Je n’arrive pas à pardonner
Et si reprendre la responsabilité de sa vie commençait par changer notre regard sur notre histoire ?
Il existe différentes façons de regarder notre existence.
Nous pouvons considérer que nous sommes uniquement le résultat de notre histoire, de notre éducation, de nos rencontres, de nos blessures et des événements qui ont jalonné notre parcours.
Nous pouvons également ouvrir une dimension plus spirituelle et envisager que notre passage sur Terre ait un sens plus large.
C’est une vision qui m’accompagne depuis longtemps : celle selon laquelle nous serions des âmes venues vivre une expérience humaine, avec des apprentissages, des rencontres et peut-être même ce que certaines traditions appellent des « contrats d’âme ».
Je ne présente évidemment pas cela comme une vérité scientifique. C’est une grille de lecture spirituelle.
Des auteurs et conférenciers comme Patricia Darré ou Grégory Mutombo ont, chacun à leur manière, nourri mes réflexions sur ces sujets. Il existe énormément de littérature autour de la conscience, de l’âme, de l’incarnation et du sens que nous pouvons donner à notre existence.
Que l’on adhère ou non à cette vision, elle peut nous amener à nous poser une question fondamentale : que faisons-nous aujourd’hui de l’histoire que nous avons vécue ?
Et pour moi, cette question rejoint directement celle de la sécurité intérieure.
Distinguer une personne de ses comportements
Il y a une distinction qui a profondément influencé ma manière de regarder les autres : une personne ne se résume pas nécessairement à ce qu’elle fait.
Nous avons facilement tendance à confondre identité et comportement.
Quelqu’un ment et nous disons : « C’est un menteur. »
Quelqu’un agit de manière agressive et nous disons : « C’est quelqu’un de mauvais. »
Quelqu’un nous fait souffrir et nous pouvons finir par réduire toute cette personne à ce comportement.
Cela ne signifie pas qu’il faille accepter l’inacceptable.
Un comportement violent reste violent. Une manipulation reste une manipulation. Une personne qui nous fait du mal peut nécessiter que nous mettions une limite, que nous nous éloignions ou que nous demandions de l’aide.
Mais comprendre qu’un comportement peut être l’expression d’une peur, d’une blessure, d’un manque affectif ou d’un besoin de reconnaissance permet parfois de porter un regard différent.
Comprendre n’est pas excuser.
Et surtout, comprendre l’autre ne signifie jamais devoir continuer à subir son comportement.
Derrière certaines protections se cache souvent une peur
Dans mes accompagnements et dans ma propre histoire, j’ai souvent observé combien nos comportements peuvent être construits autour de protections.
Peur de ne pas être aimé.
Peur d’être abandonné.
Peur de souffrir.
Peur de ne pas compter.
Besoin d’être reconnu, entendu, considéré.
Lorsque notre sécurité intérieure est fragile, nous développons différentes stratégies pour essayer d’obtenir à l’extérieur ce qui nous manque à l’intérieur.
Certains cherchent constamment l’approbation.
D’autres contrôlent.
Certains attaquent avant d’être attaqués.
D’autres se rendent indispensables pour être certains qu’on ne les abandonnera pas.
Ce sont parfois des comportements très différents qui répondent pourtant à une même tentative : retrouver une forme de sécurité.
Cela n’efface en rien la responsabilité de chacun concernant ses actes. Mais cela peut nous aider à comprendre les mécanismes humains avec davantage de profondeur.
Sortir du triangle victime, sauveur, persécuteur
Le triangle dramatique théorisé par Stephen Karpman décrit trois positions relationnelles : victime, sauveur et persécuteur.
Nous pouvons circuler entre ces différentes positions sans même nous en rendre compte.
Mais il faut distinguer une position psychologique de victime du fait d’avoir réellement été victime d’un événement.
Si quelqu’un a subi une violence, une maltraitance ou un abus, il n’en est pas responsable.
Reprendre la responsabilité de sa vie signifie autre chose.
Cela signifie pouvoir progressivement se demander : maintenant que cela fait partie de mon histoire, qu’est-ce que je décide d’en faire ?
C’est là que quelque chose peut changer.
Je ne peux pas modifier ce qui s’est produit hier.
Je peux en revanche travailler sur la place que cet événement occupe aujourd’hui dans ma vie, sur les protections que j’ai construites à partir de lui et sur les décisions que je continue peut-être de prendre sous son influence.
Le contrat d’âme comme grille de lecture
C’est ici que ma vision des contrats d’âme prend tout son sens.
Si j’envisage, spirituellement, que certaines expériences puissent appartenir au chemin de mon incarnation, mon rapport à mon histoire change.
Je peux arrêter de passer ma vie à chercher un coupable.
Non pas parce que les personnes qui m’ont fait du mal n’auraient aucune responsabilité.
Mais parce que je refuse que ma vie présente reste entièrement dépendante de leurs actes passés.
Pour certaines personnes, cette grille de lecture passera par les contrats d’âme. Pour d’autres, par la psychologie, la philosophie, la spiritualité ou simplement un travail personnel.
Le vocabulaire importe finalement moins que le mouvement intérieur.
Reprendre son pouvoir sans nier son histoire
La sécurité intérieure ne consiste pas à effacer le passé.
Elle ne consiste pas non plus à se raconter que tout ce qui nous est arrivé était merveilleux, nécessaire ou mérité.
Elle consiste progressivement à ne plus avoir besoin que notre passé change pour pouvoir vivre notre présent.
Et cela change profondément notre rapport au pardon.
Certaines personnes ressentent le besoin de pardonner. D’autres non. Je ne pense pas que le pardon puisse devenir une obligation spirituelle supplémentaire.
Il existe peut-être quelque chose d’encore plus fondamental : accepter que l’événement appartient à notre histoire sans accepter qu’il continue à diriger notre vie.
À cet endroit, nous pouvons commencer à retrouver de la liberté.
Nous ne sommes plus uniquement en train de demander : « Pourquoi m’a-t-on fait cela ? »
Nous pouvons commencer à nous demander : « Qui ai-je envie de devenir maintenant avec l’histoire qui est la mienne ? »
Pour moi, c’est aussi cela, développer sa sécurité intérieure : retrouver suffisamment de stabilité en soi pour que nos blessures passées ne soient plus obligées de décider de notre avenir.
Nous sommes #TousFormidable.












