une intention.
Un collègue qui nous parle d’une manière qui nous déplaît.
Une critique sur les réseaux sociaux.
Quelqu’un qui nous coupe la parole.
Et quelque chose part instantanément en nous.
Nous nous tendons.
Nous nous justifions.
Nous attaquons.
Nous nous fermons.
Nous quittons la pièce.
Ou nous passons les deux heures suivantes à refaire la conversation dans notre tête en imaginant tout ce que nous aurions dû répondre.
Dans mon ancien texte, j’expliquais ce mécanisme en disant que nous quittions la conscience pour passer sous le contrôle de l’ego.
Aujourd’hui, je le regarde essentiellement à travers la sécurité intérieure.
Parce que derrière énormément de nos réactions se cache une question extrêmement simple :
« Est-ce que je me sens encore en sécurité face à ce qui vient de se passer ? »
Nous ne réagissons pas uniquement à ce qui se passe
Deux personnes peuvent recevoir exactement la même remarque et réagir complètement différemment.
Imaginez que quelqu’un vous dise :
« Je ne suis pas convaincu par ton projet. »
Une personne répondra :
« D’accord. Qu’est-ce qui ne te convainc pas ? »
Une autre entendra :
« Ton projet est nul. »
Une troisième :
« Tu n’es pas capable. »
Une quatrième :
« Encore quelqu’un qui veut me rabaisser ! »
La phrase extérieure est pourtant la même.
Ce qui change, c’est ce qu’elle rencontre à l’intérieur.
Notre histoire.
Nos expériences.
Nos croyances.
Nos peurs.
Nos besoins.
Nos protections.
Voilà pourquoi l’extérieur peut parfois « appuyer » exactement là où cela fait mal.
Non pas nécessairement parce que la vie nous envoie magiquement une épreuve destinée à nous faire évoluer.
Mais parce que certaines situations viennent réveiller des zones dans lesquelles nous ne nous sentons pas encore suffisamment en sécurité.
Notre système de protection peut être extrêmement rapide
Lorsque nous percevons une menace, nous ne commençons pas toujours par analyser calmement la situation.
Notre organisme peut réagir très rapidement.
Nous pouvons avoir envie de fuir.
D’attaquer.
De nous figer.
Ou parfois de nous adapter immédiatement pour éviter le conflit.
Ce sont des mécanismes de protection.
Et c’est une nuance importante par rapport à ce que j’écrivais autrefois.
Je considérais la fuite et l’attaque comme des manifestations de l’ego qu’il fallait dépasser.
Je préfère aujourd’hui ne pas les juger aussi rapidement.
Parce qu’une protection n’est pas nécessairement notre ennemie.
Elle cherche généralement à nous préserver de quelque chose qu’elle considère comme dangereux.
Le problème apparaît lorsqu’elle continue à déclencher l’alarme dans des situations où nous ne sommes pas réellement en danger.
Tout ce qui ressemble à une attaque n’en est pas forcément une
Quelqu’un n’est pas d’accord avec nous.
Danger.
Notre conjoint nous demande de parler d’un problème.
Danger.
Un client refuse notre proposition.
Danger.
Quelqu’un ne répond pas à notre message.
Danger.
Notre responsable critique une partie de notre travail.
Danger.
Lorsque notre sécurité intérieure est fragile sur certains sujets, notre système peut transformer très rapidement un désaccord, un refus ou une frustration en menace personnelle.
Et à partir de là, nous ne répondons plus seulement à ce qui vient de se passer.
Nous répondons à tout ce que cela signifie pour nous.
« On ne me respecte pas. »
« On ne m’aime plus. »
« Je ne suis pas assez bon. »
« Je vais perdre cette personne. »
« Il faut que je me défende. »
C’est souvent là que la réaction devient disproportionnée.
Réagir et répondre ne sont pas la même chose
Cette distinction est fondamentale.
Réagir, c’est laisser l’automatisme prendre immédiatement le volant.
Répondre, c’est créer suffisamment d’espace pour choisir.
Quelqu’un me fait une remarque.
Je sens la colère monter.
Je peux envoyer immédiatement le message que je regretterai vingt minutes plus tard.
Ou je peux sentir :
« Là, quelque chose vient d’être touché. »
Je n’ai même pas besoin de savoir immédiatement pourquoi.
Je peux simplement ne pas agir pendant quelques instants.
Respirer.
Marcher.
Revenir à mon corps.
Laisser diminuer l’intensité.
Puis regarder la situation.
Qu’est-ce qui s’est réellement passé ?
Pas ce que j’imagine.
Pas ce que je crains.
Pas ce que cette situation me rappelle.
