Pourquoi la vie est simple ou compliquée ?
Dans votre vie, qui est au volant ?
J’aime comparer notre corps physique à un véhicule.
Un véhicule formidable, extrêmement sophistiqué, qui nous permet de traverser cette expérience qu’est la vie.
Mais dans ce véhicule, j’observe deux pilotes potentiels.
Le premier veut savoir où nous allons, combien de kilomètres il reste, s’il y aura suffisamment d’essence, quel temps il fera, ce que les autres vont penser de notre destination et surtout s’il n’existe aucun danger sur la route.
Le deuxième ressent simplement profondément la direction dans laquelle il souhaite aller.
Pendant longtemps, j’ai confié le volant au premier.
Aujourd’hui, j’ai compris que je pouvais lui laisser une place importante dans la voiture, sans nécessairement lui confier la destination.
Le premier pilote : notre mental
Notre mental est un outil extraordinaire.
Il analyse.
Il compare.
Il mémorise.
Il anticipe.
Il organise.
Il cherche à comprendre.
Et surtout, il cherche à nous protéger.
Pour cela, il utilise principalement ce qu’il connaît déjà.
Notre histoire.
Nos expériences.
Ce que nous avons appris.
Ce que nos parents nous ont transmis.
Ce que l’école nous a enseigné.
Ce que notre environnement considère comme normal.
Nos réussites et nos échecs.
Nos croyances.
Notre mental regarde donc naturellement demain avec les lunettes d’hier.
Et c’est là que les choses deviennent intéressantes.
Parce que si je demande à mon mental :
« Est-ce que je suis capable de complètement changer de vie ? »
Il va fouiller dans ses archives.
Et si rien dans mon histoire ne lui permet de confirmer cette possibilité, il risque de répondre :
« Prudence. »
« Tu n’as jamais fait ça. »
« Tu risques de perdre beaucoup. »
« Et si tu échouais ? »
« Qu’est-ce que les autres vont penser ? »
Ce n’est pas nécessairement parce qu’il veut m’empêcher de vivre.
Il cherche à me maintenir dans ce qu’il connaît.
Autrement dit : dans ce qu’il considère comme suffisamment sécurisé.
Le problème commence lorsque la sécurité devient une prison
Nous avons besoin de sécurité.
Mais il existe une différence entre être en sécurité et ne jamais quitter ce qui est connu.
Je peux rester vingt ans dans un travail qui ne me correspond plus parce que mon salaire tombe tous les mois.
Je peux rester dans une relation qui m’éteint parce que j’ai peur de vivre seul.
Je peux ne jamais lancer mon projet parce que je veux être certain qu’il fonctionnera avant de commencer.
Je peux continuer à faire ce que tout le monde attend de moi parce que j’ai peur du jugement.
Extérieurement, tout semble sécurisé.
Intérieurement, pourtant, quelque chose s’éteint progressivement.
C’est là que nous pouvons découvrir un paradoxe :
nous cherchons parfois tellement la sécurité à l’extérieur que nous finissons par perdre notre sécurité intérieure.
Le deuxième pilote : ce que j’appelle le cœur
J’utilise volontairement ce mot au sens large.
Le cœur.
L’intuition.
L’inspiration.
L’âme pour ceux qui utilisent ce vocabulaire.
L’esprit.
Cette partie de nous qui ne raisonne pas uniquement à partir de ce qui s’est déjà produit.
Dans ma propre vision spirituelle, je considère cette dimension comme reliée à quelque chose de beaucoup plus grand que l’individu : la source, le divin, l’amour, le tout.
Vous pouvez partager cette croyance ou utiliser un autre vocabulaire.
Ce qui m’intéresse surtout ici, c’est l’expérience.
Nous avons tous connu ces moments où quelque chose en nous disait :
« C’est par là. »
Impossible parfois de l’expliquer rationnellement.
Une rencontre.
Un endroit.
Une décision.
Un projet.
Une envie profonde.
Quelque chose nous attire.
Puis le mental arrive.
Et commence la négociation.
« Oui, mais… »
Voilà probablement l’une des expressions préférées de notre premier pilote.
J’ai envie de changer de métier.
Oui, mais…
J’ai envie de partir vivre ailleurs.
Oui, mais…
J’ai envie de créer mon activité.
Oui, mais…
J’ai envie de quitter cette situation.
Oui, mais…
J’ai envie de prendre davantage de temps pour moi.
Oui, mais…
Et derrière chaque « mais », nous retrouvons souvent une tentative de sécurisation.
L’argent.
Le regard des autres.
L’âge.
Les enfants.
Le contexte.
Les diplômes.
La conjoncture.
Notre passé.
Certaines contraintes sont évidemment réelles et doivent être prises en considération.
Mais la vraie question est :
Est-ce que j’utilise mon mental pour organiser mon chemin ou pour m’interdire de prendre le départ ?
Ce n’est absolument pas la même chose.
Le mental n’est donc pas notre ennemi
C’est quelque chose que j’ai beaucoup fait évoluer dans ma manière de voir les choses.
Pendant longtemps, j’ai opposé le mental et le cœur.
L’ego et l’âme.
La peur et l’amour.
Comme s’il fallait supprimer l’un pour accéder à l’autre.
