L’ego est source de nos souffrances

Quand la spiritualité devient un nouvel ego : sommes-nous vraiment en train de devenir nous-mêmes ?

Pendant des années, j’ai beaucoup parlé de l’ego comme de la source de nos souffrances.

Je le décrivais comme un personnage fictif que nous construisons pour traverser cette incarnation. Un personnage façonné par notre famille, notre éducation, la société, les expériences que nous avons vécues, les étiquettes que l’on nous a collées, nos pensées et nos croyances.

Aujourd’hui, je ne dirais plus que l’ego est responsable de toutes nos souffrances. La réalité humaine est évidemment plus complexe.

En revanche, je continue d’observer combien l’identification au personnage que nous avons construit peut nous éloigner de nous-mêmes.

Et surtout, combien ce personnage est intimement lié à notre sécurité intérieure.

Car si nous l’avons construit, ce n’est peut-être pas uniquement pour « jouer cette incarnation ».

Nous l’avons aussi construit pour nous adapter, appartenir, être reconnus, être aimés et nous protéger.

Nous apprenons très tôt qui nous devons être

Un enfant ne grandit pas seul.

Il observe.

Il écoute.

Il s’adapte.

Progressivement, il comprend quels comportements lui permettent d’obtenir de l’attention, de l’affection ou de la reconnaissance.

« Tu es gentil. »

« Tu es timide. »

« Tu es fort. »

« Tu es difficile. »

« Tu es intelligent. »

« Tu es maladroit. »

Ces mots peuvent sembler anodins, mais ils participent à la construction de notre identité.

Puis viennent l’école, les amis, le travail, le couple, la société.

Et nous continuons d’ajouter des couches.

Je suis celui qui réussit.

Je suis celle qui s’occupe des autres.

Je suis le chef d’entreprise.

Je suis le bon père.

Je suis la personne forte qui ne demande jamais d’aide.

Nous finissons parfois par défendre ce personnage comme s’il représentait la totalité de ce que nous sommes.

Pourquoi ?

Parce qu’une identité connue est rassurante.

Même lorsqu’elle nous enferme.

Déconstruire un personnage… pour en fabriquer un autre

Il arrive qu’autour de trente, quarante ou cinquante ans, quelque chose commence à craquer.

Ce que nous avons construit ne fonctionne plus.

Nous avons pourtant fait ce qu’il fallait.

Mais nous ne nous sentons pas à notre place.

Alors commence parfois un immense travail de remise en question.

Qui suis-je réellement ?

Pourquoi est-ce que je fais tout cela ?

Qu’est-ce que je veux vraiment ?

Et pour certaines personnes, la spiritualité arrive à ce moment-là.

Elle peut ouvrir une porte extraordinaire.

Mais elle peut aussi créer un piège particulièrement subtil : remplacer l’ancien personnage par un personnage spirituel.

Hier, je devais être performant.

Aujourd’hui, je dois être éveillé.

Hier, je voulais montrer ma réussite professionnelle.

Aujourd’hui, je veux montrer mon niveau de conscience.

Hier, je me comparais sur mon salaire, ma maison ou ma voiture.

Aujourd’hui, je me compare sur ma spiritualité.

« Moi, je suis plus conscient. »

« Moi, j’ai compris. »

« Moi, je ne suis plus dans l’ego. »

« Moi, je suis dans la bienveillance. »

Le costume a changé.

Le mécanisme, beaucoup moins.

L’ego spirituel cherche lui aussi de la sécurité

C’est ici que la sécurité intérieure permet une lecture intéressante.

Pourquoi avons-nous besoin de nous définir comme « éveillé », « spirituel », « être de lumière » ou plus conscient que quelqu’un d’autre ?

Peut-être parce que cette nouvelle identité nous rassure.

Elle nous redonne une place.

Un groupe auquel appartenir.

Une manière de nous sentir différents, reconnus ou valorisés.

Nous avions quitté une identité devenue inconfortable et nous en construisons immédiatement une nouvelle.

Parce que le vide entre les deux peut être vertigineux.

Si je ne suis plus mon métier, mon statut, mon histoire, mes possessions, mes réussites ou même mon identité spirituelle…

qui suis-je ?

