Seul l’amour fait prendre conscience
La prise de conscience : comprendre ne suffit pas pour changer
La prise de conscience n’est pas quelque chose de simple.
Je me suis souvent demandé pourquoi certaines personnes semblent avoir un déclic presque instantanément alors que d’autres peuvent entendre cent fois la même chose sans que rien ne change réellement dans leur vie.
Nous pouvons expliquer, argumenter, montrer les conséquences d’un comportement, partager des études, raconter notre expérience ou tenter de convaincre.
Et pourtant, rien ne garantit qu’une transformation aura lieu.
Parce qu’il existe une différence fondamentale entre recevoir une information et prendre conscience de quelque chose.
L’information nourrit le mental.
La prise de conscience, elle, vient modifier notre regard suffisamment profondément pour que nous ne puissions plus tout à fait continuer comme avant.
Et c’est probablement là que commence une véritable transformation.
On ne peut pas prendre conscience à la place de quelqu’un
Prenons quelque chose de très simple : jeter un mégot par terre.
Nous pouvons expliquer les conséquences environnementales. Installer des panneaux. Multiplier les campagnes de sensibilisation. Créer des interdictions et prévoir des sanctions.
Tout cela peut être utile et nécessaire collectivement.
Mais la règle extérieure et la transformation intérieure sont deux mécanismes différents.
Une personne peut respecter une règle uniquement parce qu’elle a peur de l’amende. Si cette peur disparaît, le comportement peut revenir.
Une autre peut arriver à un endroit où jeter son mégot dans la nature devient intérieurement inconcevable.
Personne n’a besoin de la surveiller.
Quelque chose a changé dans son rapport à son environnement.
C’est cela qui m’intéresse dans la prise de conscience : le moment où nous n’avons plus autant besoin d’une contrainte extérieure parce qu’une nouvelle référence existe à l’intérieur.
Nous retrouvons ici la question de la sécurité intérieure.
La contrainte extérieure ne crée pas nécessairement une transformation intérieure
Nous vivons entourés de règles.
Certaines sont indispensables à la vie collective.
Mais aucune loi ne peut, à elle seule, créer de la conscience.
Nous pouvons obliger quelqu’un à ralentir sur la route. Nous ne pouvons pas l’obliger à prendre conscience de la fragilité d’une vie humaine.
Nous pouvons interdire certains comportements envers les animaux. Nous ne pouvons pas imposer l’empathie.
Nous pouvons réglementer la protection des forêts, la gestion des déchets ou la consommation de certaines ressources. Nous ne pouvons pas décréter par une loi que chacun ressentira profondément son appartenance au vivant.
C’est la limite de la transformation par l’extérieur.
Et nous retrouvons exactement le même phénomène dans nos vies personnelles.
Nous pouvons dire cent fois à quelqu’un qu’il devrait quitter un travail qui le détruit, mieux dormir, prendre soin de son corps, modifier une habitude ou sortir d’une relation qui le fait souffrir.
Tant que quelque chose n’a pas bougé à l’intérieur de lui, nos paroles risquent de rester des paroles.
Mais attention à ne pas transformer la conscience en jugement
Il existe néanmoins un piège que je trouve important d’éviter.
Lorsque nous commençons à modifier notre propre manière de vivre, nous pouvons rapidement regarder ceux qui n’ont pas fait les mêmes choix en considérant qu’ils sont « moins conscients ».
Celui-ci mange mal.
Celui-là conduit un SUV.
L’un passe trop de temps devant les écrans.
L’autre consomme trop, ne fait pas suffisamment de sport ou ne respecte pas son sommeil.
Et sans nous en rendre compte, notre recherche d’amour et de conscience peut devenir un nouvel espace de jugement.
Or les choix humains sont complexes.
Nous n’avons pas tous la même histoire, les mêmes ressources, les mêmes contraintes, les mêmes connaissances ni les mêmes priorités.
La prise de conscience qui libère n’est donc pas celle qui me permet d’expliquer aux autres comment ils devraient vivre.
C’est celle qui m’oblige à regarder avec davantage de lucidité comment, moi, je suis en train de vivre.
La sécurité intérieure, c’est récupérer notre marge d’action
J’ai longtemps parlé de reprendre son pouvoir créateur.
Je continue à trouver cette idée importante à condition de bien la distinguer de la culpabilisation.
Nous pouvons réellement être victimes d’un accident, d’une injustice, d’une violence, d’une décision prise par quelqu’un d’autre ou d’événements que nous n’avons absolument pas choisis.
Reconnaître cela n’est pas être dans le déni.
La question de la responsabilité commence ailleurs :
Quelle marge d’action me reste-t-il aujourd’hui ?
Je ne suis pas responsable de tout ce qui m’arrive.
Mais je peux progressivement devenir responsable de la manière dont je vais répondre à ce qui m’arrive.
Et plus ma sécurité intérieure se développe, plus cette marge de liberté peut grandir.
Je peux arrêter d’attendre que quelqu’un change pour commencer à vivre.
Je peux arrêter de remettre systématiquement mon bien-être entre les mains d’une personne, d’un employeur, d’une relation ou d’une circonstance extérieure.
Je récupère progressivement ma capacité à choisir.
Et si nous regardions le vivant autrement ?
Il existe une image très simple qui peut nous aider.
Imaginez un bébé de six mois.
Lorsque nous regardons cet enfant, notre premier mouvement est généralement de vouloir le protéger.
Nous voulons lui offrir une nourriture adaptée, un environnement sûr, du repos, de l’attention et de l’affection.
Nous n’avons pas besoin d’une longue démonstration intellectuelle pour comprendre cela.
Quelque chose en nous reconnaît spontanément la fragilité et la valeur de ce vivant.
Alors une question devient intéressante : sommes-nous capables de porter progressivement ce même regard sur nous-mêmes ?
Prendre soin de notre sommeil parce que notre corps compte.
Observer ce que nous mangeons sans tomber dans l’obsession.
Respecter nos limites.
Ne plus sacrifier systématiquement notre existence dans des situations qui nous détruisent.
Et peut-être élargir ensuite cette attention aux autres, aux animaux, aux rivières, aux forêts et à l’environnement dans lequel nous vivons.
Non pas parce que nous devons devenir parfaits.
Mais parce que nous commençons à ressentir davantage la valeur de ce que nous touchons.
La transformation commence lorsque le choix devient différent
Nous pouvons lire tous les livres du monde sur l’écologie, l’amour, la spiritualité ou le développement personnel.
Nous pouvons regarder des milliers d’heures de vidéos.
Mais la véritable question reste extrêmement concrète :
Qu’est-ce que cette compréhension change dans mes choix ?
Une prise de conscience profonde finit par produire un déplacement.
Quelque chose que nous acceptions devient difficile à accepter.
Un comportement automatique devient visible.
Une décision que nous prenions par peur commence à nous interroger.
Et progressivement, nous choisissons autrement.
Pour moi, c’est à cet endroit que l’amour et la sécurité intérieure se rejoignent.
Plus je me sens en sécurité à l’intérieur de moi, moins j’ai besoin de me protéger en permanence contre le monde, de contrôler les autres ou d’obtenir d’eux ce qui me manque.
Je peux alors consacrer davantage d’énergie à prendre soin plutôt qu’à me défendre.
Prendre soin de moi, des autres et du vivant.
La prise de conscience n’est donc peut-être pas le moment où nous savons davantage de choses.
C’est le moment où ce que nous avons compris devient suffisamment vivant en nous pour que nous commencions naturellement à agir autrement.
Nous sommes #TousFormidable.












