Nous sommes victime bien plus souvent que nous le pensons.
Sortir de la posture de victime : reprendre sa responsabilité sans culpabiliser
« Je suis victime. »
Cette phrase peut recouvrir deux réalités très différentes.
Il y a d’abord un fait : nous pouvons réellement être victime d’un vol, d’une agression, d’une escroquerie, d’une violence, d’un harcèlement ou d’une injustice.
Dans ce cas, il existe bien une victime au sens juridique ou factuel du terme. Et faire appel à la police, à la gendarmerie, à la justice, à un médecin ou à toute autre aide extérieure peut être parfaitement nécessaire.
Puis il existe autre chose : la posture de victime.
C’est lorsque nous finissons par considérer que notre vie, notre état intérieur et notre avenir dépendent essentiellement de ce que les autres vont décider de faire pour nous.
Et c’est cette deuxième dimension qui m’intéresse ici.
Parce que sortir de la posture de victime ne consiste pas à nier ce que nous avons subi.
Cela consiste à reconstruire suffisamment de sécurité intérieure pour nous demander :
« À partir de maintenant, qu’est-ce qui dépend encore de moi ? »
Le triangle de Karpman : victime, persécuteur, sauveur
Le triangle dramatique de Karpman décrit trois rôles relationnels : la victime, le persécuteur et le sauveur.
Dans cette dynamique, chacun peut d’ailleurs changer de rôle.
La victime cherche un sauveur.
Le sauveur prend en charge la victime.
Puis il peut finir par lui reprocher de ne pas changer et devenir persécuteur.
La victime peut à son tour attaquer le sauveur.
Et les rôles tournent.
Ce modèle peut être intéressant pour observer certaines relations dans lesquelles chacun finit par perdre une partie de sa responsabilité.
Mais attention à ne pas l’utiliser pour expliquer toutes les situations humaines.
Une personne qui vient de se faire voler son véhicule et appelle la gendarmerie n’est pas nécessairement enfermée dans un triangle de Karpman.
Elle utilise simplement un recours adapté à une situation réelle.
Demander de l’aide n’est pas être faible
C’est une distinction fondamentale.
J’ai longtemps associé le fait de chercher une solution à l’extérieur à une perte de notre pouvoir intérieur.
Je ne le formulerais plus ainsi.
Nous avons besoin les uns des autres.
Si ma connexion Internet tombe en panne, appeler mon fournisseur d’accès est parfaitement logique.
Si quelqu’un commet une infraction à mon encontre, utiliser les recours prévus par la loi peut être nécessaire.
Si je suis malade, consulter un médecin est responsable.
Si je traverse une difficulté psychologique importante, demander de l’aide peut être une manifestation de force.
La sécurité intérieure ne consiste pas à tout résoudre seul.
Elle consiste à ne pas remettre entièrement notre capacité d’agir entre les mains des autres.
Responsabilité ne veut pas dire culpabilité
Voilà probablement la confusion la plus importante.
Je peux ne pas être responsable de ce qui m’est arrivé tout en devenant responsable de ce que je vais faire maintenant.
Imaginez que quelqu’un vous percute alors que votre voiture est correctement arrêtée à un feu rouge.
Vous n’êtes pas responsable de l’accident.
Point.
Vous n’avez pas « attiré » cet accident parce que vos vibrations étaient mauvaises.
Vous n’avez pas à chercher quelle croyance aurait créé l’événement.
En revanche, à partir de maintenant, certaines choses vont dépendre de vous.
Faire le constat.
Contacter l’assurance.
Consulter si vous avez mal.
Faire réparer la voiture.
Gérer les conséquences.
La responsabilité commence là où commence réellement notre marge d’action.
Et cette distinction évite de transformer le développement personnel en culpabilisation permanente.
« Je suis responsable de tout » peut devenir aussi toxique que « je ne suis responsable de rien »
Il existe deux extrêmes.
Le premier :
« Tout est la faute des autres. »
Le second :
« Tout ce qui m’arrive est ma création. »
Dans le premier cas, je risque de me sentir totalement impuissant.
Dans le second, je risque de me rendre coupable de choses sur lesquelles je n’avais absolument aucun contrôle.
La sécurité intérieure se situe entre les deux.
Qu’est-ce qui dépend de moi ?
Qu’est-ce qui ne dépend pas de moi ?
Et comment puis-je agir intelligemment avec ce qui est réellement entre mes mains ?
Cette manière de penser est beaucoup plus responsabilisante.
Le grain de sable révèle parfois notre niveau de sécurité intérieure
Votre journée se passe parfaitement bien.
Tout est organisé.
Puis un grain de sable arrive.
Votre connexion Internet tombe en panne.
Votre client de 10 heures ne se présente pas.
Votre train est annulé.
Quelqu’un modifie un rendez-vous.
Votre programme vole en éclats.
Et immédiatement, la frustration apparaît.
Ce n’est pas grave.
Ressentir de la frustration ne signifie pas que vous êtes devenu une victime.
Une émotion est une réaction.
La question intéressante arrive juste après :
qu’est-ce que je fais maintenant ?
Entre l’événement et la réaction, retrouver son pouvoir
Prenons le rendez-vous de 10 heures.
Le client ne vient pas.
Première possibilité :
« Quel manque de respect ! Les gens sont vraiment incapables de tenir leurs engagements. J’en ai marre, ça tombe toujours sur moi. »
Puis vous passez une heure à ruminer.