Ne pas avoir immédiatement de réponse demande une véritable sécurité intérieure.

Dire « je » n’est pas le problème

Dans mon ancien texte, j’écrivais que dès lors que nous exprimions « moi » ou « je », nous étions dans l’ego.

Aujourd’hui, cette idée me paraît trop radicale.

Nous avons besoin d’un « je ».

Dire « je veux », « je ressens », « je ne suis pas d’accord » ou « je pose cette limite » peut même être indispensable pour se respecter.

Le problème n’est pas d’avoir une identité.

Le problème apparaît lorsque nous avons tellement besoin de cette identité que toute remise en question devient une menace.

Si quelqu’un critique mon travail et que j’en conclus immédiatement que je ne vaux rien, je suis confondu avec mon travail.

Si quelqu’un remet en question une de mes croyances spirituelles et que je dois absolument le convaincre qu’il a tort, peut-être que ma croyance est devenue une protection.

Ce qui te protège aujourd’hui est peut-être ce qui te bloque demain.

Être soi ne signifie pas ne plus ressentir

Il existe également une autre confusion que je souhaite corriger par rapport à mon texte d’origine.

Être en conscience ne signifie pas devenir émotionnellement neutre.

Nous pouvons ressentir de la colère.

De la tristesse.

De l’impuissance.

De la peur.

De la frustration.

Ces émotions ne prouvent pas que nous avons échoué spirituellement ou que nos « vibrations sont trop basses ».

Elles nous renseignent.

La sécurité intérieure ne consiste donc pas à supprimer nos émotions, mais à développer suffisamment de stabilité pour ne plus être systématiquement pilotés par elles.

Je peux ressentir de la colère sans agresser quelqu’un.

Je peux avoir peur sans laisser systématiquement cette peur décider.

Je peux être triste sans considérer que quelque chose ne va pas chez moi.

Je peux être en désaccord sans transformer l’autre en ennemi.

C’est cela, pour moi, mettre davantage de conscience dans notre expérience.

Observer sans transformer chaque différence en menace

Dans mon texte initial, je jouais avec les mots : con-paraison, con-pétition, con-sommation, con-struction…

Derrière la provocation, il y avait une idée que je conserve : nous dépensons énormément d’énergie à nous définir par rapport aux autres.

Suis-je meilleur ?

Plus riche ?

Plus avancé ?

Plus conscient ?

Plus spirituel ?

Plus heureux ?

Plus performant ?

Mais pourquoi avons-nous autant besoin de savoir où nous nous situons ?

Parce que la comparaison peut nous permettre de vérifier notre place.

Et vérifier constamment sa place est souvent le signe que celle-ci ne semble pas encore suffisamment stable à l’intérieur.

Lorsque nous développons notre sécurité intérieure, nous pouvons progressivement laisser l’autre être différent sans que sa différence dise quelque chose de notre propre valeur.

Et si nous arrêtions de vouloir devenir quelqu’un ?

Peut-être que le chemin n’est finalement pas de détruire notre ego.

Ni de construire une meilleure version de nous-mêmes.

Ni de devenir plus spirituel.

Ni même de devenir cet être parfaitement aligné, bienveillant, détaché et lumineux que notre nouvel ego aimerait parfois afficher.

Peut-être s’agit-il simplement de voir nos personnages pour ce qu’ils sont.

Des constructions.

Des protections.

Des manières que nous avons trouvées pour évoluer dans le monde.

Nous pouvons les remercier sans leur abandonner toute notre identité.

Et lorsque nous n’avons plus autant besoin de prouver qui nous sommes, quelque chose devient beaucoup plus simple.

Nous pouvons être authentiques.

Changer d’avis.

Ne pas savoir.

Nous tromper.

Ressentir.

Être différents.

Ne pas être compris par tout le monde.

Et continuer malgré tout à nous sentir suffisamment solides à l’intérieur.

Pour moi, c’est aussi cela la sécurité intérieure : ne plus avoir besoin de fabriquer constamment un personnage pour avoir le sentiment d’avoir le droit d’exister.

Peut-être qu’à cet endroit-là, nous commençons enfin à rencontrer celui ou celle que nous sommes derrière tous les costumes.

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Stéphane Bride-Bonnot coach loi d'attraction
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