Être sur la défensive…
Pourquoi certaines personnes déclenchent-elles autant d’émotions en nous ?
Nous fonctionnons beaucoup plus souvent en pilote automatique que nous ne l’imaginons.
Nous avons appris à nous adapter, à correspondre aux attentes, à montrer certaines parties de nous et à en cacher d’autres. Nous voulons être une bonne personne, un bon parent, un bon professionnel, quelqu’un de bienveillant, de calme, de solide.
Et lorsque nous commençons un travail sur nous ou un chemin spirituel, nous pouvons même ajouter une nouvelle exigence à la liste : être parfaitement en paix.
Alors, au moindre stimulus extérieur qui ne correspond pas à ce que nous voudrions être, nous nous fermons ou nous nous mettons sur la défensive.
Pourquoi ?
Parce que quelque chose vient menacer le personnage que nous essayons de maintenir.
Et derrière ce personnage, il y a très souvent une question de sécurité intérieure.
« Je fais un travail spirituel, donc je ne devrais plus être en colère »
Prenons un exemple que j’ai souvent rencontré.
Une personne avance sur son chemin spirituel et finit par considérer que la colère n’est plus acceptable.
Elle veut être dans l’amour.
Dans la bienveillance.
Dans la lumière.
Alors un jour, quelqu’un dit ou fait quelque chose qui déclenche une immense colère.
Mais immédiatement, le mental intervient :
« Je ne devrais pas ressentir ça. »
La colère est alors repoussée.
Nous mettons en quelque sorte un couvercle sur la cocotte-minute.
Le problème est que nier une émotion ne signifie pas nécessairement qu’elle disparaît.
Elle peut continuer à nous travailler, modifier notre comportement ou revenir lorsqu’une situation similaire se présente.
Puis un jour, parfois pour quelque chose d’apparemment insignifiant, la cocotte-minute explose.
Et nous nous demandons pourquoi nous avons réagi aussi fortement.
Une émotion n’est pas un échec
C’est ici que j’ai profondément fait évoluer ma manière de regarder les émotions.
La colère n’est pas nécessairement mauvaise.
La tristesse n’est pas mauvaise.
La peur n’est pas mauvaise.
La culpabilité n’est pas la preuve que nous avons raté notre développement personnel.
Une émotion est d’abord une expérience qui se produit en nous.
Elle peut nous renseigner sur un besoin, une limite, une interprétation, une peur ou une situation importante à nos yeux.
Le véritable problème commence souvent lorsque nous avons peur de ce que nous ressentons.
Parce qu’une personne intérieurement insécure peut chercher à contrôler non seulement son environnement, mais également son propre monde émotionnel.
« Je ne dois pas ressentir ça. »
« Il faut que ça disparaisse. »
« Je devrais être au-dessus de ça. »
Nous nous battons alors contre une partie de nous qui cherche simplement à être entendue.
Accueillir ne signifie pas tout autoriser
Il y a néanmoins une distinction fondamentale.
Accueillir une émotion ne signifie pas obéir à cette émotion.
Je peux accueillir ma colère sans hurler sur quelqu’un.
Je peux reconnaître ma jalousie sans contrôler mon conjoint.
Je peux ressentir de la peur sans systématiquement fuir.
Je peux reconnaître ma tristesse sans considérer qu’elle définit toute mon existence.
C’est précisément ici que la sécurité intérieure devient essentielle.
Plus je me sens suffisamment stable pour accueillir ce qui se passe en moi, moins j’ai besoin de supprimer immédiatement l’émotion ou de la décharger sur quelqu’un d’autre.
Je peux simplement constater :
« Là, je suis en colère. »
Puis respirer, laisser l’intensité redescendre et essayer de comprendre ce qui vient d’être touché.
Pourquoi cette personne me fait-elle autant réagir ?
J’ai longtemps utilisé la notion de miroir pour expliquer nos relations.
Dans une lecture spirituelle, l’idée est que l’autre vient réveiller quelque chose qui existe déjà en nous.
Je trouve encore cette image intéressante, à condition de ne pas en faire une règle absolue.
Si quelqu’un nous manque de respect, son comportement lui appartient. Tout n’est pas nécessairement « notre miroir », et reconnaître notre réaction ne signifie pas excuser les comportements inacceptables des autres.
En revanche, lorsque certaines situations provoquent en nous des réactions particulièrement intenses ou répétitives, il peut être intéressant de nous demander :
Pourquoi cela vient-il autant me chercher ?
Pourquoi cette critique m’effondre-t-elle ?