Deuxième possibilité :
« Mon client n’est pas là. Je suis contrarié. Je vais vérifier s’il y a eu un problème, puis décider de ce que je fais de cette heure devenue disponible. »
L’événement est identique.
La frustration peut même être identique au départ.
Ce qui change, c’est la suite.
Dans la deuxième situation, je récupère rapidement ma capacité d’action.
C’est cela qui m’intéresse lorsque je parle de sortir de la posture de victime.
Se plaindre n’est pas toujours se victimiser
Là encore, je souhaite nuancer quelque chose que j’affirmais autrefois.
Parler d’une expérience négative ne signifie pas automatiquement adopter une posture de victime.
Nous avons besoin de raconter certaines expériences.
Pour comprendre.
Pour être soutenus.
Pour alerter.
Pour demander conseil.
Pour témoigner.
Pour dénoncer une situation.
La question est plutôt de savoir ce que nous faisons de ce récit.
Est-ce que je raconte pour avancer ?
Ou est-ce que je répète continuellement la même histoire sans jamais envisager aucune marge d’action ?
C’est très différent.
Le besoin d’un sauveur peut révéler une insécurité intérieure
Lorsque nous nous sentons impuissants, nous pouvons attendre quelqu’un.
Un conjoint.
Un thérapeute.
Un coach.
Un patron.
Un gouvernement.
Un ami.
Une personne qui va enfin nous dire quoi faire et remettre notre vie en ordre.
Parfois, nous avons effectivement besoin d’une aide.
Mais personne ne peut prendre durablement notre place dans notre propre existence.
Un bon accompagnement ne devrait donc pas créer une dépendance au sauveur.
Il devrait progressivement permettre à la personne de retrouver davantage d’autonomie.
C’est là que la sécurité intérieure devient fondamentale.
Je peux recevoir de l’aide sans remettre ma vie entre les mains de celui qui m’aide.
Le cœur et la tête peuvent travailler ensemble
Dans ma lecture spirituelle, j’ai souvent opposé le cœur au mental.
Le cœur représenterait l’intuition, l’amour et l’inspiration.
La tête représenterait la peur, l’ego et la recherche de solutions extérieures.
Je préfère aujourd’hui les faire travailler ensemble.
Je peux commencer par revenir à moi.
Qu’est-ce que je ressens ?
Qu’est-ce qui est important pour moi ?
Quelle direction me semble juste ?
Puis utiliser mon mental pour agir.
Faire un appel.
Chercher une information.
Construire un plan.
Demander conseil.
Comparer des solutions.
La tête n’a pas besoin d’être l’ennemie du cœur.
Elle peut devenir l’outil qui transforme une direction intérieure en action concrète.
Faut-il vraiment passer six heures par jour seul dans la nature ?
J’ai longtemps préconisé six heures quotidiennes seul avec soi-même, idéalement dans la nature.
C’était une pratique qui correspondait à mon expérience et à mon besoin.
Mais ce n’est évidemment pas une règle universelle.
Certaines personnes trouveront énormément de bénéfices dans plusieurs heures de solitude.
D’autres dans vingt minutes de marche.
D’autres encore dans le sport, l’écriture, la méditation, le jardinage ou simplement quelques moments sans téléphone.
L’important n’est pas le chronomètre.
L’important est d’avoir suffisamment d’espace pour nous observer.
Parce que si nous courons continuellement, nous ne remarquons parfois même plus que nous sommes en train de donner notre pouvoir à l’extérieur.
Trois questions pour sortir de l’impuissance
Lorsqu’un événement désagréable se présente, je trouve aujourd’hui beaucoup plus utile de revenir à trois questions :
Qu’est-ce qui s’est réellement passé ?
Sans interprétation. Sans généralisation. Les faits.
Qu’est-ce que je ressens ?
Colère ? Peur ? Frustration ? Tristesse ?
Et enfin :
Qu’est-ce qui dépend de moi maintenant ?
C’est cette dernière question qui remet du mouvement.
Parfois, la réponse sera : poser une limite.
Parfois : porter plainte.
Parfois : appeler quelqu’un.
Parfois : accepter que nous ne pouvons rien changer.
Parfois : partir.
Parfois : demander de l’aide.
Parfois : simplement respirer et attendre avant de répondre.
Mais nous retrouvons une possibilité de choix.
Reprendre son pouvoir sans nier la réalité
Nous ne sommes pas responsables de tout ce qui nous arrive.
Nous ne contrôlons pas les autres.
Nous ne contrôlons pas tous les événements.
Nous ne contrôlons pas l’intégralité du monde extérieur.
Mais nous pouvons développer notre capacité à ne pas laisser chaque événement extérieur décider durablement de notre état intérieur et de la direction de notre vie.
Voilà ce que signifie aujourd’hui pour moi sortir de la posture de victime.
Ce n’est pas dire :
« Tout est ma faute. »
C’est dire :
« Ce qui s’est passé est arrivé. Maintenant, je vais regarder ce qui est encore entre mes mains. »
Et parfois, ce qui reste entre nos mains est beaucoup plus important que nous ne le pensions.
Une décision.
Une limite.
Une demande d’aide.
Un changement.
Une action.
Une manière différente de regarder la situation.
C’est là que commence la sécurité intérieure.
Non pas dans l’illusion de pouvoir tout contrôler.
Mais dans la confiance que, même lorsque nous ne contrôlons pas ce qui arrive, nous pouvons apprendre à choisir ce que nous allons en faire.
Tout part de soi pour revenir à soi.












