Le Jeu du Je
Démonter le « je » pour enfin vivre qui je suis
Nous croyons jouer à la vie.
Mais bien souvent, nous jouons surtout un personnage que nous avons progressivement construit sans même nous en rendre compte.
Et le mot jeu contient peut-être déjà une jolie clé de compréhension.
J-E-U.
Le jeu du J-E.
Et si cette incarnation était justement un immense terrain d’expérimentation dans lequel ce « je » apprend, se trompe, expérimente, se construit puis se déconstruit progressivement jusqu’à retrouver ce qu’il est profondément ?
Parce qu’avant de vouloir changer notre vie, encore faudrait-il savoir qui est ce « je » qui veut la changer.
Le « je » se construit pour nous mettre en sécurité
À notre naissance, nous n’avons pas encore toutes les histoires que nous raconterons plus tard sur nous-mêmes.
Nous avons un corps, des sensations, des besoins, des émotions, une présence.
Puis l’environnement entre en scène.
Notre famille nous transmet sa vision du monde.
L’école nous apprend certaines règles.
La société nous indique ce qui est valorisé ou rejeté.
Nous observons ce qui permet d’être aimé, reconnu, accepté.
Nous découvrons aussi ce qui provoque le conflit, le rejet ou l’insécurité.
Et progressivement, nous nous adaptons.
C’est là que le « je » commence à se fabriquer.
Je suis gentil.
Je suis timide.
Je suis fort.
Je suis nul en maths.
Je dois travailler dur.
Je dois faire plaisir.
Je dois réussir.
Je ne dois pas déranger.
Je dois être utile pour être aimé.
Certaines de ces croyances nous sont transmises explicitement. D’autres se construisent simplement à partir de notre interprétation des expériences vécues.
Et derrière beaucoup d’entre elles se trouve un besoin fondamental :
être en sécurité.
Le personnage que nous construisons n’est donc pas notre ennemi. Il a souvent été une extraordinaire stratégie d’adaptation.
Le problème apparaît lorsque nous continuons à utiliser, à 30, 40, 50 ou 60 ans, un personnage construit pour répondre à un environnement qui n’existe parfois même plus.
Quand le personnage commence à devenir trop étroit
Pendant longtemps, tout peut fonctionner à peu près correctement.
Nous avançons.
Nous travaillons.
Nous construisons une famille.
Nous remplissons nos obligations.
Nous faisons ce que nous avons appris à faire.
Et puis quelque chose commence parfois à grincer.
Une fatigue qui revient sans cesse.
Une perte de sens.
Une impression de tourner en rond.
Un travail que nous supportons de moins en moins.
Une relation dans laquelle nous ne nous reconnaissons plus.
Cette étrange sensation d’avoir peut-être « tout pour être heureux » sans parvenir à ressentir profondément cette joie.
Nous continuons pourtant de dire :
« Je. »
Je veux.
Je dois.
Je pense.
Je suis comme ça.
Mais depuis quel endroit intérieur ce « je » parle-t-il ?
Est-ce réellement moi ?
Ou est-ce encore le personnage qui essaie de maintenir en place tout ce qu’il connaît parce que cela le sécurise ?
Cette question change énormément de choses.
Nous essayons alors de changer le décor
Lorsque nous ne sommes plus bien, notre premier réflexe consiste généralement à regarder l’extérieur.
Nous voulons changer de travail.
Changer de conjoint.
Changer de maison.
Changer de ville.
Créer un nouveau projet.
Trouver une nouvelle méthode.
Faire une nouvelle formation.
Et changer le décor peut évidemment être nécessaire.
Mais si le même « je » voyage d’un décor à l’autre, il risque de recréer progressivement les mêmes situations.
C’est ainsi que nous pouvons changer trois fois de métier et retrouver la même frustration.
Changer plusieurs fois de relation et revivre les mêmes conflits.
Créer plusieurs entreprises et rencontrer toujours les mêmes difficultés.