Pourquoi ai-je tellement besoin d’avoir raison avec cette personne ?
Pourquoi le silence de quelqu’un déclenche-t-il immédiatement chez moi la peur d’être abandonné ?
Pourquoi est-ce si difficile de dire non ?
Le stimulus est extérieur.
Mais une partie de la réponse se trouve parfois à l’intérieur.
Nos protections réagissent avant nous
C’est là que nous retrouvons le pilote automatique.
Une situation apparaît.
Notre système l’interprète.
Une protection se déclenche.
Nous attaquons.
Nous fuyons.
Nous nous fermons.
Nous cherchons à plaire.
Nous nous justifions.
Nous essayons de contrôler.
Et tout cela peut se produire extrêmement rapidement.
Ce mécanisme n’est pas notre ennemi. Il s’est souvent construit pour une raison.
Mais ce qui te protège aujourd’hui est peut-être ce qui te bloque demain.
Une stratégie qui nous a permis autrefois d’éviter une souffrance peut continuer à fonctionner longtemps après que le contexte a changé.
Développer notre sécurité intérieure consiste notamment à créer un espace entre le stimulus et notre réponse.
Un espace dans lequel nous pouvons observer ce qui se passe avant de laisser notre protection décider automatiquement.
Avons-nous besoin des autres pour évoluer ?
Dans mon texte initial, j’affirmais que nous ne pouvions « guérir qu’à travers l’autre ».
Aujourd’hui, je serais beaucoup moins catégorique.
La solitude, la nature et l’introspection peuvent être extraordinairement précieuses. Elles permettent parfois de retrouver du calme et d’entendre ce que le bruit quotidien empêchait d’entendre.
Mais nos relations révèlent effectivement des choses qu’une retraite au milieu de la forêt ne révélera pas forcément.
Il est relativement facile de se sentir parfaitement en paix lorsqu’il n’y a personne pour nous contrarier.
Puis nous revenons dans notre couple.
Notre famille.
Notre entreprise.
Les embouteillages.
Les réseaux sociaux.
Et soudain, toutes nos belles certitudes sont testées.
L’autre peut alors devenir un formidable révélateur.
Pas nécessairement parce qu’il serait notre miroir parfait, mais parce que la relation active nos besoins d’appartenance, de reconnaissance, de respect, d’amour et de sécurité.
Faut-il forcément retourner dans le passé ?
Pas toujours.
Certaines réactions peuvent être observées et transformées à partir de ce qui se passe aujourd’hui.
Une situation apparaît.
Une émotion monte.
Au lieu de la nier ou de l’attribuer immédiatement à l’autre, nous pouvons l’observer.
Que suis-je en train de ressentir ?
Qu’est-ce qui me menace réellement ?
De quoi ai-je peur ?
Quelle protection vient de se déclencher ?
De quoi aurais-je besoin pour me sentir suffisamment sécure maintenant ?
Parfois, cette exploration nous ramènera naturellement vers notre histoire.
À d’autres moments, ce ne sera pas nécessaire.
Et lorsque des émotions, des traumatismes ou des difficultés deviennent trop envahissants, un accompagnement professionnel adapté peut évidemment être utile. La présence et l’accueil de nos émotions sont précieux, mais ils ne remplacent pas systématiquement une thérapie ou des soins lorsqu’ils sont nécessaires.
La sécurité intérieure, c’est aussi pouvoir tout ressentir
Pendant longtemps, nous pouvons chercher à devenir une meilleure version de nous-mêmes.
Plus calme.
Plus spirituelle.
Plus consciente.
Plus positive.
Plus lumineuse.
Et si le véritable chemin consistait moins à sélectionner les parties de nous autorisées à exister ?
La sécurité intérieure n’est pas un état dans lequel plus rien ne nous atteint.
C’est progressivement devenir capable de ressentir sans nous abandonner.
La colère peut être là.
La peur peut être là.
La tristesse peut être là.
Et nous pouvons être là aussi.
Présents.
Sans jugement immédiat.
Sans avoir besoin de fabriquer un nouveau personnage pour cacher ce qui ne correspond pas à l’image que nous aimerions donner.
Nous ne maîtriserons jamais tous les stimuli extérieurs.
En revanche, nous pouvons apprendre à ne plus laisser chacun d’entre eux prendre automatiquement le contrôle de notre monde intérieur.
Et peut-être que la véritable liberté commence exactement ici :
quand je n’ai plus besoin d’avoir peur de ce que je ressens.
Nous sommes #TousFormidable.












