Comment vous présentez-vous ?

Votre histoire de vie n’est pas toute votre histoire

Nous passons une partie de notre vie à raconter notre histoire.

Quand nous rencontrons quelqu’un, nous sélectionnons quelques morceaux de notre passé pour expliquer qui nous sommes aujourd’hui.

Notre enfance.

Nos parents.

Notre adolescence.

Nos relations amoureuses.

Nos réussites.

Nos échecs.

Nos blessures.

Nos séparations.

Nos difficultés professionnelles.

Et sans forcément nous en rendre compte, nous prenons quelques événements parmi les milliers que nous avons vécus, nous les mettons bout à bout et nous construisons une histoire cohérente.

Puis nous disons :

« Voilà qui je suis. »

Mais est-ce réellement qui nous sommes ?

Ou simplement une version de notre histoire que nous avons tellement racontée qu’elle est devenue notre identité ?

Nous sélectionnons les morceaux qui confirment ce que nous croyons déjà

Prenons mon propre exemple.

Je pourrais raconter mon enfance en commençant par certaines paroles de mon père qui m’ont profondément marqué.

Je pourrais parler des moments où je ne me suis pas senti reconnu.

Des difficultés que j’ai rencontrées.

Des périodes pendant lesquelles je me suis senti incompris.

Je pourrais ensuite sélectionner quelques événements difficiles de mon adolescence, poursuivre avec mes échecs professionnels, mes problèmes relationnels et arriver jusqu’à mon burn-out de 2016.

Mis bout à bout, tous ces événements pourraient raconter l’histoire d’un homme qui a beaucoup souffert.

Et tout serait vrai.

Je n’aurais rien inventé.

Mais je pourrais reprendre exactement la même existence et sélectionner d’autres morceaux.

Les moments où j’ai été soutenu.

Les personnes qui m’ont tendu la main.

Les risques que j’ai osé prendre.

Ma capacité à entreprendre.

Les moments de joie.

Les rencontres extraordinaires.

Tout ce que mes expériences professionnelles m’ont appris.

Ma capacité à rebondir.

Tout ce que j’ai construit après 2016.

Et là encore, tout serait vrai.

Même homme.

Même naissance.

Même famille.

Même existence.

Mais une histoire complètement différente.

Alors laquelle est la bonne ?

Probablement aucune des deux lorsqu’elle prétend raconter toute ma vie.

Parce qu’une existence humaine est beaucoup trop complexe pour tenir dans quelques anecdotes.

Nous avons vécu des milliers de journées.

Rencontré des centaines ou des milliers de personnes.

Éprouvé une quantité phénoménale d’émotions.

Connu des moments difficiles et d’autres extraordinaires.

Pourtant, lorsque nous racontons notre histoire, nous sélectionnons une poignée de souvenirs.

Pourquoi ceux-là ?

C’est là que cela devient intéressant.

Parce que nous avons tendance à remarquer et à retenir davantage les éléments qui correspondent déjà à la représentation que nous avons de nous-mêmes.

Si je me considère abandonné, je trouverai dans mon histoire des preuves d’abandon.

Si je me considère malchanceux, je pourrai construire un magnifique dossier démontrant que la vie s’est acharnée contre moi.

Si je considère que personne ne me reconnaît à ma juste valeur, je trouverai probablement vingt anecdotes pour le prouver.

Mais si je cherche les moments où j’ai été aimé, soutenu, reconnu ou encouragé, j’en trouverai probablement aussi.

Cela ne signifie pas nier ce qui a été difficile.

Cela signifie simplement arrêter de confondre une sélection d’événements avec la totalité de notre existence.

Notre histoire peut devenir notre sécurité

Pourquoi nous accrochons-nous autant à certaines histoires ?

Parce qu’une identité, même douloureuse, possède un avantage considérable : elle est connue.

Je sais qui je suis.

Je sais pourquoi je souffre.

Je sais pourquoi mes relations ne fonctionnent pas.

Je sais pourquoi je n’avance pas.

Je sais pourquoi je manque de confiance.

Je sais pourquoi je réagis ainsi.

Et à force de raconter cette histoire, elle devient familière.

Elle peut même devenir rassurante.

Pas parce qu’elle nous rend heureux.

Mais parce qu’elle donne une explication à ce que nous vivons.

Et lorsque notre sécurité intérieure est fragile, abandonner cette histoire peut être vertigineux.

