Comment remonter l’estime de soi ?
Estime de soi : pourquoi l’écart entre qui vous êtes et qui vous voudriez être peut vous faire souffrir
L’estime de soi est souvent présentée comme le fait de « s’aimer ».
Je trouve cette définition un peu courte.
Une manière intéressante de comprendre l’estime de soi consiste à observer la distance qui existe entre l’image que nous avons de nous-mêmes et la personne que nous pensons devoir être pour avoir de la valeur.
D’un côté, il y a donc celui ou celle que je crois être aujourd’hui.
De l’autre, mon idéal.
La personne que je voudrais devenir.
Plus belle.
Plus riche.
Plus libre.
Plus cultivée.
Plus mince.
Plus sportive.
Plus performante.
Plus reconnue.
Plus sereine.
Plus spirituelle.
Plus heureuse.
Le problème n’est pas d’avoir envie d’évoluer.
Le problème apparaît lorsque l’écart entre ces deux représentations devient tellement important que la personne que nous sommes aujourd’hui nous paraît insuffisante.
Et derrière cette sensation d’insuffisance se cache souvent un enjeu fondamental de sécurité intérieure.
« Je serai suffisamment bien quand… »
Observez les phrases que nous pouvons nous raconter intérieurement :
« Je serai fier de moi quand j’aurai réussi. »
« Je serai bien quand j’aurai perdu dix kilos. »
« Je me sentirai légitime lorsque je gagnerai davantage d’argent. »
« Je pourrai être heureux lorsque j’aurai rencontré quelqu’un. »
« J’aurai confiance en moi lorsque mon projet fonctionnera. »
Toutes ces phrases ont un point commun.
Elles conditionnent notre valeur présente à l’obtention d’un résultat futur.
Je ne suis donc pas encore suffisamment bien.
Mais peut-être qu’un jour, si j’obtiens ce que je recherche, je pourrai enfin me sentir à la hauteur.
Et c’est une course qui peut durer longtemps.
Parce qu’une fois l’objectif atteint, notre cerveau est parfaitement capable d’en inventer un nouveau.
Le Soi idéal peut devenir une source permanente d’insécurité
Avoir des ambitions n’est évidemment pas un problème.
Vouloir évoluer non plus.
Je peux vouloir améliorer ma condition physique, développer mon entreprise, gagner davantage d’argent ou apprendre quelque chose de nouveau.
Mais depuis quel endroit intérieur est-ce que je poursuis cet objectif ?
C’est pour moi une question fondamentale.
Est-ce que je cherche à progresser parce que cette évolution me fait envie ?
Ou est-ce que j’essaie désespérément de devenir quelqu’un d’autre parce que je considère que la personne que je suis aujourd’hui n’est pas suffisante ?
Extérieurement, les actions peuvent être exactement les mêmes.
Intérieurement, elles ne racontent pas du tout la même histoire.
Dans un cas, j’évolue depuis une base suffisamment sécurisée.
Dans l’autre, je cours après une version de moi-même qui, je l’espère, finira par mériter l’amour, la reconnaissance ou la validation.
La comparaison fausse notre perception
Le problème devient encore plus important lorsque notre idéal est construit en observant les autres.
Nous comparons alors notre corps à celui d’une autre personne.
Notre entreprise à celle d’un entrepreneur qui semble réussir.
Notre couple à celui que nous observons sur les réseaux sociaux.
Nos vacances.
Notre maison.
Notre niveau de vie.
Notre façon d’éduquer nos enfants.
Notre parcours professionnel.
Notre développement personnel.
Et nous pouvons même finir par nous comparer sur notre niveau de bonheur.
Mais que comparons-nous réellement ?
Très souvent, notre réalité complète avec une fraction visible de la réalité de quelqu’un d’autre.
Nous connaissons nos peurs.
Nos problèmes financiers.
Nos disputes.
Nos moments de solitude.
Nos doutes.
Nos échecs.
Nos réveils difficiles.
En revanche, nous ne voyons généralement de l’autre que ce qu’il donne à voir.
La comparaison est donc biaisée dès le départ.
Derrière la comparaison se cache souvent une recherche de sécurité
Pourquoi nous comparons-nous autant ?
Parce que regarder les autres nous donne des repères.
« Est-ce que je suis normal ? »
« Est-ce que je fais suffisamment bien ? »
« Est-ce que j’ai réussi ma vie ? »
« Est-ce que je suis au bon endroit ? »
« Est-ce que les autres vont m’accepter ? »
Lorsque notre sécurité intérieure est fragile, l’environnement devient notre système de mesure.
Nous cherchons constamment à vérifier notre valeur à l’extérieur.
Un compliment nous rassure.
Une critique nous déstabilise.
Un concurrent qui réussit nous fait douter.
Une personne qui nous rejette peut remettre en question l’image entière que nous avons de nous-mêmes.
Notre estime monte et descend alors au rythme des réactions extérieures.
C’est épuisant.
Regardez aussi ce que vous avez déjà traversé
Il existe un exercice extrêmement simple que j’aime proposer.
Regardez dans le rétroviseur.
Pas pour ruminer votre passé.