Parce que nous avons modifié la matière sans nécessairement observer celui qui la crée.
Et c’est là que commence, pour moi, le véritable travail de conscience.
Le problème n’est peut-être pas uniquement ce que je vis. Il peut aussi se trouver dans le « je » à partir duquel je le vis.
Démonter le « je » ne signifie pas le détruire
Je trouve cette nuance fondamentale.
Il ne s’agit pas de partir en guerre contre notre ego.
Parce que vouloir détruire l’ego peut encore devenir un nouveau jeu de l’ego.
Démonter le « je », c’est plutôt apprendre à l’observer.
Quelles sont les croyances que je défends depuis toujours ?
Quels rôles est-ce que je joue ?
Qu’est-ce que j’essaie encore de prouver ?
De qui est-ce que j’attends une reconnaissance ?
Qu’est-ce que je fais uniquement par peur de perdre ?
Quelles décisions est-ce que je prends pour être aimé ?
Où est-ce que je me trahis pour conserver ma sécurité ?
Et surtout :
qui serais-je si je n’avais plus besoin de répondre à toutes ces attentes ?
Nous découvrons alors que certaines caractéristiques que nous pensions être notre personnalité sont parfois des stratégies de protection.
Je ne suis peut-être pas quelqu’un qui « aime tout contrôler ».
J’ai peut-être appris que contrôler me permettait de me sentir en sécurité.
Je ne suis peut-être pas quelqu’un qui « a besoin de travailler énormément ».
J’ai peut-être associé ma valeur à ce que je produis.
Je ne suis peut-être pas quelqu’un qui « ne sait pas dire non ».
J’ai peut-être simplement peur de perdre l’amour ou la reconnaissance de l’autre.
Et lorsque cette compréhension apparaît, quelque chose commence déjà à se détendre.
Plus le faux « je » se détend, moins nous avons besoin de chercher notre valeur à l’extérieur
C’est ici que je retrouve encore cette notion centrale de sécurité intérieure.
Lorsque je ne me sens pas suffisamment sécurisé en moi, je vais naturellement chercher des points d’appui à l’extérieur.
Dans l’argent.
Dans mon statut.
Dans mon couple.
Dans mes enfants.
Dans mes diplômes.
Dans ma réussite.
Dans le regard des autres.
Dans le nombre de personnes qui aiment ce que je fais.
Et cela ne signifie pas que ces choses sont mauvaises.
Le problème commence lorsque j’en ai besoin pour savoir qui je suis.
Parce qu’à ce moment-là, ma sécurité dépend de quelque chose que je ne maîtrise pas complètement.
Et je commence à contrôler.
À attendre.
À avoir peur de perdre.
À me comparer.
À défendre mon personnage.
Alors que plus je retrouve de sécurité à l’intérieur, moins j’ai besoin de construire mon identité à travers ce qui existe autour de moi.
Et le « je » peut progressivement se détendre.
L’authenticité n’est pas quelque chose à fabriquer
Nous entendons beaucoup parler aujourd’hui d’authenticité.
« Sois toi-même. »
« Sois aligné. »
« Montre qui tu es. »
Mais cela peut rapidement devenir une injonction supplémentaire.
Encore quelque chose à réussir.
Pour moi, l’authenticité n’est pas une nouvelle personnalité à construire.
Elle apparaît lorsque nous cessons progressivement d’entretenir celle qui ne nous correspond plus.
Nous n’avons donc pas forcément besoin d’ajouter.
Nous pouvons retirer.
Retirer une croyance qui ne nous appartient plus.
Retirer une obligation.
Retirer un rôle.
Retirer une peur.
Retirer le besoin d’être validé.
Retirer une stratégie de protection devenue inutile.
Et plus nous retirons, plus quelque chose de simple peut apparaître.
Nous n’avons plus autant besoin de convaincre.
Nous n’avons plus autant besoin de nous justifier.
Nous faisons des choix qui ressemblent davantage à ce que nous ressentons profondément.