Les faits.
Ensuite seulement, je peux décider de ma réponse.
Être conscient ne signifie pas ne plus ressentir
Dans mon ancien texte, j’associais fortement la conscience à la joie, à l’abondance et aux « énergies pures ».
Cela pouvait laisser entendre qu’une personne véritablement consciente ne devrait plus ressentir de colère, de peur ou de tristesse.
Je ne le présenterais plus ainsi.
Être présent ne signifie pas devenir émotionnellement neutre.
Vous pouvez être profondément conscient de votre colère.
Vous pouvez ressentir de la peur tout en restant présent.
Vous pouvez traverser une immense tristesse sans être déconnecté de vous-même.
La conscience, telle que je l’entends aujourd’hui, consiste davantage à pouvoir observer :
« Voilà ce qui se passe en moi. »
Sans immédiatement transformer cette émotion en action.
Je peux ressentir de la colère sans agresser.
Je peux ressentir de la peur sans forcément fuir.
Je peux ressentir de la culpabilité sans automatiquement dire oui.
Et cette capacité change énormément de choses.
Ne pas réagir ne signifie pas tout accepter
C’est également une distinction essentielle.
Développer sa sécurité intérieure ne consiste pas à devenir tellement « zen » que plus rien ne nous dérange.
Quelqu’un peut réellement nous manquer de respect.
Une limite peut réellement être franchie.
Une relation peut réellement être toxique.
Une situation peut réellement nécessiter de partir.
Ne pas réagir impulsivement ne signifie donc pas :
« Je dois tout accueillir et ne rien faire. »
Cela signifie :
« Je vais essayer de ne pas laisser ma peur ou ma colère décider seules de ce que je vais faire. »
Je peux ensuite poser une limite très ferme.
Dire non.
Quitter une relation.
Mettre fin à une collaboration.
Exprimer mon désaccord.
La différence, c’est l’endroit intérieur depuis lequel je le fais.
L’extérieur révèle parfois l’endroit où nous manquons encore de sécurité
C’est probablement ce que je conserve le plus de mon texte original.
Lorsque quelque chose nous dérange énormément, cela peut devenir une invitation à regarder ce qui se passe plus profondément en nous.
Pas pour conclure automatiquement :
« Le problème vient de moi. »
Mais pour nous demander :
« Pourquoi cette situation possède-t-elle autant de pouvoir sur moi ? »
Pourquoi ce commentaire Facebook me gâche-t-il ma soirée ?
Pourquoi ai-je besoin que cette personne soit d’accord avec moi ?
Pourquoi un refus remet-il toute ma valeur en question ?
Pourquoi ai-je tellement peur de décevoir ?
Pourquoi dois-je immédiatement me justifier ?
Pourquoi le silence de l’autre déclenche-t-il autant d’angoisse ?
Ces questions ne servent pas à nous culpabiliser.
Elles permettent de découvrir nos zones d’insécurité.
Et une fois que nous les voyons, nous pouvons commencer à ne plus leur abandonner systématiquement nos décisions.
Plus nous sommes sécure, moins nous avons besoin de contrôler l’extérieur
C’est là que quelque chose change profondément.
Lorsque nous développons notre sécurité intérieure, nous n’avons plus autant besoin que les autres se comportent exactement comme nous le souhaitons pour aller bien.
Quelqu’un peut ne pas être d’accord.
Quelqu’un peut nous critiquer.
Quelqu’un peut partir.
Un projet peut échouer.
Une journée peut être difficile.
Nous ressentirons probablement quelque chose.
Mais nous ne nous effondrerons pas nécessairement avec l’événement.
Et surtout, nous récupérerons plus rapidement notre capacité à choisir.
Voilà pourquoi la sécurité intérieure n’est pas un état dans lequel plus rien ne nous atteint.
C’est la capacité à revenir à soi lorsque quelque chose nous atteint.
Nous serons encore parfois en colère.
Nous aurons encore peur.
Nous réagirons encore trop vite certaines fois.
Nous sommes humains.
L’enjeu n’est donc pas de rester parfaitement conscient à chaque seconde de notre existence.
Il est de reconnaître de plus en plus rapidement le moment où une protection vient de prendre le volant.
Et peut-être de lui dire :
« J’ai compris que tu cherches à me protéger. Mais avant de fuir ou d’attaquer, je vais regarder ce qui se passe réellement. »
C’est dans cet espace entre le stimulus et notre réponse que nous pouvons retrouver notre liberté.
Et plus cet espace grandit, moins notre environnement extérieur décide à notre place de la personne que nous allons être.
Nous sommes #TousFormidable.