Aujourd’hui, je préfère remettre chacun à sa place.
Si je veux traverser la France, mon cœur peut me dire où j’ai envie d’aller.
Mais mon mental peut calculer l’itinéraire, réserver un hébergement, regarder mon budget et vérifier que j’ai suffisamment de carburant.
Il devient alors un formidable serviteur.
Le problème apparaît lorsqu’il décide lui-même de la destination uniquement en fonction des routes qu’il connaît déjà.
Le cœur donne la direction. Le mental aide à construire le chemin.
Et pour moi, c’est là que l’alignement tête-corps-esprit commence réellement.
Mais comment entendre notre direction lorsque nous sommes constamment dans le bruit ?
C’est probablement l’une des difficultés de notre époque.
Nous sommes continuellement alimentés en informations.
Téléphone.
Réseaux sociaux.
Actualités.
Podcasts.
Vidéos.
Conseils.
Experts.
Amis.
Famille.
Collègues.
Algorithmes.
Nous pouvons passer une journée entière à absorber ce que les autres pensent de la vie sans avoir passé dix minutes à écouter ce que nous ressentons de la nôtre.
Alors nous finissons parfois par savoir exactement ce qu’il faudrait faire selon tout le monde…
mais nous ne savons plus ce que nous voulons.
C’est pour cela que le silence occupe une place aussi importante dans mon travail.
Pas pour fuir le monde.
Pour diminuer suffisamment son volume afin de pouvoir nous entendre.
La sécurité intérieure permet de laisser davantage de place au cœur
Lorsque nous sommes intérieurement en insécurité, le mental prend naturellement énormément de place.
Il veut prévoir.
Contrôler.
Anticiper.
Éviter.
Garantir.
Il veut savoir avant d’avoir vécu.
Et plus nous cherchons des garanties, plus nous cherchons des réponses à l’extérieur.
À l’inverse, lorsque nous développons notre sécurité intérieure, quelque chose se détend.
Nous pouvons ne pas tout savoir.
Nous pouvons avancer sans connaître précisément l’arrivée.
Nous pouvons essayer.
Nous tromper.
Réajuster.
Nous pouvons entendre un « non » sans considérer que notre valeur vient de s’effondrer.
Nous pouvons changer de direction sans considérer notre parcours précédent comme un échec.
Nous pouvons avancer dans l’inconnu sans nous sentir constamment menacés.
C’est là que la confiance prend une autre dimension.
Créer une direction plutôt que fuir un problème
Dans mes accompagnements, je trouve particulièrement important de ne pas construire uniquement à partir de ce que la personne ne veut plus.
« Je ne veux plus de ce travail. »
D’accord.
Mais que voulez-vous vivre ?
« Je ne veux plus de cette relation. »
D’accord.
Mais quelle relation voulez-vous construire demain ?
« Je ne veux plus être stressé. »
Très bien.
Mais à quoi ressemble concrètement une journée qui vous respecte ?
« Je ne veux plus manquer d’argent. »
D’accord.
Mais quelle vie voulez-vous réellement financer ?
Lorsque nous ne regardons que le problème, notre attention reste prisonnière du problème.
Construire un futur désiré permet de remettre une direction devant nous.
Et cette direction devient progressivement un filtre pour nos décisions.
Est-ce que ce choix me rapproche de la vie que je veux construire ?
Ou est-ce qu’il me maintient simplement dans ce que je connais déjà ?
Nous n’avons pas besoin de tout bouleverser demain matin
Suivre son cœur ne signifie pas devenir inconscient.
Quitter son emploi sur un coup de tête.
Abandonner toutes ses responsabilités.
Ignorer la réalité matérielle.
Cela peut commencer beaucoup plus simplement.
Prendre une heure pour soi.
Refuser quelque chose que nous acceptions uniquement pour faire plaisir.
Contacter quelqu’un.
Tester une activité.
Se renseigner sur une formation.
Partir marcher seul.
Faire ce premier petit pas que nous repoussons depuis six mois.
Puis observer ce qui se passe en nous.
La sécurité intérieure se construit aussi comme cela : en découvrant progressivement que nous sommes capables de nous écouter et de nous accompagner dans nos propres décisions.
Alors, qui conduit votre vie aujourd’hui ?
Votre mental a sa place.
Une place essentielle.
Mais peut-être pas celle de décider seul de votre destination.
Si toutes vos décisions sont prises pour éviter de perdre, de déplaire, d’échouer, d’être rejeté ou de sortir de ce que vous connaissez, vous pouvez avoir extérieurement une existence parfaitement organisée et intérieurement sentir que quelque chose manque.
Alors posez-vous simplement cette question :
Si je n’avais rien à prouver, personne à rassurer et aucune peur à satisfaire, dans quelle direction aurais-je profondément envie d’aller ?
Puis écoutez ce qui vient avant que le mental commence à argumenter.
Il y a peut-être là une information importante.
Pour moi, c’est aujourd’hui cela, remettre les deux pilotes à leur juste place :
le cœur choisit la destination, le mental aide à y aller, et la sécurité intérieure nous permet d’avancer même lorsque nous ne connaissons pas encore toute la route.
Nous sommes #TousFormidable.











