La méditation guidée
Méditation guidée ou silence : savez-vous encore rester seul avec vous-même ?
Il y a aujourd’hui un véritable phénomène autour de la méditation.
YouTube, applications, podcasts, stages, retraites, méditations guidées pour dormir, pour lâcher prise, pour attirer l’abondance, pour calmer l’anxiété, pour retrouver confiance en soi…
Il suffit de taper « méditation » sur Internet pour trouver quelqu’un prêt à nous accompagner.
Et je n’ai rien contre cela.
Une méditation guidée peut aider à ralentir, à porter son attention sur sa respiration, à détendre son corps ou simplement à découvrir une pratique que nous ne connaissons pas.
Mais il y a une question que je trouve beaucoup plus intéressante :
Que se passe-t-il lorsque la voix s’arrête ?
Sommes-nous encore capables de rester dans le silence ?
Parce qu’une méditation guidée reste, par définition, guidée.
Quelqu’un parle.
Nous écoutons.
Quelqu’un nous propose de respirer d’une certaine manière, d’imaginer quelque chose, de porter notre attention à un endroit précis.
Cette personne nous transmet nécessairement une manière de faire qui repose sur ses connaissances, son expérience et sa propre vision.
Cela peut être utile.
Mais nous sommes encore en train de recevoir quelque chose de l’extérieur.
Et c’est précisément là que je vois une différence fondamentale avec le silence.
Dans le silence, personne ne vous dit où aller.
Personne ne vous explique ce que vous devriez ressentir.
Personne ne vous demande de visualiser une lumière blanche, une plage, votre enfant intérieur ou votre vie idéale.
Il reste vous.
Et parfois, c’est beaucoup plus inconfortable.
Pourquoi avons-nous autant besoin de remplir le silence ?
Essayez simplement.
Installez-vous quelque part dans la nature pendant une heure.
Sans téléphone.
Sans écouteurs.
Sans musique.
Sans podcast.
Sans livre.
Sans méditation guidée.
Sans chercher non plus à réaliser parfaitement un exercice spirituel.
Et observez.
Au bout de quelques minutes, le mental risque de commencer son festival.
« Combien de temps ça fait ? »
« Il faudrait que je réponde à ce message. »
« Je suis en train de perdre mon temps. »
« Tiens, j’ai oublié de faire ça. »
« Est-ce que je médite correctement ? »
« Qu’est-ce que je suis censé ressentir ? »
Et c’est là, justement, que l’expérience devient intéressante.
Parce que nous découvrons peut-être quelque chose que nous masquons continuellement par le bruit et l’activité.
Nous avons parfois beaucoup de mal à être simplement avec nous-mêmes.
Le développement personnel peut lui aussi devenir une fuite
C’est un paradoxe que j’observe depuis longtemps.
Nous pouvons passer énormément de temps à « travailler sur nous » sans réellement passer beaucoup de temps avec nous.
Nous lisons un livre.
Nous regardons une vidéo.
Nous écoutons un podcast.
Nous faisons une méditation guidée.
Nous suivons une formation.
Nous regardons ensuite une autre vidéo qui nous explique différemment ce que disait la précédente.
Nous accumulons du savoir sur nous-mêmes.
Mais pendant tout ce temps, nous continuons à recevoir de l’information.
Nous cherchons encore quelqu’un qui va nous expliquer comment fonctionner.
Et finalement, le développement personnel peut devenir une nouvelle manière de chercher notre sécurité à l’extérieur.
Une nouvelle méthode.
Un nouvel expert.
Un nouvel outil.
Une nouvelle réponse.
Alors que la question pourrait être beaucoup plus simple :
Est-ce que je me sens suffisamment en sécurité pour ne plus chercher de réponse pendant quelque temps ?
Le silence peut devenir un révélateur
Lorsque nous supprimons progressivement les sollicitations extérieures, il peut se passer quelque chose d’intéressant.
Nous commençons à observer.
Notre respiration.
Notre corps.
Nos tensions.
Nos pensées.
Nos émotions.
Nos envies de nous lever.
Notre besoin de vérifier l’heure.
Notre difficulté à ne rien produire.
Et nous découvrons parfois que derrière notre agitation permanente se cache une forme d’insécurité.
Faire nous rassure.
Chercher nous rassure.
Comprendre nous rassure.
Écouter quelqu’un nous rassure.
Parce que tant que quelqu’un nous indique le chemin, nous n’avons pas complètement à faire confiance à ce que nous ressentons.
Le silence enlève progressivement ces béquilles.
Il ne donne pas nécessairement immédiatement une réponse.
Il crée simplement un espace dans lequel nous pouvons commencer à nous entendre.
Une méditation guidée n’est donc pas « mauvaise »
Je ne pense pas que le sujet doive devenir une nouvelle guerre entre ceux qui méditent avec YouTube et ceux qui méditent seuls dans une forêt.
Ce serait assez cocasse de transformer la méditation en nouveau motif de séparation.
Une méditation guidée peut constituer une porte d’entrée.
Elle peut permettre d’apprendre certaines pratiques.
Elle peut apporter un moment d’apaisement.
Et différentes formes de méditation font aujourd’hui l’objet de recherches scientifiques pour leurs effets possibles sur le stress, l’attention ou le bien-être.
Mais être guidé et apprendre à être seul dans le silence ne développent pas nécessairement la même relation à soi.
Et c’est cette deuxième expérience que je trouve particulièrement intéressante.
La sécurité intérieure commence peut-être lorsque personne ne nous guide
Pendant longtemps, lorsque quelque chose ne va pas, notre réflexe peut être de chercher.
Pourquoi est-ce que je ressens ça ?
Quelle est ma blessure ?
Quelle méthode utiliser ?
Quelle vidéo regarder ?
Quel thérapeute consulter ?
Quelle méditation faire ?
Certaines aides extérieures sont évidemment précieuses, et parfois indispensables.
Mais il existe également des moments où nous pouvons arrêter de chercher.
Sortir.
Marcher.
Nous asseoir.
Respirer.
Observer.
Et ne rien demander.
Parce que développer sa sécurité intérieure, c’est aussi apprendre progressivement à ne pas avoir besoin qu’une voix extérieure remplisse chaque espace laissé vacant.
C’est retrouver la capacité d’écouter ce qui se passe en nous sans immédiatement vouloir le corriger.
Alors la prochaine fois que vous lancerez une méditation guidée, essayez peut-être autre chose.
Éteignez-la après quelques minutes.
Et restez là.
Sans chercher à réussir votre méditation.
Sans chercher une expérience extraordinaire.
Sans attendre une révélation.
Juste vous, votre respiration et le silence.
Puis observez cette question :
Que se passe-t-il en moi lorsque plus personne ne me dit quoi faire ?
La réponse pourrait vous apprendre beaucoup sur votre propre sécurité intérieure.
Nous sommes #TousFormidable.












