Travail = instrument de torture à trois pieds

Travail = instrument de torture à trois pieds : et si le problème était surtout notre rapport au travail ?

Un samedi soir, il est 19 h 35.

Je viens de passer une merveilleuse journée avec Véro.

Nous avons revisité Pornichet, profité de la ville, du bord de mer, du coucher de soleil.

À 20 heures, nous recevons du monde et nous allons passer une soirée comme je les aime, dans l’échange et dans l’humain.

Et puis, pendant les vingt minutes qui me restent, une idée me vient.

Écrire.

Pas parce que « je dois travailler ».

Pas parce que j’ai prévu une publication dans mon calendrier éditorial.

Pas parce qu’un expert en marketing m’a expliqué qu’il fallait absolument publier ce samedi à 19 h 35.

Simplement parce que j’en ai envie.

Et cette situation me fait réfléchir à un mot que nous utilisons quotidiennement :

le travail.

Le travail vient-il vraiment d’un instrument de torture ?

Nous avons tous entendu cette histoire.

Le mot « travail » viendrait du latin tripalium, un instrument constitué de trois pieux et présenté régulièrement comme un instrument de torture.

D’où cette formule provocatrice :

travail = instrument de torture à trois pieds.

L’histoire est séduisante, mais l’étymologie exacte et l’évolution du mot sont plus complexes et discutées. Il faut donc éviter d’en faire une démonstration historique définitive.

Mais ce qui m’intéresse n’est finalement pas tellement l’étymologie.

C’est ce que le mot « travail » évoque en nous.

Lorsque vous entendez :

« Demain, il faut retourner travailler »,

que ressentez-vous ?

De l’enthousiasme ?

De la curiosité ?

De l’indifférence ?

Ou déjà une contraction ?

Parce que pour énormément de personnes, le travail reste associé à l’effort, à l’obligation, au temps que l’on donne en échange d’un salaire et parfois à quelque chose qu’il faudra supporter jusqu’à la retraite.

Et cette représentation mérite d’être questionnée.

Pourquoi attendons-nous la retraite pour vivre ?

Les débats autour des retraites provoquent toujours énormément de réactions.

C’est compréhensible.

L’âge de départ, le montant des pensions, la pénibilité de certains métiers et la durée des carrières sont de véritables questions sociales, économiques et politiques.

Mais derrière ces débats, j’entends parfois autre chose :

« Combien d’années me reste-t-il avant d’être enfin libre ? »

Et cette phrase me questionne profondément.

Parce qu’elle signifie que nous avons parfois organisé notre existence de cette manière :

je travaille pendant plusieurs décennies ;

puis, lorsque j’aurai enfin terminé, je commencerai à profiter de ma vie.

Mais pourquoi la liberté devrait-elle commencer à la retraite ?

Lorsque notre métier devient quelque chose à supporter

Tous les métiers ne peuvent évidemment pas être exercés jusqu’à 80 ans.

Certains sont physiquement très difficiles.

Certains exposent à des contraintes importantes.

Et tout le monde n’a pas la possibilité immédiate de transformer une passion en activité professionnelle.

Il serait donc beaucoup trop facile de dire à quelqu’un qui souffre au travail :

« Tu n’as qu’à faire ce que tu aimes. »

La réalité est plus complexe.

Nous avons des charges.

Des familles.

Des crédits.

Des responsabilités.

Des compétences acquises dans certains domaines.

Et parfois peu de marge de manœuvre à court terme.

Mais reconnaître ces contraintes ne nous interdit pas de poser une autre question :

« Est-ce que je veux réellement vivre ainsi pendant les dix, quinze ou vingt prochaines années ? »

La sécurité extérieure peut devenir une prison intérieure

Pourquoi restons-nous parfois pendant des années dans un travail qui ne nous correspond plus ?

Parce qu’il apporte quelque chose d’essentiel :

de la sécurité.

Un salaire tombe chaque mois.

Nous connaissons notre environnement.

Nous savons faire notre travail.

Nous possédons un statut.

Nous avons peut-être acquis une certaine reconnaissance.

Quitter cette situation signifie entrer dans l’inconnu.

Et l’inconnu peut faire peur.

C’est précisément ici que je retrouve la sécurité intérieure.

Lorsque toute notre sécurité dépend de notre emploi, perdre celui-ci peut donner l’impression de perdre beaucoup plus qu’un revenu.

Qui suis-je sans mon métier ?

Que vais-je devenir ?

Est-ce que j’ai encore de la valeur si je n’ai plus ce statut ?

Est-ce que je suis capable de faire autre chose ?

La retraite peut également faire tomber une identité

Nous présentons généralement la retraite comme une libération.

Enfin du temps.

Enfin la possibilité de profiter.

Et pour beaucoup, elle l’est réellement.

Mais elle peut également être déstabilisante.

Pendant trente ou quarante ans, une personne a pu répondre à la question « Qui êtes-vous ? » par son métier.

Puis, du jour au lendemain, ce statut disparaît.

Plus de collègues.

Plus de fonction.

Plus de rythme professionnel.

Parfois moins de reconnaissance sociale.

Lorsque toute notre identité s’est construite autour de notre travail, la transition peut devenir difficile.

La question n’est donc pas seulement de préparer financièrement sa retraite.