Parce que si je ne suis plus « celui qui a été abandonné », qui suis-je ?

Si je ne suis plus « celle qui attire toujours les mauvaises personnes », qui suis-je ?

Si je ne suis plus « celui qui manque de confiance depuis son enfance », qu’est-ce que je fais maintenant ?

Nous pouvons ainsi vouloir nous libérer de notre passé tout en continuant quotidiennement à raconter l’histoire qui nous y rattache.

Il y a aussi ce que nous cherchons chez l’autre

Lorsque nous racontons certaines parties de notre existence, nous ne transmettons pas seulement des informations.

Nous cherchons parfois une réaction.

De la compassion.

De la reconnaissance.

De l’admiration.

De l’attention.

Nous pouvons raconter tout ce que nous avons traversé pour entendre :

« Waouh, après tout ça, tu es encore debout ! »

Et ça fait du bien.

Je connais bien ce mécanisme.

Lorsque notre propre reconnaissance intérieure n’est pas suffisamment solide, celle des autres devient particulièrement nourrissante.

Alors nous pouvons inconsciemment construire une présentation de nous qui provoquera cette reconnaissance.

Je ne parlerais plus aujourd’hui de « voler l’énergie de l’autre ».

Je dirais plutôt que nous allons chercher à l’extérieur une validation que nous n’arrivons pas encore suffisamment à produire à l’intérieur.

Et là, nous revenons directement à la sécurité intérieure.

Plus j’ai besoin que vous validiez mon histoire, moins je suis libre

Si j’ai besoin que vous reconnaissiez que j’ai souffert, votre réaction devient importante pour moi.

Si vous minimisez mon histoire, je peux me sentir attaqué.

Si vous la remettez en question, je peux me braquer.

Si vous refusez de me considérer comme je souhaite être considéré, quelque chose en moi peut réagir très fortement.

Parce que vous ne remettez plus seulement en question un événement.

Vous touchez à mon identité.

Et c’est peut-être ici une belle indication de notre niveau de sécurité intérieure :

sommes-nous capables de ne plus être enfermés dans l’histoire que nous racontons sur nous-mêmes ?

Changer de regard ne signifie pas réécrire le passé

Il faut être très clair sur ce point.

L’idée n’est pas de transformer artificiellement une expérience douloureuse en merveilleux souvenir.

Si quelque chose a été violent, douloureux ou profondément injuste, changer notre regard ne modifie pas les faits.

Il ne s’agit pas davantage de remplacer toutes nos pensées par du positif.

Il s’agit de comprendre que ce qui nous est arrivé n’épuise jamais tout ce que nous sommes.

Je peux reconnaître une souffrance sans devenir cette souffrance.

Je peux reconnaître un abandon sans construire toute mon identité autour de l’abandon.

Je peux reconnaître un échec sans devenir « quelqu’un qui échoue ».

Je peux reconnaître les limites de mes parents sans réduire toute mon enfance à leurs limites.

Et progressivement, je peux arrêter d’utiliser mon passé pour définir ce que je serai demain.

Peut-être pouvons-nous raconter une troisième histoire

Pas celle de la victime.

Pas davantage celle du héros qui aurait tout surmonté et qui aurait besoin que tout le monde l’admire.

Une histoire beaucoup plus simple.

Celle d’un être humain.

Avec des moments extraordinaires.

Des moments difficiles.

Des décisions pertinentes.

Des erreurs.

Des personnes qui nous ont aimés.

D’autres qui nous ont blessés.

Des périodes où nous étions solides.

D’autres où nous étions complètement perdus.

Tout cela peut coexister.

Nous n’avons plus besoin de choisir quelques morceaux pour prouver quelque chose.

Et peut-être que la sécurité intérieure commence également là :

lorsque je n’ai plus besoin de fabriquer une version particulière de mon histoire pour savoir qui je suis aujourd’hui.

Alors regardez l’histoire que vous racontez régulièrement lorsque vous parlez de vous.

Quels souvenirs sélectionnez-vous ?

Quels événements répétez-vous depuis des années ?

Quelle image de vous ces événements permettent-ils de maintenir ?

Et surtout :

qui seriez-vous aujourd’hui si vous n’aviez plus besoin de raconter votre passé pour expliquer qui vous êtes ?

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Stéphane Bride-Bonnot coach loi d'attraction
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