Nous devenons plus légers parce que nous dépensons moins d’énergie à maintenir un personnage.
Le jeu du J-E et la loi d’attraction
C’est également ici que ma compréhension de la loi d’attraction prend tout son sens.
Je répète souvent :
nous n’attirons pas ce que nous voulons, nous attirons ce que nous sommes.
Mais quel est ce « nous sommes » ?
Si le « je » actif dans ma vie repose principalement sur la peur de manquer, je peux visualiser l’abondance autant que je veux : une partie importante de mes décisions continuera à être influencée par le manque.
Si mon « je » a besoin d’être reconnu, je peux dire vouloir être libre tout en construisant inconsciemment une vie dans laquelle je dépends continuellement du regard des autres.
Si mon « je » a peur de l’inconnu, je peux rêver de changement tout en multipliant les raisons parfaitement rationnelles de rester exactement au même endroit.
Le travail ne consiste donc plus seulement à vouloir quelque chose de différent.
Il consiste à observer qui veut.
Et depuis quelle fréquence intérieure.
C’est là que le réglage se fait à la source.
Le jeu du J-E est finalement un jeu d’incarnation
Je ne considère donc pas le « je » comme une erreur.
Il fait partie de l’expérience.
Nous avons besoin d’une identité pour évoluer dans la matière, entrer en relation, expérimenter, créer et faire des choix.
Le « je » est un costume formidable.
Mais vient peut-être un moment où nous devons nous rappeler qu’il s’agit d’un costume.
Parce que lorsque nous confondons totalement le costume avec celui qui le porte, nous passons notre existence à défendre notre personnage.
Et défendre constamment un personnage demande énormément d’énergie.
Alors que nous pouvons apprendre à jouer autrement.
Avec davantage de conscience.
Davantage de légèreté.
Davantage de sécurité intérieure.
Et probablement beaucoup moins de contrôle.
« Le pouvoir des énergies dans notre vie »
C’est précisément ce que nous explorons pendant mes journées « Le pouvoir des énergies dans notre vie ».
Pas pour vous apprendre qui vous devez devenir.
Encore moins pour fabriquer une nouvelle version « améliorée » de vous-même.
Mais pour observer concrètement le « je » que vous avez construit au fil de votre histoire.
Ses croyances.
Ses protections.
Ses peurs.
Ses automatismes.
Ses besoins de reconnaissance.
Et surtout comprendre comment ce personnage influence encore aujourd’hui vos choix, vos relations, votre activité, votre rapport à l’argent et votre manière d’imaginer votre avenir.
Nous observons.
Nous expérimentons.
Nous ressentons.
Et nous remettons progressivement de la conscience là où fonctionnait auparavant un automatisme.
Parce qu’il ne s’agit peut-être pas de devenir quelqu’un d’autre.
Il s’agit de retirer suffisamment de couches pour retrouver celui ou celle qui était déjà là.
Le jeu continue, mais nous pouvons changer notre manière de jouer
À la fin, nous continuerons évidemment de dire « je ».
Je veux.
Je choisis.
Je ressens.
Je crée.
Mais ce « je » peut progressivement devenir plus habité.
Moins défensif.
Moins dépendant du regard extérieur.
Plus libre.
La vie ne devient pas parfaite pour autant.
Elle continue de bouger, de surprendre et parfois de nous confronter à ce que nous n’avions pas encore vu.
Mais quelque chose change profondément lorsque nous cessons de consacrer autant d’énergie à protéger un personnage.
Nous n’avons plus autant besoin de chercher qui nous sommes.
Nous commençons simplement à le vivre.
Et si le véritable objectif du jeu du J-E était finalement celui-ci :
ne plus passer notre vie à devenir quelqu’un, mais nous sentir suffisamment en sécurité pour oser être pleinement qui nous sommes ?
Stéphane Bride-Bonnot
#TousFormidable