Elle peut aussi être :

« Qui suis-je en dehors de ce que je fais professionnellement ? »

Et si nous n’attendions pas la fin de carrière ?

Je trouve beaucoup plus intéressant de commencer à nous poser cette question avant.

Pas à 64 ans.

Maintenant.

Qu’est-ce que j’aime réellement faire ?

Qu’est-ce qui me donne de l’énergie ?

Qu’est-ce que je voudrais continuer à faire même si personne ne m’obligeait à le faire ?

Quelles compétences ai-je développées ?

Comment pourrais-je les utiliser autrement ?

Quelle place ai-je envie de donner au travail dans ma vie ?

Il ne s’agit pas nécessairement de tout quitter.

Une transformation professionnelle peut commencer très progressivement.

Une formation.

Une activité complémentaire.

Une réduction du temps de travail lorsqu’elle est possible.

Un projet testé quelques heures par semaine.

Une évolution interne.

Une nouvelle manière d’exercer le même métier.

La sécurité intérieure ne consiste pas à prendre des risques inconsidérés.

Elle permet plutôt de ne plus exiger une garantie absolue avant d’explorer une autre possibilité.

Mon propre rapport au travail a profondément changé

Pendant longtemps, j’ai énormément travaillé.

J’ai développé.

Entrepris.

Cherché à réussir.

Et j’ai fini par comprendre qu’une partie de cette ambition répondait chez moi à quelque chose de beaucoup plus profond.

Un besoin de reconnaissance.

Le besoin de prouver, notamment à mon père, que je n’étais pas un « bon à rien ».

Le travail n’était donc plus seulement du travail.

Il était devenu un moyen de prouver ma valeur.

Et lorsqu’un résultat professionnel sert à répondre à une question aussi profonde, il n’y en a jamais assez.

Il faut réussir davantage.

Gagner davantage.

Être davantage reconnu.

Jusqu’à l’épuisement.

La sécurité intérieure change la fonction du travail

C’est probablement l’un des changements les plus importants de mon parcours.

Lorsque je n’ai plus besoin que mon activité professionnelle me prouve constamment que j’ai de la valeur, je peux commencer à choisir autrement.

Combien ai-je réellement besoin de gagner ?

Combien de temps ai-je envie de travailler ?

Qu’est-ce que j’aime réellement faire ?

Qu’est-ce que je continue uniquement par habitude ?

Quel modèle de vie est-ce que je veux construire ?

Le travail redevient alors un élément de ma vie.

Il n’est plus toute ma vie.

Faire de sa passion un métier : oui, mais avec discernement

Je continue à aimer l’idée d’un métier passion.

Une activité que nous avons envie d’exercer.

Une activité dans laquelle nous pouvons continuer à transmettre, créer ou contribuer aussi longtemps que nous en avons l’envie et les capacités.

Mais une passion transformée en métier rencontre elle aussi une réalité.

Des clients.

Des revenus.

Des charges.

Des contraintes administratives.

Des périodes plus faciles que d’autres.

Faire ce que nous aimons ne supprime donc pas toutes les difficultés.

En revanche, nous pouvons chercher un modèle professionnel dans lequel les contraintes ne prennent pas toute la place.

Loi de Pareto, moindre effort et instant présent

Dans mon propre parcours, j’ai exploré différentes philosophies.

La loi de Pareto m’a aidé à regarder quelles actions produisaient réellement l’essentiel de mes résultats.

La loi du moindre effort m’a conduit à questionner cette croyance selon laquelle quelque chose n’aurait de valeur que si nous avons souffert pour l’obtenir.

La loi d’attraction appartient à ma lecture spirituelle de l’existence et m’a amené à observer l’état intérieur depuis lequel je construis mes projets.

Les enseignements d’Eckhart Tolle sur la présence m’ont également beaucoup marqué.

Je ne considère pas ces approches comme des garanties permettant d’obtenir automatiquement ce que nous voulons.

Je les utilise comme des grilles de réflexion pour construire une vie qui me correspond davantage.

Il n’est peut-être pas nécessaire d’attendre

Vous avez peut-être encore cinq ans de carrière.

Dix ans.

Vingt ans.

Peut-être aimez-vous profondément votre métier.

Alors il n’y a rien à changer.

Mais si chaque lundi matin est devenu une souffrance et que toute votre vie professionnelle consiste à compter les années qui vous séparent de la retraite, il y a peut-être quelque chose à regarder.

Pas nécessairement pour démissionner demain.

Mais pour commencer à récupérer du choix.

Parce que le véritable enjeu n’est peut-être pas :

« À quel âge vais-je enfin pouvoir arrêter de travailler ? »

Il pourrait être :

« Comment puis-je construire dès maintenant une vie dans laquelle je n’ai plus besoin d’attendre la retraite pour commencer à me sentir vivant ? »

Et derrière cette question, il y en a une autre, encore plus profonde :

« Depuis quel endroit intérieur est-ce que je conserve aujourd’hui mon travail : parce qu’il correspond encore à la vie que je veux, ou parce que je ne me sens pas suffisamment en sécurité pour imaginer qu’une autre manière de vivre puisse être possible ? »

Stéphane Bride-Bonnot

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Stéphane Bride-Bonnot coach loi d'attraction
Stéphane Bride-Bonnot coach loi d'attraction

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