Pas pour dresser la liste de vos erreurs.
Cherchez plutôt les moments où vous avez été fier de vous.
Vous avez peut-être élevé des enfants.
Traversé une séparation.
Créé quelque chose.
Appris un métier.
Aidé quelqu’un.
Pris une décision difficile.
Surmonté une période compliquée.
Osé dire non.
Recommencé après un échec.
Fait preuve de courage à un moment où personne ne le voyait.
Nous avons tendance à banaliser ce que nous avons réussi parce que nous connaissons déjà la fin de l’histoire.
Pourtant, la personne que vous étiez au début de certaines périodes de votre vie ne savait absolument pas comment elle allait s’en sortir.
Et elle a avancé.
Regarder cela permet de rééquilibrer l’image que nous avons de nous-mêmes.
Attention aux mots qui touchent directement l’identité
Il existe ensuite un autre élément fondamental dans la construction de l’estime de soi : les marques d’attention que nous recevons et que nous donnons.
Il existe une différence importante entre parler d’un comportement et parler de l’identité d’une personne.
Dire à un enfant :
« Tu as renversé ton verre »
n’a pas le même impact que :
« Tu es maladroit. »
Dire :
« Ce travail comporte plusieurs erreurs »
n’est pas la même chose que :
« Tu es nul. »
Dans le premier cas, nous parlons de quelque chose qui s’est produit.
Dans le second, nous transformons un comportement ou un résultat en définition de la personne.
Et lorsque ces messages sont répétés, particulièrement pendant l’enfance, ils peuvent progressivement participer à la construction de l’image de soi.
« Je suis maladroit. »
« Je suis nul en maths. »
« Je suis trop sensible. »
« Je suis incapable de finir quelque chose. »
« Je ne suis pas intéressant. »
Ces petites phrases peuvent ensuite devenir des vérités intérieures que nous ne pensons même plus à questionner.
Le plus important est parfois ce que vous vous dites à vous-même
Il y a les paroles reçues des autres.
Puis il y a celles que nous avons fini par reprendre à notre compte.
Observez votre dialogue intérieur lorsqu’une chose ne fonctionne pas.
« Quel con ! »
« Je suis vraiment nul. »
« Je n’y arriverai jamais. »
« Je suis incapable de faire ça. »
Nous pouvons devenir avec nous-mêmes beaucoup plus violents que nous ne l’accepterions avec quelqu’un que nous aimons.
Et là encore, nous attaquons souvent notre identité pour commenter une simple action.
Vous avez échoué à quelque chose ?
Vous avez échoué à quelque chose.
Cela ne signifie pas que vous êtes un échec.
Vous avez fait une erreur ?
Vous avez fait une erreur.
Cela ne signifie pas que vous êtes mauvais.
Cette distinction paraît simple.
Elle change pourtant profondément notre rapport à nous-mêmes.
Se féliciter n’est pas devenir prétentieux
Nous avons parfois appris qu’il fallait rester humble.
Ne pas trop parler de ses réussites.
Ne pas trop être fier de soi.
Attendre que les compliments viennent des autres.
Mais pourquoi notre reconnaissance devrait-elle toujours dépendre d’une personne extérieure ?
Vous avez fait quelque chose dont vous êtes fier ?
Reconnaissez-le.
Vous avez tenu un engagement envers vous-même ?
Félicitez-vous.
Vous avez osé poser une limite ?
Prenez-en conscience.
Vous avez essayé quelque chose de nouveau même si le résultat n’est pas parfait ?
Reconnaissez le courage qu’il a fallu.
Il ne s’agit pas de se raconter que nous sommes extraordinaires dans tous les domaines.
Il s’agit d’avoir une vision plus juste de nous-mêmes.
Une estime plus stable développe la sécurité intérieure
Pour moi, l’objectif n’est donc pas d’avoir une estime de soi artificiellement élevée.
Il est de construire une estime suffisamment stable pour ne plus avoir besoin de vérifier notre valeur toutes les cinq minutes dans le regard des autres.
Je peux recevoir une critique sans considérer que toute ma personne est remise en question.
Je peux rencontrer quelqu’un de plus performant que moi sans me sentir inférieur.
Je peux échouer sans perdre ma valeur.
Je peux vouloir évoluer sans mépriser celui que je suis aujourd’hui.
Je peux admirer quelqu’un sans avoir besoin de devenir cette personne.
Et surtout, je peux reconnaître que je suis encore en construction sans considérer que je dois être « réparé ».
C’est peut-être là que commence une véritable sécurité intérieure.
Non pas lorsque nous devenons enfin cette personne idéale que nous poursuivions depuis des années.
Mais lorsque nous pouvons regarder la personne que nous sommes aujourd’hui, avec ses qualités, ses limites, ses réussites, ses contradictions et son histoire, et lui accorder suffisamment de valeur pour continuer à avancer sans avoir constamment besoin de prouver qu’elle mérite sa place.
Alors regardez dans votre propre rétroviseur.
De quoi êtes-vous sincèrement fier aujourd’hui, que vous oubliez peut-être de reconnaître chez vous ?
Nous sommes #TousFormidable.












